DIAGNOSTIC
Il faut, tout d’abord, établir qu'il s’agit bien d’une polynévrite. Nous venons d’en étudier les signes caractéristiques.
La constitution névropathique de la malade, en certains cas, favorable à l’éclosion des vomissements et aussi d’accidents nerveux, pourrait faire songer à une paralysie d’origine pithiatique. Mais dans celle-ci les réflexes sont conservés, l’atrophie bien moins accentuée, les réactions électriques ne sont pas modifiées.
En pratique, ce n’est guère qu’avec une affection médullaire, myélite, polyomyélite, que la confusion sera possible.
Dans les cas de polynévrite gravidique, surtout motrice (ils sont rares), le diagnostic différentiel pourrait être à faire avec la polyomyélite. à
HORNUNG et CREUTZFELD ont récemment publié un cas de maladie de HEINE-MEDIN évoluant au cours d’une gestation et, semble-t-il, aggravée par elle. Les signes propres à cette affection, début brutal, régression rapide de la paralysie, etc., la notion d’épidémicité, en rendront le diagnostic assez aisé.
Il sera, en revanche, particulièrement difficile dans les cas de polynévrite généralisée à type aigu ou suraigu (lobservation de Krivsky en est un exemple) de distinguer ceux-ci de la maladie de LaANDRY, dont DAVIDSON-SAMUEL, PRIBYTKOW, HORNUNG et CREUTZFELD, CAFFIER et d’autres ont rapporté des exemples évoluant au cours de la gestation. Aucun signe clinique différentiel n’a de valeur absolue pour affirmer l'origine polynévritique ou myélopathique de l'affection. Cependant, un début brusque avec fièvre, l’absence fréquente de douleurs spontanées, l’apparition précoce de troubles sphinctériens plaident pour la maladie de Lanpry. La ponction lombaire sera ici d’un grand secours.
Il est une dernière affection susceptible de donner lieu à une erreur de diagnostic : c’est le tabès. Dans leur étude « sur les vomissements graves dans leurs rapports avec les lésions du système nerveux », DUFOUR et COTTENOT ont rapporté des exemples de vomissements graves chez des tabétiques, et une de leurs observations, qui concerne, suivant ces auteurs, un cas de tabès méconnu chez une femme enceinte, a été citée par Jos comme une observation de polynévrite gravidique. C’est dire que, quelquefois, la confusion sera possible.
Mais le problème diagnostique est surtout étiologique.
Les causes de polynévrite sont, en effet, nombreuses : infections, intoxications, dyscrasies. Mais les conditions d’apparition de la polynévrite gravidique en facilitent le diagnostic de nature.
Les vomissements graves lui sont presque toujours associés, ainsi que d’autres signes dits d’ « intoxication gravidique », en particulier l’accélération du pouls.
L'enquête étiologique n’en devra pas moins être minutieuse. On recherchera attentivement, par l’étude des antécédents, la possibilité d’une intoxication exogène, professionnelle ou autre. C’est à l’intoxication éthylique que l’on pensera tout d’abord en présence du syndrome de KORSsAKOFF que revêt dans bien des cas la polynévrite gravidique, mais que l’on est habitué à rencontrer surtout au cours des polynévrites éthyliques, beaucoup plus fréquentes que les précédentes. On conçoit aisément que si la polynévrite survient précocement, non précédée de vomissements graves, au cours d’une gestation débutante (dont le diagnostic n’aurait pas été fait), elle ne soit pas, dans certains cas, rattachée à sa véritable cause (1).
En définitive, c’est, d’une part, l’absence, révélée par une étude approfondie des antécédents et un examen clinique minutieux, d'infection ou d'intoxication exogène et, d'autre part, la coexistence de manifestations telles que vomissements graves, ictère, etc., qui permettront, en présence d’une polynévrite évoluant au cours de la gestation, d’affirmer qu'il s’agit de « polynévrite
gravidique ».
(1) Chez une malade (obs. II, Clin. Baudelocque), il avait été porté d’abord, dans un service de médecine, le diagnostic de polynévrite éthylique.
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