EME
Les résultats obtenus sont d’une concordance remarquable. Les lésions dégénératives atteignent la totalité des nerfs périphériques : au niveau des membres supérieurs cubital, radial, médian, au niveau des membres inférieurs, sciatique poplité externe et interne offrent le même type de lésion. Seule l'intensité de la dégénération varie légèrement d’un tronc nerveux à l’autre. Les aspects observés indiquent surtout une désintégration intense de la myéline selon des processus variés. Quelques tubes nerveux subissent un lent processus atrophique sans fragmentation de la myéline. Mais la plupart des gaines nerveuses se fragmentent dans toute leur étendue. De volumineuses boules, réduisant fortement l’acide osmique et entourées d’une auréole d’hyaloplasme parsèment l’étendue du neurite. Parfois le tube nerveux disparaît complètement.
Seul lélément schwannique subsiste du neurite primitif, Les éléments cellulaires chargés de cette désintégration sont surtout des macrophages mésodermiques qui se glissent dans l’interstice des gaines de Schwann et jusque dans leur intérieur même pour y aller phagocyter les divers débris lipoïdiens.
L'extension du processus polynévritique explique la diffusion de ia tigrolyse des éléments moteurs médullaires.
Foie. — La disposition en trabécules est difficilement reconnaissable. Les différentes cellules hépatiques ne sont plus orientées autour des ramifications de la veine sous-hépatique et autour des différents espaces portes. En certains points, il existe une dislocation complète des trabécules primitifs, chaque cellule étant nettement isolée des voisines. Des îlots de dégénération graisseuse sont disséminés dans tout le parenchyme, mais sont dans l’ensemble assez rares. Des dégénérations cellulaires consistent surtout en transformations vacuolaires et dans un état granuleux du protoplasme. La dégénération pigmentaire est exceptionnelle. Aucune trace de nodules inflammatoires. Pas de stase veineuse peri-sus-hépatique.
Les lésions dégénératives du parenchyme hépatique sont diffuses, sans topographie nette, atteignant brutalement l’ensemble du parenchyme sans avoir le temps de provoquer des réactions conjonctives consécutives.
Reins. — C’est surtout l’élément secréteur qui présente des lésions histolytiques considérables. Au niveau de la presque totalité des tubes contournés, les noyaux sont pycnotiques, les limites intercellulaires estompées, souvent même le noyau disparaît. Il ne reste plus à la place du tube contourné qu'une masse finement granuleuse, sans détail nucléaire, teintée en rouge vineux par l’hématéine-éosine. Au niveau
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des tubes excréteurs, on observe de nombreux cylindres cellulaires et hyalins, indice de lésions considérables réalisées en amont.
Les glomérules de Malpighi ne présentent pas d’altération notable, signalons cependant l’existence de très rares pains à cacheter.
Capsules surrénales. — Les deux glandes sont dans un parfait état de fixation, ce qui nous renseigne sur la valeur des lésions rénales, Il existerait, peut-être, étant donné le jeune âge du sujet, une légère tendance à l’hyperplasie. Au niveau de la capsule surrénale droite existe, dans la portion la plus profonde de la couche réticulée, un nodule d’aspect inflammatoire constitué par des éléments lymphoiïdes mais sans aspect spécifique.
Rate. —— Excellent état de fixation. Il existe une opposition très nette entre la pulpe blanche et la pulpe rouge, maïs les divers corpuscules de Malpighi ne montrent aucun phénomène de reviviscence myéloïde.
Cœur. — Pas de dégénérescence des fibres myocardiques, en certains points dissociées par un léger œdème du tissu conjonctif.
Sein. — Rien d’anormal.
Corps jaune. — Centre étoilé au stade fibreux jeune avec suffusions sanguines.
Ovaire. — Ovisacs extrêmement rares, léger œdème du chorion.
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OBSERVATION III (Clinique Baudelocque).
Primipare de 19 ans.
Antécédents héréditaires : père mort à 47 ans, albuminurique; mère morte à 40 ans d’infection puerpérale.
Rien de particulier à noter dans les antécédents personnels de la femme qui a été réglée à 14 ans, et se serait toujours bien portée. Elle affirme n’avoir jamais présenté de troubles de la marche.
Première gestation : dernières règles, 22 juillet 1926.
Dès le début de la gestation apparaissent des vomissements abondants et fréquents. Vomissements d’abord alimentaires survenant après les repas, puis vomissements survenant dans leur intervalle et au cours de la nuit, qui ont abouti à une intolérance gastrique absolue.
Ces vomissements ont entraîné un amaigrissement considérable, et la malade est contrainte de s’aliter. Et c’est dans un état grave qu’elle fut transportée à l'Hôpital Laënnec, où elle est traitée par des injections de sérum glucosé sous-cutané.
Concurrement avec les vomissements se sont développés des troubles parétiques au niveau des membres inférieurs, et précocement ceux-ci tendent à se mettre en flexion.
Au bout d’un mois, les vomissements ont brusquement cessé et ja femme put se réalimenter. 11 survient une amélioration légère dans lPétat général, mais les troubles nerveux progressent. L’attitude vicieuse, jambes fléchies sur les cuisses, cuisses sur le bassin, s’accentue, les talons touchant presque la face postérieure des cuisses.
Des rétractions tendineuses s'installent, surtout marquées au niveau des genoux et du talon.
Toute tentative d’extension est impossible et entraîne de vives douleurs. L’impotence fonctionnelle est complète.
Le 23 février, la femme est envoyée à la Clinique Baudelocque.
Son état général est médiocre.
La température est normale, le pouls est aux environs de 80.
On constate, à l’examen, des signes nets de polynévrite.
L’atrophie musculaire, tant à la cuisse qu’à la jambe, est très accusée, surtout à gauche.
Attitude vicieuse en flexion extrêmement marquée. Les essais de correction de cette attitude provoquent de violentes douleurs.
Les réflexes tendineux rotuliens et achilléens sont abolis.
Le réflexe cutané plantaire est normal.
N n'existe pas de troubles spinctériens.
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On porte le diagnostic de polynévrite avec attitude en flexion par rétraction tendineuse. Toute intoxication exogène professionnelle ou autre fait défaut. Il semble donc s’agir de polynévrite gravidique.
Une ponction lombaire ramène un liquide céphalo-rachidien normal. Wassermann et Hecht négatifs.
Réaction du benjoin colloïdal négative.
La réaction de Hecht est négative dans le sang.
Pendant tout son séjour à Baudelocque, la température de la femme reste normale.
A partir du 8 mars, le pouls varie autour de 75.
Les symptômes ne se modifient guère jusqu’à l’accouchement le 1avril 1927.
Ce jour, la tension artérielle est de 14-8 au Pachon.
Les urines sont albumineuses.
Le pouls est passagèrement accéléré à 120.
Accouchement prématuré le 1‘ avril 1927, au terme d’environ huit mois, d’une fille pesant 2.000 grammes, vivante. Délivrance naturelle complète immédiatement après l’expulsion du fœtus... Le placenta pèse 370 grammes.
Dans les semaines qui suivent l’accouchement survient une amélioration dans l’état général et une régression lente, mais régulièrement progressive, de la paraplégie.
Dans le cours du mois de juin surtout, les rétractions se relâchent dans de grandes proportions.
Du 27 mai au 28 juin, la femme est soumise chaque jour à des séances de massage, massage associé à la balnéation (un bain tous les quatre jours).
Le 1° juillet, la malade est envoyée dans le service de M. le Docteur RIBADEAU-DuMAS, en vue d’un traitement électrique. L’enfant est bien portant et pèse alors 3.580 grammes.
A l’entrée dans ce service, on constate à l’examen :
Attitude de flexion légère des jambes sur la cuisse faisant un angle d'environ 150°;
Pied en extension sur ia jambe avec légère rétraction du tendon d'Achille;
Grosse diminution de la force musculaire prédominant à gauche, dans ia sphère du quadriceps et des extenseurs du pied;
La flexion dorsale du pied sur la jambe est impossible;
Atrophie marquée des masses musculaires, surtout de la jambe;
Les réflexes rotuliens et achilléens sont abolis;
Pas de troubles de la sensibilité objective et subjective:
Pas de troubles sphinctériens.
Le 5 juillet 1927, examen électrique.
— (Lt —
On ne trouve de réaction de dégénérescence (lenteur de la contraction) que dans le domaine du sciatique poplité externe à gauche.
Ailleurs, on ne trouve actuellement que de l’hypoexcitabilité (diminution d'amplitude de la secousse).
À partir du 15 juillet, la femme est mise au traitement par la strychnine (2 granules de 0.001 par jour) pendant un mois. Puis après une période de repos, elle reçoit, du 25 août au 4 septembre, des doses croissantes (jusqu’à 5 mgr.), puis décroissantes, de strychnine.
Le traitement électrique est commencé le 22 septembre et a comporté quinze séances.
La récupération des fonctions motrices s’est faite lentement.
On soumet la malade à un traitement par des injections quotidiennes de biiodure d’hydrargyre (une série de vingt injections du 14 octobre au 2 novembre), traitement associé à des séances de rayons ultraviolets. Une nouvelle série de vingt injections de biiodure est faite du 18 décembre au 6 janvier 1928.
Quand la femme quitte le service le 3 février 1928, elle peut marcher sans aide, mais sa démarche conserve encore quelque chose de parétique, et toute marche un peu prolongée entraîne rapidement de la fatigue.
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OBSERVATION IV (Clinique Baudelocque).
Mme H... (Rachel), âgée de 30 ans, receveuse des Postes, enceinte pour la troisième fois, entre à la Clinique Baudelocque le 29 avril 1932, pour vomissements graves,
Antécédents héréditaires : père décédé à 62 ans, hémiplégique et aphasique; mère bien portante.
- Antécédents personnels : nourrie à l’allaitement mixte; réglée à 14 ans; règles régulières, non douloureuses, durant trois jours; rougeole et coqueluche dans l’enfance.
Antécédents obstétricaux : au cours des deux gestations précédentes, en 1926 et en 1929, a présenté, dès le second mois de la grossesse, des vomissements aboutissant à une intolérance gastrique absolue, mais qui ont cédé spontanément au bout d’environ trois semaines. Chaque gestation s’est terminée par l’accouchement normal, à terme, d’un enfant vivant et bien portant.
Troisième gestation actuelle : dernières règles, 4 au 7 janvier 1932.
La gestation est bien supportée jusqu’au début de mars. La femme commence à vomir à partir du 10 mars et aussitôt les vomissements prennent le caractère de vomissements graves. L’intolérance gastrique est absolue. La malade garde le lit et se met à la diète hydrique. Mais is vomissements n’ont aucune tendance à s’atténuer et l’état de dénutrition s’accentue.
Un traitement par des lavements nutritifs (trois fois par jour), puis par des injections de sérum (en goutte à goutte rectal) n’amène qu’une amélioration passagère. À la fin du mois d’avril, la malade est très fatiguée et continue à vomir.
Examen. — Elle entre dans le service le 29 avril 1932.
On est en présence d’une femme très amaigrie pesant 40 kg. 100 (alors que son poids habituel était de 54 kg.) présentant des signes &e déshydratation accusés. La peau sèche garde le pli. La langue est sèche. Mais les téguments ne sont pas subictériques.
Les réflexes tendineux sont vifs.
Il existe de l’éréthisme cardiaque. Pouls à 120, régulier. Tension artérielle, {1-8 (VAQUEZ).
Pas d’albumine ni de sucre dans les urines, mais présence d’urobiline et d’acétone.
Urée sanguine, 0,15.
Examen obstétrical : utérus mou remontant à cinq travers de doigt au-dessus de la symphyse pubienne. Corps en antéversion marquée. Col irrégulier fermé.
On institue le traitement du Docteur LEVEN :
+ Le
Repos au lit. Diète hydrique. Bromure de sodium. Potion au carbonate de bismuth. Ceinture et position déclive.
La malade continue à avoir une intolérance gastrique absolue.
M. le Professeur CouveLAIRE décide alors l'interruption de la gestation.
Le 2 mai, pose de laminaire après dilatation aux bougies de Hegar.
Le 3 mai, interruption.
À 11 heures, après ablation des laminaires, la dilatation permettant l'introduction d’un doigt, pose d’un ballon de Champetier de 100 cc.
Dans la journée, la malade a quelques contractions utérines douloureuses.
À 2i heures, le bailon est enlevé et la dilatation permettant l’introduction de deux doigts, Mme GRAND, interne du service, pratique un curage digital, sous anesthésie générale à l’éther. L’œuf est intact, presqu’entièrement décollé. Extraction d’un fœtus normal.
Les jours suivants, l’intolérance gastrique n’est pas aussi complète. Quelques liquides {lait, tisanes) sont conservés, mais les vomissements sont encore abondants.
La femme est prostrée, somnolente.
Le 7 mai, on constate que la glycémie est de 2,65, et qu’il y a de l’acétone dans les urines.
Traitement : 40 unités d’insuline et en même temps sérum glucose.
Le 8 mai, le Docteur LAPORTE, médecin des Hôpitaux, appelé en consultation, conseille (bien que l’acétone soit en traces indosables dans l’urine) de pratiquer des injections de 30 unités d’insuline par jour et prescrit du sulfate d’atropine en injection.
Les jours suivants, pas d'amélioration sensible. La malade continue à vomir, mais cependant parvient à garder quelques aliments solides (purée de pommes de terre, confiture).
Le 10 mai, le taux de la glycémie est de 1,26 p. 1.000. Il existe de la glycosurie, mais plus d’acétonurie. On continue le même traitement (insuline, génatropine, sérum glucosé), les vomissements tendent à diminuer de fréquence.
Le 13 mai, la malade accuse des douleurs dans les membres inférieurs.
Les réflexes rotuliens et achilléens sont faibles. On suspecte la possibilité d’une polynévrite.
Le 15 mai, la malade fait une crise de dyspnée paroxystique, accompagnée d’une accélération extrême du pouls, la tension artérielle étant impossible à mesurer. La crise cède après une injection de 1 cgr. de chlorhydrate de morphine.
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Les 18 et 20 mai, surviennent deux nouvelles crises de dyspnée paroxystique présentant les mêmes caractères. A la morphine, on ajoute des toni-cardiaques : caféine, spartéine.
Le 21 mai, on constate une abolition complète des réflexes des membres inférieurs.
Dyspnée continue avec tirage épigastrique; à chaque inspiration, dépression marquée du creux épigastrique.
I1 s’agit vraisemblablement d’une paralysie phrénique.
Les réflexes sont normaux aux membres supérieurs, les réflexes rotu- “liens et achilléens sont abolis.
Diminution importante de la force segmentaire. Sensibilité à la piqûre diminuée.
Le 25 mai, nouvelle crise de dyspnée paroxyÿstique avec fort tirage épigastrique. Pouls petit et rapide.
Le 2 juin, la dyspnée s’atténue. L’état général s'améliore.
Traitement : génostrychnine, X gouttes.
Le S juin, un nouvel examen montre l’abolition des réflexes, sauf de lachilléen gauche.
Les troubles sensitifs (diminution de la sensibilité à la piqûre) et moteurs (diminution de la force segmentaire) prédominent au niveau du membre inférieur droit.
Aux membres supérieurs, les réflexes sont normaux.
I n’y a plus de tirage épigastrique.
On commence des séances de massage quotidiennes.
Le 14 juin, examen électrique (Mme le Docteur DE BRANCAS).
Membres supérieurs :
1° Hypoexcitabilité faradique marquée du deltoïde, du triceps, du biceps, des fléchisseurs profonds et superficiels et des petits muscles de la main;
2° Hypoexcitabilité faradique plus marquée du long supinateur, des extenseurs des doigts et des radiaux;
3° Hypoexcitabilité galvanique sans lenteur de la secousse de tous ces mêmes muscles. Les réactions sont semblables à droite et à gauche.
Membres inférieurs :
1° Hypoexcitabilité faradique très marquée du quadriceps et des adducteurs;
2° Hypoexcitabilité faradique moins importante des muscles du territoire du sciatique poplité interne et du sciatique poplité externe;
3° Hypoexcitabilité galvanique assez marquée de tous les muscles des deux membres inférieurs sans lenteur de la secousse;
4° Les réactions électriques sont un peu plus déficientes à droite qu’à gauche, mais sont du même ordre des deux côtés.
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Hypoexcitabilité faradique très marquée du trapèze, du rhomboïde et des muscles de la masse commune des deux côtés.
En résumé, les muscles des deux membres supérieurs, des deux membres inférieurs et les muscles dorso-lombaires sont hypoexcitables au faradique et au galvanique sans présenter des signes de réaction de dégénérescence.
Un traitement électrique, trois fois par semaine, pourrait hâter notablement la guérison.
Le 17 juin, on arrête le massage et on commence le traitement électrique.
La malade commence à se lever.
L’état général est très amélioré. L’appétit est bon.
Le 2 juillet, la malade commence à marcher.
Les réflexes aux membres supérieurs sont normaux; aux membres inférieurs, les réflexes rotuliens sont encore abolis; l’achilléen gauche est faible; abolition de l’achilléen droit.
La sensibilité à la piqûre est redevenue normale.
Le 3 juillet, la malade marche mieux. Elle sort de la Clinique le 10 juillet 1932.
Elle a été revue le 20 janvier 1933 (six mois après).
La malade dit avoir engraissé de 10 kilos. Les troubles moteurs ont subi une amélioration appréciable. La femme marche sans canne chez elle, avec une canne dehors.
Les réflexes tendineux aux membres inférieurs sont toujours abolis, sauf l’achilléen gauche qui est diminué.
Il persiste encore quelques phénomènes douloureux dans le membre inférieur droit.
La malade accuse enfin des céphalalgies iégères et transitoires. Sa mémoire est encore un peu déficitaire.
Examen électrique
Membres supérieurs : contractilité galvanique et faradique normale.
Membres inférieurs : quadriceps.
1° Hypoexcitabilité faradique encore importante, surtout du droit antérieur;
2° Hypoexcitabilité galvanique du même groupe, mais sans lenteur.
Tous les autres groupes musculaires se contractent à peu près. normalement, y compris le triceps sural droit.
La malade a été revue à nouveau récemment,
Le 27 avril 1933, la femme qui avait repris son travail à partir du 1” octobre à dû l’interrompre, du 17 janvier au 8 mars, pour asthénie; d’autre part, les troubles de la mémoire la gênaient dans sa profession.
L'amélioration des troubles moteurs est constante. La femme peut monter ou descendre quelques marches sans appui, marche dehors avec l’aide d’une canne.
Comme trouble subjectif, il persiste seulement, presque en permanence, au niveau des malléoles, une sensation de striction atténuée par le repos au lit.
Au point de vue psychique, la mémoire est encore légèrement déficitaire, l’amnésie portant plutôt sur les faits récents.
Pas de modification dans l’état des réflexes.
L’examen électrique donne les mêmes résultats qu’au mois de janvier (mais la femme n’a pas suivi de traitement).
En résumé, amélioration considérable avec quelques troubles résiduels légers en voie de rétrocession.
OBSERVATION V (Clinique Baudelocque).
Primipare de 21 ans.
Antécédents héréditaires : père âgé de 50 ans, suspect de bacillose pulmonaire. Mère bien portante.
Deux collatéraux bien portants. Une sœur morte en bas âge de méningite tuberculeuse ?
Antécédents personnels : premiers pas à 23 mois.
Réglée à 14 ans. Règles irrégulières, douloureuses, durant huit jours.
La malade aurait eu, dans son enfance, des accès de céphalée frontale intense, avec vomissements, fièvre élevée, mais sans raideur de la nuque, accès se reproduisant à intervalles irréguliers, mais espacés. Il n’a jamais été pratiqué de ponction lombaire.
A l’âge de 17 ans, ictère prolongé; à 19 ans, nouvel ictère, mais de courte durée.
Première gestation actuelle : dernières règles, du 25 au 30 juillet 1932.
Au cours des trois premiers mois de la gestation, vomissements muqueux le matin. Pendant une quinzaine de jours, vomissements alimentaires, parfois au cours du repas, plus souvent après, qui diminuent de fréquence dans les semaines suivantes et qui n’entraînent aucun amaigrissement.
La femme est régulièrement suivie à la consultation; à chaque examen, les urines sont normales.
C’est brusquement, dans la nuit du 24 au 25 janvier, que la malade a commencé à présenter des symptômes de pyélonéphrite aiguë : douleurs lombaires très vives, frisson, élévation brutale de la température, urines abondantes et troubles, pour lesquels elle est admise le 31 janvier à la Clinique Baudelocque.
Examen : la malade accuse des douleurs spontanées dans la région lombaire droite à irradiation descendante.
Elle se plaint de céphalée. L’anorexie est complète. Vomissements bilieux répétés. La température est à 40°. On constate l’existence de subictère des téguments et des muqueuses. Au niveau de la conjonctive bulbaïire, hémorragies sous-conjonctivales apparues récemment,
La douleur est vive à la pression du point costo-vertébral droit et des points uretéraux du même côté. Après une chute passagère de la température, le 2 février, à la suite d’une distension vésicale, elle s’élève ensuite progressivement et oscille chaque jour entre 37° et 40° du 7 au 18 février. La diurèse varie peu, entre 500 cc. et 750 cc.
Les urines sont purulentes et contiennent du colibacille en abondance.
Traitement : régime, théobromine, collargol, distensions vésicales répétées.
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Les douleurs lombaires diminuent d’intensité. Les vomissements sont rares. Le subictère, après avoir subi des variations légères dans son intensité, rétrocède et a disparu le 23 février. La langue est saburrale, mais humide.
Les urines contiennent toujours de nombreux coli.
On y note également la présence d’albumine, de sels et de pigments biliaires. Il existe des traces d’acétone. Urobiline en quantité abondante. Diminution de l’urée et des chlorures.
L’urée sanguine était de 0,47 p. 1.000 à l’entrée, le taux est de 0,37 le 24 février.
Une récidive de Victère survient le 26 février, accompagnée de fièvre à 39°. Les urines sont rares et foncées et elles contiennent de l’urobiline en abondance. La palpation de l’hypochondre droit est douloureuse, mais le foie ne semble pas déborder le rebord costal.
Après trois jours, la température revient à la normale, mais l’ictère persiste. La malade est fatiguée, somnolente. Elle a des vomissements bilieux, surtout la nuit.
Puis l’ictère s’atténue, mais les urines (le 9 mars) contiennent toujours de l’urobiline, des pigments et des sels biliaires et 1 gramme d’atbumine pour 1.000.
Le 10 mars, sur sa demande, la malade quitte le service.
L'état général est médiocre. Elle présente du subictère.
L’oligurie est marquée, il persiste des vomissements.
Elle devait rentrer quinze jours plus tard à la Clinique dans un état grave et présentant des signes de polynévrite.
Pendant son séjour chez elle, la malade avait dû garder le lit. Elle n’avait vomi que deux fois. Dans les jours qui ont précédé sa rentrée dans le service, rapidement, mais progressivement, s'étaient développés des troubles nerveux, moteurs et sensitifs. La femme, ayant tenté de se lever, constate que ses jambes fléchissent sous elle. Les mouvements des mains, surtout à droite, sont maladroits. En outre, des douleurs spontanées apparaissent au niveau des genoux, des jambes et des cuisses.
Au point de vue psychique, on avait déjà noté au cours de sa première hospitalisation, quelques troubles : la femme refusait de s’alimenter, cherchait à déjouer la surveiilance pour ne pas prendre les médicaments qui lui étaient prescrits, ses réponses imprécises variaient fréquemment. Quand elle fut revenue chez elle, ces troubles s’accentuèrent, la malade devint irritable, hostile même à l’égard de son entourage. Elle pleurait fréquemment. Une fois, elle auraït cru voir auprès d’elle sa sœur morte depuis plusieurs années.
En oufre, à partir du 22 mars, la température jusque là à peu près
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normale, s’éleva à 38°, des douleurs lombaires et abdominales apparurent le 24 mars.
Le 25 mars, la fièvre monte à 39°2, précédée d’un frisson. Le soir du même jour, la malade est admise à la Clinique.
Elle présente des symptômes d’atteinte rénale, hépatique et nerveuse.
À son entrée, les douleurs lombaires étaient violentes, elles s’atténuent dans les jours qui suivent et la température redevient normale, mais le pouls reste accéléré aux environs &e 100.
La pression dans l’angle costo-lombaire, au point uretéral supérieur et moyen du côté droit, est douloureuse.
Examen des urines le 27 mars
Pus et nombreux colibacilles;
Urée, 6,50; chlorures, 2,18; glucose, néant; albumine, 4,30; urobiline, normale; acétone, présence;
Les téguments et les muqueuses sont subictériques;
Le foie ne déborde pas le rebord costal;
La langue est saburrale, l’anorexie est totale, on note l’odeur acétonique de l’haleine.
Examen neurologique :
Motricité : la malade peut marcher quand elle est soutenue, mais la démarche est difficile, instable. Il n’y a pas de steppage.
L’exploration de la force segmentaire montre une diminution de la force musculaire du quadriceps des deux côtés.
Aux membres supérieurs, pas de diminution de la force musculaire.
Sensibilité : la malade accuse des douleurs spontanées au niveau des jambes, des cuisses et surtout des genoux, douleurs plus vives la nuit.
L'examen de la sensibilité objective révèle de la diminution dé la sensibilité à la piqûre et de la sensibilité thermique. Les zones d’hypoesthésie sont réparties inégalement sur toute la surface des membres inférieurs, sans topographie nette.
Douleurs vives à la pression des masses musculaires et sur le trajet des nerfs. Pas de perte du sens stéréognostique.
Aux membres supérieurs, la sensibilité est normale.
Réflectivité : aux membres inférieurs, les réflexes rotuliens sont abolis, ainsi que l’achilléen droit. L’achilléen gauche est très diminué.
Le réflexe cutané plantaire se fait en flexion à droite, il est indifférent à gauche.
Aux membres supérieurs : réflexes cubito-pronateur, stylo-radial vifs des deux côtés.
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Les réflexes pupillaires sont normaux : à la lumière et à l’accommodation.
Examen électrique (30 mars) :
Hypoexcitabilité faradique, surtout au niveau du quadriceps. Les muscles de la jambe et le sciatique poplité externe répondent normalement.
Courant galvanique : il semble qu’il y ait un certain degré d’inversion de la formule polaire au niveau du quadriceps, mais il est difficile de l’affirmer exactement en raison de l’agitation de la malade.
Formule normale au niveau des muscles de la jambe.
Les douleurs lombaires qui s'étaient atténuées reprennent le 30 mars; l’oligurie est très marquée, 300 cc.
Le pouls est accéléré aux environs de 120.
Mauvais état général. La malade refuse de s’alimenter.
Le 31 mars, M. le Professeur COUVELAIRE, en présence de l’état grave de la femme, des symptômes associés d’ictère et des signes de polynévrite, pose l’indication d’interruption de la gestation (la femme est alors enceinte d’environ huit mois).
Le 31 mars, après dilatation aux bougies, pose d’un ballon de 400 cc. Les douleurs apparaissent dans la soirée.
Le 2 avril, le ballon est expulsé à 7 h. 30.
À 9 h. 15, accouchement d'un garçon pesant 1.920 grammes, criant après 15 minutes de soins.
Délivrance naturelle complète une demi-heure après. Dans les heures qui suivent, ainsi que le lendemain 3 avril, la femme est très faible, le pouls est misérable, elle a un hoquet persistant. Elle ne reconnaît pas une de ses parentes venue la voir.
L'état s’améliore les jours suivants, le subictère diminue, l’appétit revient, le sommeil est normal. Mais la malade accuse des douleurs persistantes et vives au niveau des genoux des deux côtés. De plus, les jambes se mettent en légère flexion sur les cuisses et les tentatives d’extension sont très douloureuses.
Le 13 mars, on constate une abolition des réflexes rotuliens et achilléens.
L’attitude vicieuse en flexion s’accentue et les tentatives d'extension arrachent des cris à la malade.
En outre, la malade accuse toujours des douleurs spontanées au niveau des jambes.
En revanche, l’état général est excellent, la femme a un appétit normal, le subictère a totalement disparu, le teint est coloré et le contraste est évident avec l'aspect général de la malade avant l’accouchement.
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Mais la polynévrite continue à évoluer, l’impotence fonctionnelle est absolue.
A partir du 19 avril, la malade est mise au traitement électrique. Du 19 avril au 13 mai, elle a reçu dix séances (électrisation galvanique) de dix minutes chacune.
Depuis le 2 mai, on associe à l’électrothérapie, le massage (une séance tous les deux jours). Sous l’influence du traitement, la flexion a diminué.
La malade a tendance à garder ses jambes en demi-flexion, mais on peut, sans grande difficulté, mettre en extension presque complète la jambe sur la cuisse, et la manœuvre est peu douloureuse.
Le 8 mai, pour la première fois, la femme, à l’aide de béquilles et soutenue par des infirmières, arrive à faire quelques pas.
Actuellement 13 mai, la malade accuse des douleurs malléolaires bilatérales et éprouve parfois des sensations d’engourdissement.
La force musculaire est encore très diminuée, tout mouvement de flexion du pied sur la jambe est impossible, le pied est tombant.
Il existe une amyotrophie marquée, surtout au niveau des cuisses.
La pression des masses musculaires est toujours douloureuse.
Les réflexes rotuliens sont abolis.
Il semble persister des zones d’hypoesthésie diffuse au niveau des membres inférieurs.
Aux membres supérieurs, pas de parésie appréciable, les réflexes existent des deux côtés.
L’état ÿénéral est bon.
En résumé, la polynévrite est en voie d’amélioration.
L’enfant, qui pesait 1.920 grammes à la naissance, a eu une croissance régulière, il pèse actuellement 3.000 grammes. |