CUIR
Le soir, un litre de lait est introduit par la sonde œsophagienne. Continuation des lavements de bouillon.
19 décembre. Bon état de la plaie et disparition à peu près complète du phlegmon. L'écoulement purulent est assez abondant et toujours accompagné de bulles gazeuses, au moment de la toux. Pansement avec coton salicylé. Un litre de lait est administré par la sonde œsophagienne.
À l’auscultation, on trouve cette fois, outre les râles déjà signalés, un bruit de souffle à la base gauche ; à la percussion, diminution de la sonorité à la base gauche. Vésicatoire.
Le soir, un litre de lait par la sonde œsophagienne. Lavement de bouillon.
Température : 37° le matin ; 37°,6 le soir ; pouls : 92 et 100.
20 décembre. Mème état de la plaie. Administration d’un litre de lait par la sonde œsophagienne.
Auscultation : le souffle a diminué, persistance des râles.
Le soir : nouvelle introduction d’un litre de lait.
21 décembre. La plaie ne donne plus écoulement à du pus phlegmoneux, mais à un muco pus, dont le malade rend une certaine quantité par la bouche.
Auscultation : souffle à la base gauche.
Le soir : lait par la sonde œsophagienne.
Température : 36°,8 le matin ; 37°,5 le soir ; pouls : 80 et 96.
22 décembre. Même état de la plaie : râles secs et humides aux deux bases. Souffle à gauche.
Température : 36°,8 et 37° ; pouls : 84 et 96.
Trois lavements de bouillon. Administration de lait deux fois par jour par la sonde œsophagienne.
23 décembre. Lorsqu'on retire la sonde, il s'écoule toujours encore un peu de lait par la plaie. La fistule œsophagienne persiste.
Température : 36°,8 et 37°,6 ; pouls : 88 et 100.
24 décembre. On constate du sang sur le pansement, et quand le malade tousse ou fait un effort, il s'écoule de la plaie un peu de sang rouge. On prescrit le repos le plus absolu et de la glace en application locale et à l’intérieur. Même état de la poitrine.
Température : matin, 37° ; soir, 38°,6 ; pouls : 96 et 116.
Le soir, vers 6 heures, le blessé a rendu environ un litre de sang par la bouche. L'ouverture de quelque vaisseau important est induite. M. Gross songe à la blessure de l'artère thyroïdienne et discute la question de savoir s’il faut pratiquer la ligature de l'artère carotide primitive droite. L'hémorrhagie étant de nouveau arrêtée, on remet l'intervention au lendemain, avec recommandation à l’interne de garde de pratiquer la compression et de prévenir sur le champ, décidé de pratiquer l'opération dans la nuit si l’hémorrhagie se reproduit. Celle-ci ne s’est pas reproduite
dans la nuit ; mais, vers 1 heure du matin, il est survenu du hoquet qui a persisté jusqu’à 8 heures du matin, heure à laquelle le malade a succombé. Peu instants avant la mort, le malade a rendu par la bouche un verre de sang environ.
AUTOPSIE. — A la partie antérieure du cou, dans la région soushyoïdienne du côté gauche, vers la partie moyenne du bord antérieur et interne du muscle sterno-mastoïdien de ce côté , entre ce muscle et la membrane crico-thyroïdienne, est une ouverture fistuleuse ovalaire, mesurant 12 millimètres de hauteur, et 8 millimètres transversalement. Par celte plaie, s'écoule spontanément et à Ia pression, sur les parties environnantes, une sanie purulente et fortement teintée de sang. Le stylet introduit par l'ouverture se dirige de gauche à droite, d'avant en arrière et un peu de bas en haut, et pénètre à 7 centimètres de profondeur. La peau disséquée, on constate que la veine jugulaire externe intacte est à 1 centimètre 1/2 en dehors de la plaie ; puis, sous le muscle sterno-hyoïdien, on tombe dans la cavité d’un abcès renfermant du sang mélangé à du pus, cavité qui s'étend verticalement depuis la racine du sterno-hyoïdien jusqu’à ses insertions supérieures, et transversalement depuis la ligne médiane du cou jusqu’au bord externe du sterno-thyroïdien. A la partie postéro-supérieure de la cavité, est la continuation du trajet fistuleux, sous forme d'ouverture large comme le petit doigt et située un peu au-dessus de l'ouverture cutanée, au niveau du bord inférieur du cartilage thyroïde. Le stylet introduit à ce moment dans la fistule suit un trajet oblique en arrière et presque transversal et va heurter contre la colonne vertébrale dénudée.
En détachant en masse les organes (larynx et œsophage) situés en avant de la colonne vertébrale, on constate que le trajet fistuleux passe entre l’œsophage et la colonne vertébrale, et s’est arrêté au niveau de l’apophyse transverse de la 6° vertèbre cervicale droite.
Sur ce trajet on note les lésions suivantes : du côté du larynx, le cartilage thyroïde a été fracturé à gauche, mais la muqueuse laryngienne est intacte. Cette muqueuse, sur sa face laryngienne est simplement colorée en bleu foncé et en vert, traces de l’ecchymose péri-laryngienne ; la cavité du larynx ne communique pas avec le foyer traumatique.
Sur la paroi postérieure de l’œsophage, est une plaie intéressant toutes les tuniques de ce conduit, et qui mesure verticalement 12 millimètres de diamètre et transversalement 9 millimètres ; cette plaie communique avec le foyer traumatique situé à droite.
L'instrument vulnérant a produit sur la face antérieure de la 6° vertèbre
- cervicale une éraillure transversale qui aboutit à l’apophyse transverse de cette verlèbre. Cette apophyse qui forme l'entrée du canal vertébral est fracturée et se laisse détacher très facilement ; l’esquille est nécrosée ; on voit alors l'artère vertébrale à nu à son entrée dans le canal et, sur sa paroi
postérieure et interne une plaie verticale de 3 millimètres de hauteur. Cette ouverture permet d'introduire un stylet dans la cavité de l'artère. Les caractères de cette plaie permettent de rejeter l'hypothèse d’une ulcération secondaire par l’esquille osseuse.
La dissection de la carotide droite, montre que ce vaisseau est intact, une petite branche de la tyroïdienne supérieure se perd dans la partie supérieure du foyer. La thyroïdienne inférieure droite est intacte. Derrière les scalènes droits, est un tissu enflammé et infiltré de sang entourant le foyer purulent et englobant dans son épaisseur les racines nerveuses du plexus brachial droit.
A l'ouverture de la cage thoracique, on voit qu'une légère ecchymose partant du foyer traumatique a filé le long de l'æœsophage et de la trachée, et a fusé dans le médiastin antérieur jusqu'au péricarde.
Pas de liquide dans la plèvre ; la cavité pleurale droite est normale, mais à gauche, à la partie inférieure de la partie postéro-externe de la plèvre, sur une étendue de 10 centimètres à peu près, en tous sens, est une ecchymose sous-pleurale de forme circulaire avec une tache ecchymotique plus marquée au milieu et en rapport avec une petite plaie extérieure, située au niveau de la 9° côte. La plèvre, sur toute l'étendue de l’ecchymose, est comme veloutée et recouverte d’une légère fausse membrane. Cependant il n’y a pas d'adhérences avec le poumon, et la cavité pleurale nullement perforée ne communique pas avec la plaie extérieure.
La trachée et les grosses bronches sont remplies d’un sang en partie liquide, en partie coagulé ; tout le lobe inférieur du poumon gauche est fortement congestionné, mais crépite encore ; sur la surface de ce lobe sont disséminés trois ou quatre petits abcès superficiels de la grosseur d’un pois. Tous les autres organes sont sains.
2. (CRUVEILHIER), —Une jeune fille de 18 ans fut apportée en 1850 dans le service de Dupuytren. Elle présentait à la partie antérieure du cou, immédiatement au-dessus du sternum, une petite solution de continuité de 3 à 4 millim. Elle nous raconta qu’abandonnée par un homme qu’elle aimait, elle avait voulu attenter à ses jours, et qu’elle s'était enfoncée un canif dans la région du cou. Cette plaie était exempte de tout accident. On la crut superficielle; on supposa même que la jeune fille avait feint de se tuer. Cependant au bout de 5 ou 6 jours, un mouvement fébrile se prononca avec redoublement le soir. La jeune fille maigrit, fut prise de toux; des sueurs nocturnes se produisirent. Elle mourut le 30° jour à la manière des phthisiques arrivés au dernier degré de consomption.
Autopsie. — On trouva que l'instrument vulnérant qu'elle nous avait dit avoir enfoncé de toute la longueur de la lame, avait perforé non seulement la trachée mais encore l’œsophage de part en part; que la plaie des parois adossées à ces deux conduits était cicatrisée, mais que la plaie de la paroi postérieure de l’œsophage était restée béante et que les boissons
ingérées avaient fusé par cette plaie dans le tissu cellulaire qui l'entoure jusqu'à la partie inférieure du médiastin postérieur ; que la lame gauche du médiastin lacéré avait laissé pénétrer les boissons dans la cavité correspondante de la plèvre qui était elle-même le siège d’une inflammation gangreneuse.
(CRUVEILHIER, Traite d'anatomie path. générale. Paris, 1849. t. I, p. 69).
8. (CANELLA). — Une femme recut plusieurs coups de serpette dans le cou. L’un d’eux pénétra dans la trachée à la hauteur du cartilage cricoïde et fit une telle ouverture à l’œsophage qu’on pouvait y introduire l’extrémité du doigt. Canella fit la suture de la plaie extérieure, et inclina la tête en avant en appuyant le menton sur la poitrine. L'introduction de la sonde œsophagienne ayant été impossible, on alimenta la malade par des lavements et par les quelques aliments qui purent être avalés sans sortir par la plaie. Des liquides écoulés dans les voies aériennes provoquèrent des dangers d'asphyxie. Guérison au bout de deux mois avec perte de la voix.
(Magazin der ausl. Litleratur, B. D. 93, S. 149).
4. (RAVATON). — « Un soldat du régiment de Piémont recut nuitamment un coup d'épée qui avait son entrée au côté droit du col, et point de sortie. L’'hémorrhagie qui suivit fut légère, il se fit sous les téguments une infiltration de sang assez considérable. Je le pansai en premier appareil avec l’emplâtre diachillum gommé, et comme il était plein de vin, qu'il faisait froid, que le pouls était concentré, j'attendis au lendemain pour employer les autres secours. Je le vis de bonne heure, il avait craché beaucoup de sang, mêlé de salive pendant la nuit. Il avalait difficilement et avec douleur, était tourmenté du hoquet et d'inquiétude. Le pouls était plein et fort agité ; je lui fis faire trois saignées du bras avant midi, vider le ventre ; je lui conseillai de gargariser souvent avec du lait tiède, et de prendre de loin en loin une potion composée de quatre onces d'huile d'amande douce et d'une once et demie de sirop de violettes. Je fis mettre des compresses trempées d’eau-de-vie camphrée sur le col pour résoudre le sang infiltré. Par cette méthode variée, le blessé fut parfaitement guéri. »
(RAVATON Chir. d'armée, p. 469).
5. (PURMANN). — En 1674, un écuyer reçut un coup de sabre d’un sousofficier impérial. Le sabre pénétra dans le cou un travers de doigt audessus de la 1° vertèbre dorsale. La carotide avait été lésée en même temps que le conduit alimentaire. Il se produisit une abondante hémorrhagie ; le malade se trouvait dans l’impossibilité de parler, et le sang qui avait pénétré abondamment dans les voies respiratoires et alimentaires provoquait à tout instant des accès de toux suffoquants. J’arrêtai l’hémorrhagie avec soin. Ce malade fut guéri, à mon grand étonnement, uniquement par des substances siccatices et vulnéraires.
(LORBEKRANZ, Halberstadt, 1684, S. 59).
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6. (TACHERON). — Une femme de 51 ans, reçut le 93 novembre 1836 plusieurs coups de poignard dans le cou. 1° plaie profonde à gauche sur le bord du sterno-mastoïdien ; 2 plaie à droite, mais superficielle ; 3° sur le côté droit, une tumeur de la grosseur d’un œuf de poule provoquée probablement par un épanchement sanguin.
Respiration difficile. L'air sort par l’une des plaies. Vomissement d’un sang noir. Syncope. Mort le 16° jour.
Autopsie. — La première plaie allait transversalement de gauche à droite, rasant la paroi antérieure de la carotide gauche, atteignait la membrane thyro-hyoïdienne et formait dans celle-ci une perforation arrondie d’un diamètre de 3 à 4 lignes. Au côté droit du cou se trouvait un épanchement sanguin. Derrière la carotide et la jugulaire interne de ce côté se trouvait l'extrémité borgne de la fistule. La paroi postérieure de la jugulaire avait une ouverture de 2 lignes de diamètre. La partie moyenne de la fistule se trouvait entre le pharynx et la colonne vertébrale. C’était donc par là qu'avait pénétré l'arme sans faire d'autre ouverture au pharynx que celle de la membrane thyro-hyoïdienne. Elle avait donc pénétré au-devant de la carotide droite, puis derrière le pharynx et les plus gros vaisseaux du côté droit jusqu'à la jugulaire interne qu’elle avait blessée. Inflammation de ce dernier vaisseau. Résorption. Pleurésie. Mort.
(Scamibr’s, Zarhrb. Bd $S. 58). d
7. (PURMANN). — Frédéric Schlutze, de Bautzen, âgé de 95 ans, recut le 18 août 1689, à travers le cou, un coup d'épée qui pénétra à droite en blessant une des ramifications de la jugulaire et de plus la trachée et l’æsophage, puis ressortit du côté gauche. Respiration et déglutition très pénibles. L’hémorrhagie ne cédant ni aux moyens d’hémostase ordinaire, ni au fer rouge, on fit la ligature médiate. Peu à peu un tissu résistant cicatrisa la plaie et la guérison se fit en 4 semaines.
(Curiose chirurg. geschichten, 1710).
8. (BizLroTH). — Lésion de l’œsophage par un coup de poignard dans une
tentative de suicide. Sortie par la plaie des liquides avalés, cessant au 8° jour. Guérison.
(Archiv. für Klin chir., Bd X, $S. 156).
9. (PELLETAN). — Un jeune savoyard, recut un coup de couteau au-devant de la gorge, à une assez grande profondeur pour atteindre l’œsophage qui fut ouvert. Le blessé transporté à l'Hôtel-Dieu n’éprouva pas d'accidents graves ; les boissons passaient par la plaie, mais en petite quantité, et sans exciter la toux. Le malade parvenait même à éviter ce passage en s'inclinant à droite pendant qu’il buvait. La plaie de la trachée laissait aisément échapper l’air, le sang et les mucosités. Bref, on ne peut guère voir une plaie de ce genre entrainer moins de gravité ; cependant elle fut six semaines à se cicatriser, quoique les boissons eussent cessé de sortir
AN INTRSS
par la plaie dès le 15° jour. Ce jeune homme guérit ; mais n'étant pas encore sorti de son lit, reçut la visite d’un commissaire qui venait lui confronter son assassin. Il se leva avec promptitude et émotion, et tomba mort à trois pas de son lit. On ne s’avisa d'aucun moyen pour le rappeler à la vie. Autopsie. — Rétrécissement notable, avec gonflement de la membrane muqueuse vis-à-vis la plaie cicatrisée de la trachée-artère. Aucune autre lésion intérieure. La cicatrice de l’œsophage était adhérente et confondue avec celle des parties molles environnantes.
(Clinique chirurgicale de Pelletan, t. T, p: 38).
40. GALLIAER rend compte d'une blessure trés intéressante. Un morceau de bois pointu, une vergue de moulin, de 0,70 de longueur et 0,02 d’épaisseur avait pénétré à la hauteur de l'angle de la mâchoire du côté gauche, et était sorti vers l'épaule droite, sans blesser l'articulation. Il s'était probablement dirigé entre la colonne vertébrale et le pharynx, et avait blessé celui-ci au passage. Le premier jour les liquides avalés sortaient par la plaie gauche. La déglutition très pénible pendant quatre jours s’accomplit mieux le 8° jour. La guérison était complète le 17* jour.
(Gaz. des hôpilaux, p. 131, 1863).
41. Domestique de 29 ans. Plaie longitudinale de la région du cou. Non-seulement la paroi antérieure du larynx, les cartilages cricoïde et thyroïde étaient coupés complétement dans leur longueur, mais la plaie s’étendait aussi sur la paroi postérieure du larynx, et l’œsophage était luimême coupé. Toutes les plaies étaient guéries au bout de trois mois ; seulement au milieu de la cicatrice étoilée de la région du larynx, il existait un orifice cutané communiquant avec une fistule de la trachée.
(CASPER-LIMANN, I. B., S. 347).
12. (PAYEN). — Un employé des contributions indirectes, âgé de 93 ans, d’un tempérament robuste, recut à la partie antérieure et supérieure droite de la poitrine, un coup de baïonnette. Il fit, en fuyant devant son ennemi, plus d’une demi-lieue pour arriver à son domicile et n'éprouva dans ce trajet aucune douleur, mais bientôt quelques accès de toux provoquèrent des crachements de sang. M. Payen le trouva dans une angoisse inexprimable, couché sur le côté droit ; respiration laborieuse, douleur vive dans tout le côté droit de la poitrine, se propageant jusqu’à la hanche ; pouls
élevé, fréquent; très-vives douleurs dans les mouvements. Plaie anguleuse
à quatre lignes du sternum, entre la troisième et la quatrième côte.
Très peu de sang sortit par la plaie, mais à chaque expiration, l'air sortait violemment. Plusieurs saignées. Pansement simple. La plaie donna, le troisième jour, issue aux boissons. Pour en acquérir uné certitude com plète on administra au malade des potions huileuses et mucilagineuses
diversement colorées, et on vit que toutes ces substances venaient mouiller ‘
les compresses sans être dénaturées. Diète absolue de boissons et d’ali-:
ments, qui fut continuée pendant plusieurs jours. Après avoir éprouvé divers accidents, fièvre, crachement de pus et de sang, le malade guérit après plusieurs mois.
(BoyER, t. VII, p. 279).
43. Un soldat suisse, de la garde royale, recut un coup d'épée à la partie supérieure droite de la poitrine. L'arme avait passé entre les cartilages de la première et de la deuxième côte, traversé le poumon et l’œsophage. Hémorrhagie et emphysème ; douleur vive; soif ardente ; la plus légère déglutition s’accompagnait de sentiment de strangulation à l'entrée de la poitrine vers le milieu du sternum. Douleurs déchirantes dans l'estomac, augmentant par la pression à l’épigastre. Saignées, diète absolue. Au huitième jour, la plaie de poitrine était fermée. On permit au malade de boire un peu. Mais ce malheureux, tourmenté par la faim, mangea de la viande et du pain par si gros morceaux qu'il suffoqua.
A l’autopsie, la cavité gauche de la poitrine est pleine d’un liquide rougeâtre, déprimant en bas le péricarde et le cœur; pleurésie; congestion pulmonaire ; le liquide épanché, parut un mélange d’eau et de vin, avec quelques parcelles alimentaires. La cavité droite contenait un demi-litre de sérosité sanguinolente. Lobe supérieur du poumon traversé par l’épée adhérant à la plèvre costale. OEsophage portant en deux points diamétralement opposés une cicatrice linéaire et une ouverture par où les aliments avaient pénétré dans le thorax.
(LARREY, Clinique chirurgicale, t. IT, p. 159).
14. Une femme fut transportée à l'Hôtel-Dieu pour une plaie profonde faite par un couteau, au-dessus de la clavicule du côté gauche. Elle succomba au septième jour. A l’autopsie on fut très étonné de trouver tout le côté gauche de la poitrine rempli de boissons, et même d’une certaine quantité d'aliments que la malade avait pris malgré la défense qui lui en avait été faite. Le tout était mêlé à une certaine quantité de pus. Une large plaie existait à la portion thoracique de l’œsophage ; les aliments et les boisson n'étaient pas sortis par la plaie, et aucun signe pendant la vie n’avait fait soupconner la lésion de l’œsophage.
(DuPuYTREN, Armes de querre, t. IT, p. 334).
15. Un militaire, qui avait recu un coup de sabre entre la cinquième et sixième côte, mourut au bout de 36 heures. Il se plaignait de soif violente Hoquet continuel. Les boissons s’écoulaient par la plaie.
A l’autopsie, sang dans la poitrine; poumon droit traversé. OEsophage divisé aux deux tiers.
(ETIENNE, Thèse de Paris, 1806.)
46. (HOFFMANN).— Il rapporte un cas, où un instrument piquant pénétra
entre la troisième et la quatrième côte et blessa l’œsophage Le poumon
fut aussi blessé en même temps, car le malade crachait du sang. Il y eut
des symptômes d’épanchement dans la plèvre, qui s’accentuèrent si rapidement pendant seize jours, qu’on dût faire la thoracentèse. Il sortit de la cavité pleurale une grande quantité d’un liquide sanguinolent, ce qui procura un grand soulagement. Le même jour on dut rouvrir la plaie; il en sortit une grande quantité de serosité mélangée à du lait, symptôme qui indiqua la blessure de l’æsophage. Après une diète de quatre jours, le malade absorba de nouveau des liquides, sans qu’il en sortit par la plaie: on en conclut à la fermeture de la plaie de l’œsophage. La plaie extérieure ne guérit point et laissa écouler une grande quantité de pus.
La mort eu lieu 7 mois après par phthisie. La guérison de la plaie de J'œsophage était si complète, que l'on put à peine y reconnaître une cicatrice.
(LANGENBECK, MWosologie und therapie, etc. Gætt, 1830, B. D. W.S. 449.)
17. (LESAUVAGE). — Le caporal Duponchel, âgé de 34 ans, recut en duel, le 11 octobre 1834, un coup de fleuret qui traversa la poitrine près du bord droit du sternum, au-dessous de la troisième côte. Le fleuret avait dû pénétrer à une profondeur de six pouces, être dirigé un peu à gauche et et en bas, et conséquemment pénétrer au milieu des principaux vaisseaux de la poitrine. Le malade paraissait près d’expirer ; le corps était généralement froid, la figure offrait un grand état d’abattement et était bleuâtre ; le pouls à peine sensible à gauche, était à peu près effacé à droite; les mouvements du cœur était mous et tumultueux comme chez certains cholériques. La poitrine présentait dans tous les points une sorte de matité qui fit soupconner un épanchement ; l'oppression était très prononcée, et je regardai l’état du malade comme désespéré. Cependant il conservait sa présence d'esprit ; il était tourmenté par un besoin d’uriner qu'il ne pouvait satisfaire ; il demandait fréquemment à boire, et parce qu'il avait très soif, et parce qu'il espérait, comme il l’a dit, favoriser à l’aide des boissons l'écoulement des urines. Vers quatre heures de l'après-midi, le pouls s’éleva un peu, la poitrine parut plus libre et la matité moins forte ; alors l'élève de garde fit une application de vingt sangsues autour de la plaie, et par suite la respiration devint plus facile. Dans la nuit le malade éprouva plusieurs vomissements liquides et glaireux; ils continuérent jusqu'à dix heures du matin ; ils étaient en partie composés de boissons qui avaient été prises avec trop peu de réserve, et on remarqua qu’ils contenaient beaucoup de sang. Cette circonstance fit connaître que l’æsophage avait été atteint par l'instrument, et ce qui vint confirmer le diagnostie, c’est que le malade éprouvait une douleur assez vive, à un pouce au-dessous de la plaie, chaque fois qu’il ingérait ses boissons. Le reste de la journée fut calme ; il y eut seulement un peu de fièvre vers six heures du soir. Le 13, le pouls était élevé et offrait une certaine résistance, la respiration était beaucoup plus libre ; la figure n’était plus altérée, et avait perdu sa couleur cyanosée ; les urines commencèrent à paraître. Je prescrivis une sai-
gnée et le malade se trouva tellement bien que dans l'après-midi on lui accorda un peu de soupe maigre qui ne réveilla pas plus fortement la douleur produite par le passage des boissons. L'amélioration a continué les jours suivants. Le 18, le malade était en pleine convalescence, et il put quitter son lit, mais depuis il y a été retenu par une douleur assez vive qui occupait toute la partie postérieure de la jambe droite. (LESAUVAGE, Archives générales, P. 1833, t. II, p. 437.)
48. (FINE). — Un homme dans le délire s’était donné un coup. de canif dans la partie supérieure des voies aériennes, il avait retourné l’instrument dans toutes les directions: Le cartilage thyroïde éiait divisé en sept ou huit morceaux, et dans l’œsophage se trouvait une ouverture dont la forme ressemblait à celle d’une larme renversée et qui pouvait avoir 4 lignes de largeur et 6 de longueur. Fortes hémorrhagies à plusieurs reprises. Application de compresses sur la plaie. Sortie des aliments avalés à travers la plaie. On ne pouvait incliner la tête en avant à cause de la difficulté de la respiration. Alimentation par des lavements ; une sonde introduite le iroisième jour provoqua un tel accès de toux que l’on dut y renoncer après plusieurs tentatives. Le malade avait coutume de se laver constamment la bouche avec de l’eau fraîche et d’en avaler, de telle sorte que la compresse appliquée sur la plaie était constamment humide. Quand il ne faisait pas cette opération, les mucosités s’aggloméraient en grande quantité dans la bouche et dans le cou, entiravaient la respiration et provoquaient de forts accès de toux. Du huitième au onzième jour, quelques morceaux du cartilage thyroïde tombèrent. Le malade n’eut pas de fièvre et put avaler un peu d’épinards. Le treizième jour, le malade mangeait sans difficulté des œufs légèrement cuits. Le dix-huitième jour, la plaie de l’æsophage était à peine sensible ; le trente-sixième jour, les deux plaies étaient presque fermées. Quelques jours après, il y eut des accès de toux en buvant , sans doute que quelques gouttes de liquide avaient pénétré par la plaie de l’æsophage qui paraissait se fermer plus lentement.
(Journal de méd. chir. et pharm., avril 1790).
49. (FreLiTrz). — Un hypocondriaque se donna deux coups de canif dans le cou, se fit une première plaie transversale traversant le cartilage thyroïde et l’œsophage, une seconde plaie s'étendant d’un des angles de la mâchoire à l’autre. Immédiatement au-dessus du cartilage thyroïde, il y avait une perforation des voies aériennes qui conduisait jusqu’à l’arrièrebouche. Hémorrhagie abondante. La partie inférieure des voies aériennes s'était rétractée au-dessous de la fourchette du sternum ; on la retira au moyen d’un crochet, et on la réunit par quelques points de suture à l'extrémité supérieure. On maintint la tête inclinée en avant. Alimentation par des lavements. Le peu de liquide que le malade put avaler sortit pendant dix jours par la plaie et provoqua de la toux. On le fit coucher
fi
OU
sur le côté pour empêcher le pus de s’écouler dans la trachée. Le malade eut un nouvel accès d'hypocondrie dans la troisième semaine, et pendant huit jours on dut le lier avec des chaines. Néanmoins, la guérison eut lieu la septième semaine. (Le malade s’était encore fait une plaie au-dessus du sternum et plus de cent blessures par instruments piquants). Fièvre le troisième jour, en rapport avec un abcès de la paroi abdominale.
(Richter’s chirurgische Biblioteck, B D. VII).
2° GROUPE (plaies larges).
20. (DuPuYTREN). — Bertrand se fit, avec un rasoir, une plaie au cou d’une étendue de 4 à 5 pouces ; elle était lim tée, de chaque côté, par les muscles sterno-mastoïdiens inégalement coupés ; les carotides étaient mises à nu et intactes ; au fond de la plaie se voyaient la colonne vertébrale et les muscles prévertébraux ; supérieurement on voyait le larynx et le pharynx, de même à la lèvre infèrieure; la plaie avait porté sur le cartilage thyroïde. L'hémorrhagie, qui avait été considérable, s'était arrêtée complètement ; perte de la voix, la respiration ne se faisait plus que par la plaie. En passant le doigt dans la partie supérieure du larynx, le malade fut pris de toux ; on vit sortir une grande quantité de mucosités sanglantes ; une sonde fut passée par le nez dans le pharynx ; mais l’introduction dans le bout inférieur fut assez pénible.
Suture du cartilage thyroïde ; pansement avec une simple compresse assujettie à une bande ; tête fléchie sur la poitrine. Le troisième jour, l'inflammation se développa ; la respiration devint difficile, et le malade succomba le quatrième jour.
Autopsie. — La trachée était divisée, suivant sa longueur, dans une étendue de 1 pouce 1/2, les deux poumons étaient enflammés.
(DUPUYTREN, Armes de querre,t. II, p. 290).
21. (HENSCHEN). — Tentative de suicide d’un paysan âgé de 43 ans. L'hémorrhagie assez faible qui s’ensuivit fut bientôt arrêtée. La plaie s’étendait entre les deux sterno-mastoïdiens et atteignit l'aponévrose prévertébrale, qui était également coupée. Immédiatement au-dessous des cordes vocales, elle traversait le cartilage cricoïde ; son tronçon supérieur s'était rétracté en haut vers le larynx, le tronçon inférieur en bas vers la trachée. Derrière la trachée s’apercevait le bout de l’œsophage, qui s'était assez fortement rétracté vers le bas ; on ne put le saisir et empêcher ainsi une rétraction
ultérieure qu'après plusieurs heures d'efforts. Carotides intactes. A la partie inférieure de la plaie on voyait l’aponévrose prévertébrale, et les vertèbres elles-mêmes à l'endroit où l’aponévrose avait été sectionnée. Le patient portait-il la tête en arrière, les deux extrémités des conduits alimentaire et respiratoire s’écartaient au point qu'on pouvait introduire le poing dans la plaie.
L'alimentation se fit à l’aide d'une sonde introduite dans l'œsophage par la plaie. Décubitus latéral, afin d'empêcher l'écoulement de la salive et des sécrétions dans la trachée. La portion de glande thyroïde qui obstruait l'ouverture inférieure de la trachée, fut enlevée. Etat satisfaisant au bout de ÿ à 6 jours ; point de réaction générale. Les extrémités de l’œsophage ne se rapprochant pas suffisamment par la traction, on les isola des tissus environnants, puis on les réunit par 4 points de suture. On posa une sonde à demeure. Par une position convenablement inclinée de la tête, on parvint à rapprocher les deux extrémités jusqu’à n'être plus éloignées l’une de l’autre que de 1 1/2 centimètre. Impossible d’invaginer les deux extrémités. La trachée ne fut pas suturée, parce que les récurrents avaient été sectionnés et qu'a chaquemouvement de déglutition les secrétions s’engageaient dans le larynx. La sonde fut bien supportée. Sauf quelques complications (érysipèle), le malade quitta l'hôpital un mois après la blessure. La paroi antérieure de l’æsophage présentait une fistule du calibre d’un tuyau de plume.
Environ 18 mois après, il.entrait à l'hôpital pour rétrécissement de l'œsophage.
(JAHRBUCHER, B D. 167, S. 61).
22. (RusT). — Homme de 25 ans. Tentative de suicide le 8 février 1814. Il courut dans la rue avec sa blessure par un temps très froid ; le soir du second jour, 1l vint seulement à l'hôpital. Une plaie transversale d’une étendue de 4 pouces avait sectionné les voies aériennes, et pénétrait si profondément qu’on ne pouvait croire à l'intégrité des gros vaisseaux. L'æœsophage était complètement sectionné jusqu'aux corps des vertèbres. Rust ne réunit que la plaie extérieure et inclina la tête en avant. Le malade reprit quelques forces ; toutefois il resta si faible que Rust n’osa pratiquer la saignée ; il eut du délire et le 5° jour il s’arracha le pansement. La plaie rouverte, prit un aspect gangréneux ; mort le 12° jour. L’autopsie montra que la partie supérieure de l’œsophage avait été complètement tranchée jusqu'aux corps des vertèbres. Malgré cela le malade avait pu parler à voix basse quand il inclinait la tête en avant, et il avalait assez bien les liquides dont il ne sortait par la plaie que quelques parties mélangées de pus et de sérosité sanguinolente. |
(Rust's Magazin, B D. VIN.
23. (WarTz). — Tentative de suicide le 2 août. Ohrmann, se coupe la
gorge avec un couteau de boucher. Les parties molles du cou, sauf les
grosses artères sont sectionnées jusqu'à la colonne vertébrale. La plaie est située tout-à-fait au-dessus du plateau laryngien : les cornes supérieures du cartilage thyroïde sont sectionnées et refoulées à la partie supérieure de la plaie. Le regard plonge dans le cavité du larynx, et derrière lui dans l’œsophage également blessé et fortement rétracté. À la partie supérieure on voit l'épiglotte mise à nu et la paroi postérieure du pharynx qui est séparée de la colonne vertébrale sur une longueur de plusieurs centimètres On ne peut guère songer à la réunion d’une telle plaie. L'alimentation se fait à l’aide d'une sonde directement introduite dans l’œsophage. Le second jour au soir respiration gênée par un gonflement colossal de l'entrée du larynx. Trachéotomie. Mort le 6° jour d’une pneumonie.
(Warrz. Die chirurgische Klinik der Universitæt, Kiel, 1875).
(Archiv. für Klinische chirurgie,B D. 31, $S. 619).
24. (PARÉ). — Un Anglais coupa à un paysan la trachée et l’œsophage à l’aide d'un poignard, et le laissa dans cet état le tenant pour mort. Mais le malade se traina dans une chaumière voisine et de là se fit transporter à la ville. Paré réunit avec soin la trachée, toutefois il ne parvint pas à saisir l’œsophage dont les deux extrémités s'étaient considérablement retractées. Le malade recouvrit complètement la voix et guérit.