L. ÉTIOLOGIE ET MÉCANISME
Les plaies de l’æœsophage dont nous nous occupons, sont produites, comme nous l’avons déjà dit, par des insfruments tranchants où piquants agissant de dehors en dedans. Elles sont le résultat de causes accidentelles ; on les rencontre dans l'immense majorité des cas, dans les tentatives criminelles de suicide ou d’homicide, ou dans les luttes à main armée. Cependant certaines opérations chirurgicales malheureuses peuvent s’accompagner d’une blessure accidentelle de l’æsophage. Chassaignac (1) prétend que la trachéotomie s'accompagne assez souvent de la blessure de l’œsophage. Nous lisons dans la thèse de Roumegoux que Dubar, interne des hôpitaux, a fait des expériences sur des cadavres d’enfants, et 1l a constaté que si l’on fait une incision exactement sur la ligne médiane, il est à peu près impossible de blesser l’æsophage, le bistouri est arrêté par la colonne vertébrale sans avoir atteint le conduit alimentaire.
Wolzendorff, dans son travail, cite un cas de blessure accidentelle de l’œsophage lors de l’extirpation d’un larynx faite par Schmidt chirurgien allemand ; il ajoute que cette blessure fut légère et ne fut pour rien dans le résultat défavorable de l’opération. Ces cas de plaies accidentelles dans les opérations chirurgicales devraient rentrer dans notre étude, mais sur le nombre
(1) Opérat. chirur., t. I, p. 614.
de des observations que nous avons pu recueillir, nous n’avons trouvé aucun cas de cette nature. Presque toutes nos plaies ont été faites dans les tentatives de suicide ou d’homicide. Sur 103 observations dont nous donnons la description dans notre deuxième chapitre, une seule (obs. 10) nous fait mention d’un cas où un homme, par suite d’un hasard malheureux, a eu le cou traversé par un corps piquant en bois. On comprend très bien que dans des cas analogues à ce dernier, il peut se produire des plaies de l’æsophage, par exemple, dans une chüte sur un couteau. Celles qui ont été faites dans un but de suicide sont de beaucoup les plus nombreuses. Sur 103 plaies, 62 reconnaissent cette origine ; 29 sont le résultat d’une tentative homicide ou d’une lutte à main armée. Dans 11 cas, on ne donne pas d’indications précises sur l'origine de la blessure.
Les auteurs ne mentionnent pas toujours la nature de l’instrument vulnérant. Dans G1 observations de suicide, il est cité seulement 34 fois :
Le rasoir à été employé 17 fois.
DÉCO EAU Cr Le 12 —
Le DISTOUER Eee pong er à L —
Un morceau de verre . L —
Le poignard . 1%—
DO CA De CR in Dar is se 2 —
28 fois l'instrument est inconnu.
Dans 29 observations d’homicide ou de lutte à main armée, il est cité 23 fois.
Le râsoir aétéemployé. : . = . ”2 fois. Le couteau-poignard .. . . . . 11 — RAÉDÉC RENE PNR nu A AT Le fleuret . 1 — PÉRADÉCR RE NA UT =. CR — ILÉSTMONN TEEN ER Le canif . 1 — BAS CPDOUC NL LS 1 —
6 fois l'instrument est inconnu.
on
Dans les 41 observations parmi lesquelles on ignore si la blessure a été faite dans un but de suicide ou d’homicide, on trouve le couteau employé deux fois ; dans le reste des cas on ne connait pas la nature de l'instrument employé.
Comme nous pouvons le voir, en consultant les tableaux précédents, le rasoir est l'instrument le plus fréquemment employé dans les plaies de l’æœsophage par suicide, et le couteau-poignard dans les plaies résultant d’un homicide ou d'une lutte à main armée.
Nos plaies produites dans le suicide, s’observent chez des individus qui sont poussés par la mélancolie, les espérances déçues, la jalousie, les remords, l’aliénation mentale, les accès de fièvre. Ce sont presque toujours des hommes qui accomplissent ce crime. Si nous parcourons les 62 cas de plaies de l’œsophage par suicide, nous trouvons que sur 56 où l’on indique le sexe, il n’y en a que 7 qui concernent des femmes. Sur 26 cas de plaies faites dans l’homicide ou la lutte à main armée, nous ne trouvons que 6 plaies chez les femmes ; dans une seule observation (obs. 31) c’est une femme qui a fait la blessure.
Au sujet de l’âge, nos observations sont très incomplètes. Il n’y en à que 50 qui l’indiquent. Sur 38 cas de plaies par suicide où l’âge est mentionné, 19 ont été faites de 18 à 30 ans, et 19 de 33 à 55. Dans les cas de plaies par homicide le plus jeune malade a 9 ans, les autres de 20 à 30, et la plus âgée, qui est une femme, a 55 ans.
IL SYMPTOMATOLOGIE
4° Caractères Anatomo-pathologiques
Siège.
Les plaies de l’æœsophage que nous étudions n’existent jamais seules. Avant d'atteindre le canal alimentaire, l’instrument vuluérant a intéressé la peau, le tissu cellulaire, des aponévroses, des muscles, des vaisseaux, etc., de telle sorte qu’il a produit deux blessures, une profonde, celle de l’œsophage, et une extérieure superficielle, celle des organes avoisinants. La plaie occupe, tantôt la portion cervicale de l’œsophage, tantôt sa portion thoracique.
Les blessures de la portion thoracique sont les moins fréquentes ; nous n’avons pu en réunir que six. Ce sont les plaies de petite dimension produites par des instruments tels que le fleuret (obs. 17), l'épée (obs, 13, 16), la baïonnette (obs. 12) oule sabre (obs.15), cinq d’entr’elles se sont accompagnées d’une plaie correspondante de la paroi thoracique ; une seule , (obs. 14). a été faite par un couteau qui a été enfoncé au-dessus de la clavicule du côté gauche.
La majorité occupe la portion cervicale. Nous en comptons 97 réparties comme il suit.
27 siègent au niveau de l’espace thyro-hyoïdien :
21 sont le résultat de suicide (obs. 32, 33, 34, 51, 54, 55, 72, 73, 77, 78, 19, 80, 81, 82, 84, 85, 86, 87, 88, 89); 3 celui d’ho-
ne micide (obs. 6, 35, 60) ; dans 3 cas on n’indique pas dans quelle circonstance a été faite la plaie (obs. 52, 64, 83).
21 siègent au niveau du cartilage thyroïde :
Suicides : obs.' 18, 19, 20, 23, 31, 46, 49, 50, 53, 68, 70, 71 ; homicides : obs. 11, 36, 39, 69, 98; cause inconnue : obs. 45, A0 0
12 siègent au niveau du cartilage cricoïde ou de l’espace cricothyroïdien :
8 sont le résultat de suicides (obs. 21, 26, 30, 38, 47, 45, 102, 103) ; 4 celui d’homicides (obs. 1, 3, 62, 97).
14 siègent au-dessous du larynx :
9 sont le résultat de suicides (obs. 2, 28, 29, 44, 56, 61, 99, 100, 101) ; 4 celui d’homicides (obs. 25, 27, 37, 59) ; 1 cas sans indications précises (obs. 57).
Dans 23 cas, on ne donne pas d'indications précises sur Île siège de la blessure.
On peut remarquer d’après les tableaux précédents que les plaies de l’æsophage par suicide occupent toujours la portion cervicale, qu’elles siègent de préférence au niveau de l'espace thyro-hyoïdien dans une proportion de 77,7 pour 100, ou audessous du larynx dans une proportion peu différente de 71,4 pour 100.
La plaie par homicide siège plutôt au niveau du cartilage cricoïde ou de l’espace crico-thyroïdien; dans une proportion de 939,0 pour 100.
La plaie extérieure se trouve généralement située à peu près au même niveau que la plaie de l’œsophage ; nous possédons néanmoins un cas (obs. 14) où la plaie extérieure a été faite à la région cervicale et la plaie de l'œsophage au niveau de la portion thoracique. Tout cela doit dépendre évidemment de la direction qui a été donnée à l'instrument vulnérant.
Direction.
Généralement les plaies sont transversales, rarement longitudinales ou obliques. 30 observations seulement nous indiquent la direction d’une facon exacte.