OBSERVATIONS
OBSERVATION I (Clinique Baudelocque).
Primipare de 21 ans.
Antécédents : réglée à 15 ans, règles abondantes, régulières. Varicelle, rougeole, coqueluche dans l’enfance.
A l’âge de 6 ans, envoyée à Berck pour lymphatisme.
En 1911, aurait eu un ictère accentué qui aurait duré deux mois.
Première gestation actuelle. Dernières règles : du 5 au 7 décembre 1919. Début des vomissements à la fin du mois de janvier; vomissements matutinaux et post-prandiaux ainsi que dans l’intervalle des repas. En même temps, étourdissements et tendances syncopales.
Le repos étendu rend les vomissements moins fréquents et les malaises disparaissent.
Aussi, la malade s’alite, mais au bout de deux à trois jours, les vomissements reprennent aussi intenses.
On la soumet alors au traitement suivant : lavements quotidiens avec une solution de borate de soude et potion de Rivière.
Après une courte période d’amélioration, apparition, le 15 février, de subictère. Le pouls est à 72-76, la température est normale.
Régime : eau de Vichy, Vals, bouillon de légumes, lait (ce dernier n’est pas supporté). Léger amaigrissement.
Du 20 février au 10 mars, l’état est à peu près stationnaire, le pouls est aux environs de 72. La diurèse est normale. Les vomissements sont toujours fréquents et abondants, certains aliments cependant sont conservés.
Traitement : pulvérisations d’éther au creux épigastrique, applicacation de glace à ce niveau, lavement évacuateur chaque jour, et tous les quatre jours, lavement purgatif.
Le 15 mars, l’état général semble meilleur, certains aliments solides sont gardés. La femme commence à se lever.
Le 25 mars, elle est prise d’un étourdissement soudain, puis dans la journée elle se plaint d’une céphalée violente. Le pouls est accéléré à 88.
Les jours suivants, les urines deviennent plus rares. Le 27 mars, on constate l’existence de légers troubles psychiques portant surtout sur la mémoire. Le pouls est à 120.
Le 27 mars, au soir, la femme entre à la Clinique Baudelocque, envoyée par le Docteur MOUCHOTTE, en vue d’un avortement provoqué.
On met la malade au régime hydrique et on lui fait 500 grammes de sérum physiologique. Le lendemain, le pouls est toujours à 120. Diurèse 750 grammes.
Le 28 mars, M. le Professeur COUVELAIRE pose l’indication d’interrompre la gestation, Introduction d’une laminaire.
Le 29 mars, on vide la cavité utérine par curage digital. Fœtus de deux mois à deux mois et demi.
Rien d’anormal du côté de l’œuf.
Le 30 mars, la nuit a été calme, la température est à 37°4, le pouls . à 112, urines 300 grammes. Certains aliments (bouillon de légumes, tilleul) sont conservés.
Le 31 mars, purgation vomie presqu’aussitôt. On lui donne alors un grand lavement et on continue l’alimentation liquide.
Pas de vomissements. Pouls 105. Urines 500 grammes.
Le i‘ avril, la malade ‘accuse une amélioration dans son état, elle n’est plus anorexique; un bifteck et de la purée sont conservés. Mais le pouls est toujours accéléré à 120.
Les troubles de la mémoire (en ce qui concerne les faits récents) sont encore accusés. La malade se plaint, en outre, d’une diminution de l’acuité visuelle.
Les jours suivants, la femme ne vomit plus, la diurèse s’améliore. Le 7 avril, le pouls ne dépasse pas 96.
Le 12 avril, M. COUVELAIRE constate que la femme se plaint de phénomènes douloureux au niveau des membres inférieurs, qu’elle localise principalement au niveau des genoux.
Il est frappé aussi de l’amaigrissement des membres inférieurs. Il note également l’existence d’une amnésie antérograde.
Suspectant une polynévrite, il fait venir en consultation M. le Professeur GUILLAIN.
13 avril. Examen de M. GUILLAIN
1° Douleur à la pression des masses musculaires du mollet et du quadriceps.
2° Troubles de la sensibilité : paresthésie des extrémités (fourmillements et engourdissements). Pas d’anesthésie complète, mais un peu d’hypoésthésie de la jambe et du pied par rapport à la cuisse.
3° Motricité : parésie de la sphère du crural et du sciatique, mais rien au niveau des membres supérieurs.
4° Réflexes membres inférieurs : rotuliens, achilléens, médio-plantaires, péronéo-fémoraux abolis.
Les réflexes du membre supérieur sont normaux. Réaction pupillaire normale.
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5° Troubles mentaux : pas de confusion mentale, pas d’hallucinations visuelles ou auditives. La malade se tire très bien d’épreuves mnésiques simples; sa mémoire ne présente pas de grands troubles.
M. GuILEAIN conclut à une polynévrite légère avec bon pronostic, et prescrit : 2 mgr. de strychnine par jour et une cuillerée à café d’huile de foie de morue phosphorée, et le régime lacto-végétarien.
Il déconseille le massage tant que la maladie est en période aiguë.
Le 16 avril, la femme rentre chez elle et continue à être suivie par le Professeur GUILLAIN.
En septembre, elle est envoyée à Bourbonne-les-Bains (séjour de trois semaines). La femme ne marchant pas, elle dut être portée au train. Après la cure à Bourbonne, la marche est encore impossible, mais la malade peut mobiliser, mieux qu'auparavant, ses membres inférieurs. Progressivement, elle a pu marcher, mais en prenant appui aux meubles,
En mai 1921, deuxième saison à Bourbonne, puis séjour à Chavannes (en Alsace). Là, elle commença à marcher avec une canne.
En septembre 1921, troisième saison à Bourbonne. A cette époque, la marche n’est encore possible qu'avec l’aide d’une canne.
Nouvelle gestation en 1921. Le 10 mai 1922, accouchement prématuré au terme de huit mois.
Cette gestation a évolué sans incidents. Pas de vomissements. Pas d’albuminurie.
Après l’accouchement, la malade à pu marcher sans canne. L'état général est satisfaisant. Il persiste encore quelques troubles psychiques légers (amnésie).
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OBSERVATION II (Clinique Baudelocque).
Secondipare de 31 ans.
Antécédents héréditaires : parents bien portants.
Antécédents collatéraux : un frère mort de bacillose pulmonaire, deux collatéraux morts en bas âge.
Réglée à 11 ans. Règles régulières abondantes.
A l’âge de 18 ans, aurait fait une pleurésie (mais pas de renseignements sur l’évolution de cet accident).
Antécédents obstétricaux
Première gestation : 1920. Vomissements abondants et persistants pendant la plus grande partie de la grossesse, terminée par l’accouchement spontané d’un enfant vivant et bien portant.
Deuxième gestation. Dernières règles : date mal précisée, fin du mois de juin 1922.
Les vomissements sont apparus à la fin du mois d’août et persistent pendant les mois de septembre, d'octobre et de novembre; mais ces vomissements sont irréguliers et permettent à la femme de s’alimenter.
Vers la fin du mois de novembre, les vomissements cessent et à ce moment apparaissent des troubles paraplégiques se présentant absolument comme une polynévrite.
Dans les premiers jours du mois de décembre, la femme est hospitalisée dans le service du Docteur LaAuBrYy, à l'Hôpital Cochin.
On fait une ponction lombaire : deux lymphocytes par champ, albumine normale.
Wassermann négatif dans le sang et le liquide céphalo-rachidien.
Dans ce service de médecine, elle est considérée comme atteinte de polynévrite éthylique.
Température pendant son séjour à Cochin : aux environs de 37°, avec trois clochers à 38°5 et 38°, les 10, 11 et 14 décembre.
Les urines : 500 cc. de l’entrée jusqu’au 11; le 12, 259 cc.; le 13, 0; le 14, 250 cc.
Le 15 décembre, on se rend compte que la femme est en état de gestation et on la fait transporter à la Clinique Baudelocque.
A l’interrogatoire, troubles de la mémoire. Amnésie de type antérograde. La malade ne paraît se rappeler d’une façon précise que les faits antérieurs à sa maladie. De temps en temps, elle s’arrête dans ses explications et semble comme perdue : écheveau dont elle ne peut suivre le fil.
A l’examen, aspect asthénique. La malade paraît faire effort pour répondre aux questions qu’on lui pose.
Le faciès est amaigri et grippé. Les lèvres sont sèches et fuligineuses.
La femme accuse des douleurs vives au niveau des jambes.
Membres supérieurs : perte de la force musculaire au niveau de la main gauche, plus marquée qu’à droite. Pas d’amyotrophie, mais hypotonicité musculaire. La sensibilité est conservée des deux côtés.
Réflexes : olécranien, cubito-pronateur, radiaux conservés à droite; à gauche l’olécranien est conservé, mais les réflexes cubito-pronateurs, styloradial sont abolis.
Membres inférieurs : la motilité est très diminuée, la malade ne peut détacher le talon du plan du lit. Attitude des deux pieds en équinisme et en varus, surtout à droite, et liée à une perte de tonicité des péroniers latéraux.
Hypotonicité musculaire particulièrement marquée au niveau des mollets. Atrophie musculaire bilatérale et symétrique plus marquée au niveau des jambes que des cuisses.
Des deux côtés, douleur à la pression. Sensibilité tactile perturbée, retard de la perception; sensibilité à la chaleur normale.
Les réflexes rotuliens et achiïlléens sont abolis des deux côtés. Pas de Babinski.
L’état psychique de la malade empêche de rechercher la douleur à la pression des troncs nerveux, ainsi que le signe de Lasègue.
Examen oculaire : pupilles en myosis, abolition des réflexes à la lumière et à l’accommodation. Nystagmus horizontal.
En résumé, polynévrite frappant symétriquement et également les deux membres inférieurs, avec prédominance légère au niveau des péroniers latéraux droits; atteinte moins marquée des membres supé: rieurs, en particulier du gauche.
Appareil digestif : langue sèche, rouge, fuligineuse. Quelques nausées, pas de vomissements.
Léger subictère.
Appareil cardio-vasculaire : pouls rapide, mais régulier et bien frappé, 130.
Tension artérielle : 12-9 au Pachon.
Appareil pulmonaire : quelques râles de congestion aux bases.
À l’entrée de la malade, le 15 décembre, le traitement suivant est institué
Sérum glucosé, adrénaline, huile camphrée, lavement évacuateur.
La vessie est pleine, le cathétérisme évacuateur ramène 900 gr. d’urine foncée et légèrement rougeÂtre.
A 17 heures, M. le Professeur COUVELAIRE examine la femme et décide d'intervenir immédiatement par la pose d’un ballon de Champetier de Ribes.
A 18 heures, dilatation facile aux bougies de Hégar, mise en place dans l’utérus d’un ballon de 500 cc.
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Dans les heures qui suivent le pouls reste accéléré, aux environs de 140.
Dans la nuit, on fait 250 ce. de sérum glucosé, XV gouttes d’adrénaline au millième sous-cutanée, de l’huile camphrée.
L'état général s'aggrave, la femme présente de la dyspnée avec polypnée (40 respirations à la minute).
Le ballon ne déclanche pas franchement le travail, les contractions utérines sont rares et faibles.
Le 16 décembre, à 9 heures, dilatation d’un peu plus de 5 francs. Etat général très mauvais. Pouls 140. Plus de 60 respirations à la minute. Cette polypnée s’accompagne de tirage.
A 10 heures, M. le Docteur PowiLewicz, étant donné l’état grave de la femme, décide de vider l’utérus malgré la dilatation d’un peu plus de 5 francs seulement.
Version par manœuvres internes facile et extraction sans lésions du col d’un fœtus vivant de 1.600 gr. Délivrance artificielle immédiate. La femme ne saigne pas.
Le pouls est à 160. La polypnée intense (70 respirations à la minute).
On fait, dans la soirée, 250 cc. de sérum glucosé et XX gouttes d’adrénaline sous-cutanée.
Le pouls, pendant toute la soirée, se maintient à 130, assez bien frappé, 48 respirations par minute.
A 19 heures, la femme paraît mieux, plus calme, son pouls est régulier à 120. Mais à ce moment on aperçoit aux parties déclives des cuisses, aux endroits où elle a reçu des injections de sérum, de larges macules blanchâtres bordées de rouge.
Le calme ne dure pas. Pendant toute la nuit la femme est très agitée, elle est prise de vomissements bilieux presqu’incessants.
Elle est subdélirante.
Le 17 décembre, l’état général est de plus en plus mauvais. Pouls mal frappé à 140. 60 respirations à ia minute.
Les macules se sont étendues et recouvrent presque toutes les faces interne, postérieure et externe des cuisses; à leur surface, on constate de larges phlyctènes remplies d’une sérosité brunâtre.
À 11 heures, le pouls est à 160, mal frappé; la respiration irrégulière.
À 12 heures, le pouls devient imperceptible à la radiale. À 16 heures, la respiration se ralentit progressivement et la femme meurt à 16 h. 35.
Autopsie : aucune lésion macroscopique, sauf au niveau du foie et du rein gauche.
Foie : 2.030 grammes, pâle, jaunâtre; son aspect rappelle celui de la dégénérescence graisseuse.
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Le rein gauche présente, dans la région médullaire, un kyste du volume d’une noisette dont la cavité est comblée par une substance gélatineuse de coloration brunâtre; un autre petit kyste à côté du premier.
Poids des principaux organes : poumons, 650 gr.; cœur, 310 Sr foie, 2.030 gr.; rate, 200 gr.; reins, 380 gr.
Examen histologique (Docteur Y. BERTRAND)
Cortex cérébral. — Le cortex a été examiné en de nombreux points à l’aide de méthodes variées et surtout au Nissl et au Bielchowsky.
Au niveau de tous les étages cellulaires, la topographie des corps de Nissl dans l’intérieur des éléments nerveux ganglionnaires est normale, Il n'existe nulle part de tigrolyse appréciable. Les éléments névrogliques fibreux de la couche moléculaire sont au repos et ne présentent pas les divisions nucléaires si fréquemment observées au cours des infections graves.
La méthode de Bielchowsky sur coupes à la congélation révèle des neurofibrilles intra et extra-cellulaires absolument normaux. En somme, les méthodes de technique habituelle ne permettent de révéler aucune altération notable des éléments corticaux.
Par contre, les axes blancs des diverses circonvolutions présentent des vaisseaux entourés parfois d’une véritable manchette périvasculaire d’origine lymphoïde et névroglique. Ces modifications vasculaires indiquent une altération certaine des centres nerveux.
ALZHEIMER à insisté sur la corrélation existant entre l’élément vasculaire et l’élément nerveux ganglionnaire. C’est ce que nous désignons sous le nom de loi de dualité neuro-interstitielle (Ÿ. BERTRAND). Les éléments nerveux ganglionnaires de la sixième couche de Brodmann sont entourés de corpuscules satellites beaucoup plus nombreux que d'ordinaire. Ces aspects sont l’équivalent d’une véritable neuronophagie de la couche la plus profonde de l'écorce.
Les noyaux gris centraux ne présentent aucune altération notable, de même que le cervelet et le reste du tronc cérébral.
Moelle. — La moelle a été étudiée dans ses divers segments par la méthode de Nissl. Les lésions de tigrolyse sont disséminées à tous les niveaux sans topographie particulière. Au niveau de la moelle dorsale, un groupe latéral sympathique est en cytolyse avancée. Les ganglions rachidiens présentent des aspects involutifs en proportion normale.
Nerfs périphériques. — Les principaux troncs nerveux de chaque membre ont été examinés à l’aide des méthodes de Nageotte, d’Heidenheim, avec le bleu de Unna, avec acide osmique, sur coupes à la paraffine à la congélation simple, enfin après dissociation.