ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Les cas de polynévrite gravidique à évolution fatale suivis de vérification sont peu nombreux. Dans certains d’entre eux, lPétude histologique du système nerveux est incomplète, portant seulement sur la moelle dans l’observation de Porx, sur les nerfs périphériques dans le cas de SOLOWJEF.
En revanche, KoRsAKoOw et SERBSKI, MADER, STEWART et surtout Dusrix (l’examen des lésions nerveuses est, dans son cas, particulièrement minutieux) ont rapporté des observations suivies d’examen anatomo-pathologique dont SIEMERLING, dans une étude d'ensemble, a fait la critique tout en apportant, par une observation documentée, une contribution personnelle à la question.
JoB, en France, a été le premier à publier une observation de polynévrite gravidique mortelle suivie d’autopsie. Les lésions nerveuses périphériques et centrales ainsi que viscérales sont décrites, par l’auteur, en détail.
Deux nouvelles observations de psycho-polynévrite, suivies d'examen nécropsique, ont été récemment publiées, l’une par WILSON et GARVEY (en Amérique), l’autre, en France, par SIVADON, dans sa thèse sur les « Psychoses puerpérales ».
Nous rapportons, d'autre part, un cas, observé en 1922, à la Clinique Baudelocque, de polynévrite gravidique mortelle (observation Il). L'examen histologique pratiqué par le Docteur Y. BERTRAND, chef du laboratoire de la Clinique neurologique de la Faculté, était resté, jusqu’à présent, inédit.
À l’aide de ces différents documents, nous analyserons successivement les lésions du système nerveux central et périphérique, puis les lésions secondaires des tissus innervés par les nerfs
atteints et enfin les lésions viscérales révélées par l'examen anatomo-pathologique dans les polynévrites gravidiques.
Lésions du système nerveux. — Elles portent avant tout sur les nerfs périphériques. A leur niveau, on observe tous les signes de la névrite parenchymateuse, depuis la névrite péri-axile légère jusqu’à la dégénérescence wallérienne, type de lésion le plus fréquemment rencontrée.
La prédominance des lésions sur le bout périphérique a été notée par SIEMERLING.
Dans la zone proximale, au voisinage du plexus, les lésions sont segmentaires, la myéline est intéressée, mais le cylindraxe paraît intact.
Dans la zone distale, on retrouve les images typiques de la dégénérescence wallérienne.
La myéline fragmentée forme des boules fortement colorées en noir par l’acide osmique. Le cylindraxe disparaît, seule du neurite primitif persiste la gaine de SCHWANN, d’ailleurs altérée, présentant çà et là des rétrécissements ou des dilatations, cependant que les noyaux de la gaine se multiplient.
Les produits de dégénérescence sont en partie libres dans cette gaine (cas de SIEMERLING) ou bien des éléments cellulaires vont jusqu’à l’intérieur de l’élément schwannique pour y phagocyter les débris lipoidiens.
Parfois, c’est un processus d’atrophie simple sans fragmentation de la myéline dont témoignent les aspects observés.
Les lésions prédominent en général sur le sciatique et ses branches de division, aux membres inférieurs; sur le cubital, le médian et le radial, aux membres supérieurs.
Le degré du processus dégénératif varie peu d’un tronc nerveux à l’autre, et il est, le plus souvent, très accusé.
DusTix note, au niveau du sciatique droit, une absence presque totale des fibres à myéline. SIEMERLING, au niveau du nerf péronier, dit trouver avec peine une seule fibre normale.
MARCHAND constate (dans le cas observé par Dupouy et CourTois), au niveau du sciatique poplité externe, la disparition des fibres à myéline dans la proportion de 50 p. 100. Dégéneres-
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cence très accentuée de beaucoup de fibres nerveuses, remarquent JoB et STEWART.
Des altérations parenchymateuses ont été décrites au niveau du vague et du phrénique par LINDEMAN et SOLOWJEF, par STEWART, par KORSAKOW. SIEMERLING les met en doute, en raison de la texture même de ces nerfs, dont la finesse des fibres permet difficilement, d’après lui, d'apprécier leur dégénérescence.
Au niveau de la moelle, les lésions sont fréquentes mais non constantes.
PoLx, examinant la moelle à quatre niveaux différents, n’y décèle pas de lésion macroscopique ou miscroscopique.
Dans le cas rapporté par MADER, la moelle, selon MARCHI, était normale.
L'absence de lésion médullaire est notée également dans les observations de SIEMERLING, de WILSON et GARVEY.
En revanche, KORsAKOwW et SERBSKI, STEWART, DUSTIN, JOB, Y. BERTRAND, MARCHAND ont rencontré des lésions cellulaires marquées.
Celles-ci, bien étudiées grâce à la méthode de Nissi, prédominent au niveau des cellules radiculaires des cornes antérieures et affectent les territoires cellulaires correspondants aux nerfs atteints. Parfois, cependant, elles sont disséminées sans topographie particulière. En quoi consistent-elles ?
DusTiN a décrit en détail des lésions de chomolyse et de vacuolisation au niveau des cellules des colonnes centrales et postérolatérales des cornes antérieures. MARCHAND constate également une atrophie des cellules des cornes antérieures avec pigmentation, vacuoles, disparition des granulations chromophiles. (Il existait, en outre, dans son cas, des lésions très discrètes d’ordre inflammatoire (infiltration de cellules embryonnaires à localisation périvasculaire).
STEWART note, lui aussi, des stigmates de dégénérescence des cellules radiculaires des cornes antérieures et l’existence de cytolyse de cellules de la colonne de CLARKE (1). Dans le cas étudié
(1) I ne s’agit pas ici dun cas de polynévrite pure, mais d'association
aux lésions prédominantes aux nerfs périphériques, de lésions de type myélite, mais peu marquées.
par Y. BERTRAND, au niveau de la moelle dorsale, un groupe latéral sympathique est en cytolyse avancée.
Ainsi, tant au niveau des nerfs périphériques où elles sont constantes qu’au niveau de la moelle où elles sont fréquentes, existent des lésions dégénératives, parenchymateuses marquées. Dans de rares cas (DusTIN, Dupouy et COURTOIS), on a rencontré quelques lésions inflammatoires, mais discrètes.
Quelle corrélation établir entre ces lésions médullaires et périphériques ? Et tout d’abord, existe-t-il entre elles un rapport et, dans ce cas, quelle est la lésion primitive ?
DusriN considère que les altérations des troncs nerveux retentissent secondairement sur le neurone radiculaire et conclut à l’antériorité des lésions de névrite.
Dans cinq cas de psychose polynévritique, l’encéphale a été examiné. Dans le cas observé par le Professeur COUVELAIRE, Y. BERTRAND, par les méthodes de technique habituelle, ne révèle aucune altération notable des éléments corticaux, sauf de la couche la plus profonde, mais dans les axes blancs des circonvolutions, les vaisseaux sont entourés d’une véritable manchette périvasculaire d’origine Iymphoïde. Dans le cas de SIEMERLING, il existait dans le centre ovale des foyers de cellules Iymphoides et des leucocytes à localisation périvasculaire et même, dans certains d’entre eux, l’auteur mit en évidence le streptocoque signature du processus infectieux terminal à point de départ utérin (comme le prouvait la présence de ce microbe dans l’utérus et à sa surface), apparue après un avortement provoqué d'urgence et suivi de mort peu après.
Dans l’observation de Dupouy et CourTois, il existait seulement quelques lésions cellulaires diffuses peu profondes. WILSON et GARVEY, KoRsAkow ne notent pas d’altération corticale ou sous-corticale et les noyaux gris centraux sont indemnes.
Parmi les lésions secondaires des tissus innervés par les nerfs malades, les plus importantes siègent dans les muscles. Les altérations portent sur la fibre musculaire dont la structure est modifiée, et qui subit en certains cas un processus d’atrophie
PNR ne
simple (MADER), dans d’autres des phénomènes de dégénérescence graisseuse (DUSTIN et SIEMERLING). Les altérations portent aussi sur le tissu interstitiel qui s’hypertrophie.
Les lésions viscérales enfin, rencontrées à l’autopsie, sont contingentes; il est remarquable de constater qu’elles intéressent avec prédilection le rein qui, dans presque tous les cas, présente des altérations.
Ces lésions sont, il est vrai, polymorphes : d’ordre inflammatoire dans certains cas, lésions banales de pyélo-néphrite dans le cas de Por, de néphrite aiguë dans le cas de DUSTIN.
Dans les observations de COUVELAIRE et de Y. BERTRAND, dans celle de Dupouy, il existe des lésions histolytiques considérables portant sur l’élément sécréteur (tubes contournés), sans infiltration lymphocytaire. SIEMERLING note, dans son cas, l’existence de kystes du rein. KoRsakow, dans son observation, parle de dégénérescence colloide.
Au niveau du foie, l'existence d'infiltration graisseuse, relevée dans plusieurs cas, n’a, on le sait, pas de signification pathologique chez la femme enceinte. Maïs, dans certains cas, il s’agit de modifications profondes de la structure de la glande. Les trabécules hépatiques ont perdu leur ordination. Les cellules sont profondément altérées « réduites en une matière granuleuse » : lésions dégénératives diffuses sans réactions conjonclives associées.
JoB a observé, au niveau des ovaires, l'absence de corps jaune gestatif, fait intéressant peut-être au point de vue pathogénique.
Enfin, des lésions banales de pneumonie (STEWART), de broncho-pneumonie (WiLsoN et GARVEY) ont été rencontrées, une infection pulmonaire intercurrente s'étant développée sans doute à la faveur des troubles pulmonaires provoqués par l'atteinte des nerfs des muscles respiratoires.
En résumé, les lésions anatomo-pafhologiques au cours des polynévrites gravidiques portent avant tout sur les nerfs périphériques et, dans certains cas où l’extension du processus polynévritique a été marquée, sur les éléments moteurs médullaires.
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Ces lésions dégénératives sont comparables à celles produites par une intoxication d’ordre exogène; mais, dans quelques cas, des lésions inflammatoires discrètes témoignent d’un processus infectieux surajouté. Les altérations viscérales, enfin, sont contingentes, elles prédominent au niveau du foie et surtout du rein.
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