‹ Contribution à l'Étude des Polynévrités GravidiquesChapitre 15 sur 20 · PRE | | 7 RER · texte numérisé non relu

PRE | | 7 RER

une expérience personnelle sur les effets de l'intervention, et si l’on considère, en outre, l’obscurité dont est encore entourée la pathogénie de ces polynévrites.

Cependant, tous les auteurs, même les moins interventionnistes, considèrent que l’extension du processus névritique au phrénique, au pneumogastrique, et les formes ascendantes aiguës constituent une indication formelle à l'interruption de la gestation.

Ces cas, où la vie de la mère est en danger, sont rares. Et c’est en présence des polynévrites beaucoup plus fréquentes, de gravité moindre, que les accoucheurs adoptent une ligne de conduite qui est variable, Pour les uns, l'apparition d’accidents nerveux, d’origine périphérique ou centrale, constitue une indication à l’intervention immédiate et systématique. « En ces cas, l’abstention ne sera jamais de mise », disait FIEUX, au Congrès de Toulouse (1910).

Krivsky déclare : « Il faut interrompre dès le diagnostic de polynévrite posé. » ALBECK adopte cette ligne de conduite. SCHAUTA en est également partisan. EWALD et SCHEISINGER sont constamment pour l'interruption.

S'il est vrai que la polynévrite est, au même titre que les vomissements graves qui lui sont si souvent associés, une manifestation d’intoxication où la gestation a, de toute évidence, un rôle, il est logique de tenter d’enrayer ce processus d’intoxication en interrompant la gestation.

On sait, d’autre part, que la rétrocession des troubles nerveux dans les cas où on laisse la gestation évoluer, se produit, en général, seulement après l'accouchement.

En revanche, d’autres auteurs, après HüSsLIN, conseillent formellement de s’abstenir. HüssLiN fait valoir que la polynévrite, dans la plupart des cas, évolue spontanément vers la guérison; que l'interruption de la gestation, non seulement dans bien des cas n’amène pas d'amélioration, mais aggraverait parfois la polynévrite.

La ligne de conduite défendue par HôssLiN a été suivie, mais peut-être avec moins d’absolutisme par de nombreux auteurs :

US

BAR, en France; SACHS, CAFFIER, SIEMERLING, SEITZ et d’autres.

Certains auteurs, enfin, considèrent qu’il est impossible de fixer de règle précise (BoDE, WiLsON et GARVEY, STEPOWSKI, REMAK, par exemple) et qu’il s’agit de cas d’espèces.

Différents facteurs influeront sur la décision de l’accoucheur : l’âge de la gestation (on devra, si possible, pour intervenir, attendre la limite de viabilité de l’enfant (BRINDEAU), l’aggravation rapide de l’état général, la coexistence avec la névrite d’autres accidents graves de la gestation (ictère, par exemple), éclampsie (dans le cas de BobE), l'échec du traitement (WiLsoN et GARVEY). \

Sur les conseils de notre maitre, le Professeur COUVELAIRE, nous avons recherché, en dehors de toute idée dogmatique, l’évolution comparée dans soixante-cinq cas différents de polynévrite gravidique.

Dans vingt-huit d’entre eux, on a laissé évoluer la gestation ; dans trente-sept autres, elle a été interrompue, tantôt précocement, avant ou au début de lapparition des accidents nerveux, tantôt, plus tardivement, la polynévrite une fois installée.

Parmi les vingt-huit cas, où l’on a laissé la gestation suivre son cours, nous relevons six cas mortels (obs. de POLK, SOLOWJEF, KUHNE, STEWART, DUSTIN, DuPOUY et COURTOIS).

Mort due, dans trois cas, à une atteinte du phrénique, dans un cas, à une névrite probable du pneumogastrique. Dans tous ces cas, l’apparition de la polynévrite avait été précédée de vomissements incoercibles. Dans le cas de DUSTIN, on doit remarquer que la polynévrite est apparue après l’expulsion spontanée d’un macéré au sixième mois.

Dans vingt-deux cas, la polynévrite évolua vers la guérison, survenue dans des délais variables, cinq fois l’amélioration s’étant faite avant le terme de la gestation. Ces vingt-deux cas concernent des polynévrites de gravité différente. Mais si l’on met à part deux cas de polynévrite localisée, type supérieur, tous les autres sont des cas de polynévrite généralisée, assez graves pour que, dans certains d’entre eux, l'interruption ait été envi-

sagée. Dans trois cas, il existait une paralysie faciale, associée

dans le cas d'ETTINGER à une névrite du pneumogastrique, dans celui de BAR à une atteinte du phrénique, dans celui de SEIGE à une paralysie laryngée. Dans l’observation de CATHALA et TRAS- TOUR, l’atteinte de la dixième paire paraît très probable.

Il faut noter que, parmi ces vingt-deux cas, la polynévrite, dans trois cas, n’avait pas été précédée de vomissements incoercibles, et même, dans cinq cas, d’aucun vomissement.

Notons, enfin, que dans cinq cas la gestation s’est terminée par l'expulsion d’un fœtus mort et macéré, deux fois par l’accouchement prématuré (obs. III, obs. de VORON). Parmi sept cas, où le poids de naissance nous est connu, deux fois seulement il est supérieur à 3.000 grammes.

Dans trente-sept autres cas, la gestation a été interrompue huit cas mortels. La mort survenant dans les heures (obs. de SIEMERLING) ou dans les deux à trois jours qui ont suivi l’interruption (obs. de Krivsky, obs. IT, Clin. Baudelocque), après une période d’une dizaine de jours d'amélioration transitoire (deux cas de WiLsON et GARVEY), plus tardivement enfin (obs. de Jos, de MADER, de SEMON). Dans tous ces cas, sauf dans celui rapporté par MADER, l'interruption de la gestation eut lieu la polynévrite une fois installée. Dans ces huit cas (sauf dans celui de KRIvVSKkY), les accidents nerveux avaient été précédés de vomissements graves ou d’ictère.

La mort survint après une extension progressive de la polynévrite (après une période d'amélioration transitoire ayant porté seulement sur l’état général et les vomissements, dans les cas de WiLson et GARVEY) avec atteinte du phrénique ou des nerfs bulbaires dans trois cas. Le rôle d'une infection streptococcique dans le cas de SIEMERLING est évident.

L'époque d'interruption de la gestation, par rapport à la date d'apparition des accidents nerveux, est intéressante à considérer.

En effet, parmi les trente-sept cas où l'interruption a été pratiquée, dans dix-sept celle-ci fut précoce.

Dans quatre de ces derniers cas, l'avortement fut provoqué pour vomissements graves et en l’absence de tout signe nerveux ou psychique apparent. Après une amélioration évidente avec

Page 1