HISTORIQUE
Alors que, au début de la guerre, on préconisait l'abstention systématique en cas de plaies articulaires (D), tout le monde est d'accord aujourd’hui pour dire que toute plaie du genou doit être opérée précocement.
C'est en 1916, avec les publications de Loubat, de Delore, de Sencert, de Pierre Duval, de Georges Gross, que s'établit d'une façon définitive la nécessité non seulement d'opérer précocement toute plaie articulaire et de la débarrasser des corps étrangers, mais encore de faire après un bon nettoyage de la plaie, une suture primitive de la synoviale et des plans superficiels, pour tous les cas jugés pratiquement asepliques.
Les corps étrangers porteurs d'infection élant enlevés, la cavité articulaire n’est certes pas dépourvue de tout agent infectieux, mais alors le phénomène de l’autostérilisation entre en scène et la synoviale articulaire est certainement capable de lutter, dans une certaine mesure, contre l'infection. Dans sa communication, faite le 3 janvier 1917, à la Société de chirurgie, M. Grégoire déclare que les prélèvements de liquide articulaire,
(1) Conseils donnés par M. le Médecin inspecteur Delorme aux chirurgiens des formations sanitaires.
faits dans son auto-chir., après les arthrotomies suivies de suture primitive, ont très souvent donné des cultures positives, el il ajoute : « La synoviale n’est pas inerte comme une boîte de Petri: elle se défend contre l'infection et en triomphe à condition qu'on l’aide ou que la virulence microbienne soit faible ». Parlant dans le même sens; M. Chevassu déclare, à la séance de la Société de Chirurgie du ?8 février 1917 : « Si fragiles qu’elles nous paraissent contre l'infection, les articulations sont peut-être susceptibles, plus que nous ne l'avons pensé jusqu'à présent, de lutter dans certaines conditions contre une infection modeste ». Celle nolion d'infection de l’article, même après une bonne inlervenlion faite précocement, a très certainement été l'une des raisons qui ont poussé pendant longtemps bien des chirurgiens à immobiliser le genou auquel ils avaient fail une arthrotomie suivie de suture primitive. Pour certains qui employaient systématiquement le grand lambeau en U, l'immobilisation était également dictée par la crainte de voir céder la suture du tendon rotulien. Il n'en est pas moins certain que, si l'on avait moins craint l'infection, on aurait vu dès le début mobiliser plus précocement les arthrotomisés suturés, puisque tous connaissaient les très bons résultats obtenus par Lucas- Championnière; Coriton dans sa thèse, en 1892, publie les observations de suturés de la rotule que Lucas- Championnière fit lever dès le 7° jour; grâce à cette mobilisation très précoce, la récupération fonctionnelle fut très rapide.
En 1916, Willems publiait son Manuel de cheb
de guerre. Nous en extrayons le passage suivant
« Une sorte de dogme chirurgical veut que, dès qu’une articulation a été touchée par un traumatisme, elle soit soumise à l’immobilisation, par crainte de voir les mouvements aggraver les lésions et favoriser l'infection... Depuis plusieurs années, nous nous sommes affranchis de cette règle... Notre traitement de l’hémarthrose par la ponctiou suivie de la marche immédiate a été utilisé des centaines de fois par de nombreux chirurgiens belges et étrangers et est considéré maintenant comme le meilleur. Aucun accident n’a été signalé. Cette première expérience nous incita à supprimer l’immobilisation dans d’autres lésions traumatiques, et, depuis lors, nous n'immobilisons plus aucune contusion ni plaie articulaire. Nous n’immobilisons plus après la suture de la rotule, ni pour aucune fracture intra-articulaire, à moins que la mobilisation ne risque de déplacer trop fortement les fragments. Cette manière de procéder a le grand avantage de raccourcir dans des proportions considérables la durée du traitement. Non seulement aucune aggravation ni aucun autre inconvénient n’est à craindre, mais les lésions articulaires guérissent beaucoup plus vite, sans laisser derrière elles les raideurs articulaires, les ankyloses, les atrophies musculaires qui, après l'immobilisation, demandent un traitement consécutif prolongé et peuvent aboutir malgré tout à des déchets fonctionnels importants... Nous avons appliqué celte méthode à la chirurgie de guerre, et nous avons banni du traitement des plaies articulaires par projectiles toute immobilisation ». Ainsi s'exprimait Willems dès