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HISTORIQUE

En parcourant les très-anciens traités d’accouchements, on ne trouve que peu de choses sur les présentations de la face. Dans Hippocrate (1), au chapitre : De la nature de l’enfant , après avoir lu une longue dissertation sur la situation du fœtus dans la matrice , nous apprenons seulement que l’enfant doit venir au monde la tête première pour que l’accouchement soit naturel, qu’alors la femme accouche facilement, et qu’au contraire maintes fois les mères succombent avec les enfants quand ceux-ci viennent ou par le tronc ou par les pieds. Puis vient une question de poids quant à la cause de cette situation, question d’ailleurs qui, pour les accoucheurs allemands, n’est pas encore résolue, et nous arrivons aussitôt à l’exposé des causes de l'accouchement, lequel se fait, dit notre auteur, parce que la mère ne peut plus fournir à son enfant la nourriture nécessaire, et ce à partir du dixième mois. Ambroise Paré nous dit quelque chose d’analogue (2). « Or, pour faire qu’un accouchement soit bon, il faut que

(1) Hippocrate. Trad. de Littré. T. YII : De la nature de l’enfant.

(2) Ambroise Paré. Edit. Malgaigne. T. II, p. 713.

l’enfant vienne à terme, et suive les eaux, et qu’il sorte la tête première, et en cela est requis grande force à la mère et à l’enfant. »

Ainsi, la tête sans plus spécifier, les pieds et le tronc telles sont les seules présentations dont il soit parlé. La face ne sera qu’une complication que pendant longtemps nous verrons les chirurgiens s’efforcer de transformer en sommet.

Il faut arriver à Guillemeau, en 1609, pour trouver la première mention d’une présentation de la face. Voici comment s’exprime cet auteur à ce sujet : « La tête se rencontre tournée en quatre façons et reposant sur le dos, sur son estomac et sur le bord de ses épaules. Etant ainsi tournée, il est impossible que la mère puisse accoucher, quelque effort que l’enfant puisse faire, poussant des pieds contre le fond de la matrice. » Le moyen que conseille Guillemeau est alors d’introduire la main, et de repousser le corps de l’enfant.

En 1671, Viardel professe la même opinion, seulement il conseille d’entourer la main d’une compresse pour ne pas contondre les parties molles, et il rapporte même une observation dans laquelle il réussit à faire basculer la tête en saisissant l’occiput qu’il abaisse. Dans une autre observation, il est vrai, Viardel dit que, malgré des efforts considérables, il ne put réussir à opérer cette flexion. Forcé d’abandonner alors l’accouchement à la nature, l’enfant finit par sortir vivant, mais, dit-il, il était livide.

Vers la même époque Portai (1686) émettait une opinion qui, en passant inaperçue, eut le même sort que la conclusion précédente de Viardel : « Tout ce qui peut arriver à l’enfant, c’est de souffrir, d’avoir la face noire, tuméfiée, à cause qu’elle a souffert de grandes violences à

la sortie, n'y ayant pas plus de mystères en celui-là qu’au naturel. »

Louise Bourgeois (1) consacre, au sujet qui nous occupe, quelques lignes dont le but est surtout de montrer quelle est la conduite à tenir près d’une femme dont l’enfant se présente pàr la face ; ces lignes trouveront leur place quand nous parlerons du pronostic et du traitement.

Plus tard, en 1733, de Venter (2), dans un chapitre sur les présentations par la face, s’appesantit surtout sur le pronostic qu’il considère comme grave. Quelques années plus tard, Mauriceau (3), dans son traité des Maladies des femmes grosses , nous dit : « D’autres fois, l’enfant se présente la face la première, ayant la tête renversée en arrière, en laquelle posture il est encore très-difficile qu’il vienne, etc... »

Dans son ouvrage, madame Le Boursier du Coudray (4), discutant les différentes positions du fœtus dans la matrice, écrit : « Les pieds de l’enfant sont sur l’orifice jusqu’au septième mois, et toujours par le fait du poids, à cette date de la grossesse, c’est la tête qui vient occuper la partie inférieure, le fœtus faisant la culbute. » Les accouchements sont par elle divisés en naturels et contre nature, et parmi ces derniers se placent ceux dans lesquels la face vient la première. Elle conseille, comme on l’avait fait précédemment, de remonter la tête du fœtus et de la faire basculer de manière à avoir le sommet le premier, et, si cette manœuvre est impossible de pratiquer la version.

(1) Louise Bourgeois. Paris, 1771, p. 84.

(2) De Venter. Paris, 1733. Chap. XXXVII.

(3) Mauriceau. Paris, 1740. Traité des maladies des femmes grosses. 7° édit. p. 234.

(4) Le Boursier du Coudray. Paris, 1759. Chap. XI.

Dans le traité de de Lamotte, publié en 1765 (1), nous lisons quelques passages qui ont trait à notre sujet, mais c’est toujours le même esprit qui règne, que nous retrouvons à cette époque, et, pour appuyer son dire, de Lamotte cite une observation où il nous raconte qu’une femme près de laquelle il fut appelé par une sage-femme coupable d’une erreur de diagnostic, mit au monde un enfant de sept mois, grâce à une opération que notre accoucheur ui fit subir, opération qui fut simplement une version.

Dans la deuxième partie de notre travail, nous aurons le soin de citer cette observation intéressante à quelques points de vue. Sméllie (2), quelques années après, publie plusieurs longs chapitres sur la manière d’employer le forceps, et, après avoir indiqué le manuel opératoire en général, il l’explique spécialement à propos des cas où c’est la face qui se présente. Dans le tome second de son traité, volume uniquement composé d’observations diverses, deux se rapportent à notre sujet ; nous les analyserons également plus loin ; mais, nous pouvons dès maintenant dire qu’elles nous montrent encore la crainte qu’avaient les accoucheurs d’alors quand ils se trouvaient aux prises avec une présentation de la face, puisque, dans tous ces cas, ils s’empressaient au plus vite d’aller à la recherche des pieds pour faire l’accouchement. C’était seulement quand ils ne pouvaient pas réussir à modifier la présentation, qu’ils se décidaient à abandonner le travail àla nature, et nous devons nous étonner que des terminaisons favorables et spontanées, qu'eux-mêmes ont constatées et qu’ils rapportent dans différents passages de leurs écrits, n’aient pas eu

(1) De Lamotte. Paris, 1765. T. I, p. 294, p. 62t.

(2) Smellie. Traité de la théorie et pratique des accouchements. Paris, 177t.

pour résultat de leur faire porter un pronostic moins sévère.

Bientôt cependant, madame Lachapelle, Boër, allaient s'élever contre ces craintes exagérées dans les présentations de la face, en disant que cet accouchement était simple et naturel. Ces auteurs, d’ailleurs, avaient déjà été devancés dans cette voie par Zeller, qui, dès 1 789, professait cette même doctrine, tandis que Capuron s’efforçait de démontrer, par des calculs géométriques, que les accouchements par la face sont impossibles, si Fart n’intervient (1 ).

Dans les auteurs modernes, nous verrons soutenues les idées que madame Lachapelle commence à répandre, et si tous ne s’accordent pas sur les causes probables, la fréquence plus ou moins grande des présentations de la face, ils sont à peu près unanimes à constater que bien souvent le travail seul mène à bonne fin raccouchement.

Bien des travaux ont été faits sur ce point, en France, en Angleterre, en Allemagne. Plusieurs thèses ont été soutenues devant la Faculté de médecine de Paris ; la première en 1844 par le docteur Crousse, puis nous citerons celles des docteurs Gagnon, Decazis, Forcade et Caillet. Nous avons parcouru ces divers écrits ; dans aucun la question du mécanisme de la production des présentations de la face n’est complètement traitée( Elle y occupe même en général une place fort restreinte. Dans un ouvrage anglais, publiél’année dernière, intitulé : Contributions to the mechanism of natural and morbid parturition , par Math. Duncan, nous trouvons un chapitre entier consacré à l’étude de ce mécanisme. Nous aurons plus loin, en lui

(1) Velpeau. Traité de l’art des accouchements. 2e édit. Paris

opposant nos objections, à discuter les idées que cet auteur avance pour expliquer les causes probables de cette production.

Une brochure allemande, publiée à Berlin en 1869, par Hecker, fait à son tour entrer en cause les dimensions de la tête de l’enfant ; mais nous pènsons que les effets produits par les différentes formes du crâne chez le fœtus ont été mal interprétés par ces deux derniers auteurs.

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