A PP
RO
d'Aix, vint les retirer de l'oubli dans lequel elles étaient injustement tombées. M. Bourguet, se souvenant que les brûlures occasionnées par l’ammoniaque sont facilement suivies de l'adhésion des tissus et de la formation de brides inodulaires, pratiqua dans l’intervalle des fragments, à l’aide d’une seringue de Pravaz, une injection de 6 ou 7 gouttes d’un mélange d’eau et d’ammoniaque, dans les proportions d’une partie d'ammoniaque pour deux parties d’eau distillée. Une seconde fois il injecta 29 gouttes, et obtint un succès complet.
En somme, c’est à M. Bourguet que revient l'honneur d’avoir introduit ce procédé dans la pratique chirurgicale.
Il se fit alors une réaction en faveur des injections irritantes qui furent essayées avec d’autres liquides, et qui ont toujours donné de bons résultats. C’est ainsi que Becker (1), en 1876, adopte comme méthode de traitement l'injection d’une solution phéniquée au lieu de la fracture, cette injection ayant l’avantage de développer un degré d’inflammation suffisant sans atteindre la suppuration, et rejette comme trop graves les procédés tels que sétons, ruptures forcées, résections, etc. Becker rapporte l'observation d’un homme atteint de fracture comminutive oblique des deux os de la jambe gauche. A la fin du troisième mois, il y avait pseudarthrose du tibia ; il fit une injection d’une solution à 5 pour 100 d’acide phénique et n’obtint aucun résultat. Il injecta alors au siège de la pseudarthrose une solution à 4 pour 100 et la répéta quatre fois en 16 jours. Il n’y eut aucune douleur locale, mais un simple æœdème inflammatoire ; quelque temps après, la fracture était réunie par un cal solide et osseux.
Nous pouvons rapprocher de l'observation de Becker celle de notre malade à la pseudarthrose de lavant-bras. Ici les
(1) Hayem, t. x, p. 293, 1876.
Mob
injections irritantes ont été faites avec l’extrait de chêne blanc à consistance de glycérine : elles ont été pratiquées à quinze jours d'intervalle et ont toujours déterminé une inflammation: locale d’une très-petite étendue, certainement incapable de donner naissance à des accidents sérieux. Au bout de deux semaines, le cal fibreux du radius a augmenté d’une façon notable, et le malade sent lui-même que son avant-bras est plus solide.
A notre avis, les injections irritantes ont de nombreux avantages et sont appelées à rendre de grands services au traitement des pseudarthroses.
Cautérisation du cal. — C’est Mayor qui a imaginé ce procédé, qui n’a donné que des insuccès. Nélaton et Verneuil l’ont repris, et n’ont obtenu aucun bon résultat. Aussi ne doit-il pas inspirer une grande confiance.
Sétlon. — Le séton est après le frottement des fragments la plus ancienne méthode de traitement des pseudarthroses. Son existence remonte à la fin du siècle dernier, époque à laquelle les chirurgiens songèrent à attaquer directement le cal. Winslow, en 1787, et Percy, en 1799, furent les premiers à l’'employer. Quelques années plus tard, en 4802, Physick, de Philadelphie, reprit ce procédé, le vulgarisa, et le fit dès lors entrer dans la pratique chirurgicale, où il est connu depuis sous le nom de procédé de Physick.
La mêche employée a été tantôt en fil de chanvre, en coton, en soie, etc. On se sert plutôt, aujourd’hui, des crins de cheval ou d’un drain en caoutchouc que l’on passe avec une aiguille au travers du cal.
En 1829, Oppeinheim, ne pouvant traverser le cal, appliqua deux sétons, un de chaque côté du cal. Le succès couronna cette tentative.
rat T Ver Les statistiques de ce procédé donnent pour cent 45 à 48 succès et aussi deux morts. Il compte au nombre de ceux que quelques auteurs rejettent comme trop graves. Il n’en à pas moins donné de beaux résultats, et à la séance du {1 juillet 1849, Maisonneuve disait à la Société de chirurgie qu'il avait constamment guéri par le séton les cas de pseudarthroses qu'il avait rencontrés dans sa pratique, à l'exception d’un seul. C’est à lui qu’il donne la préférence.
Ligature du cal. — Ce procédé date de 1898: il est dû à Sommé (d'Anvers). Il se servait d’un fil métallique qui embrassait le cal et qui était serré à ehaque pansement. Séerig se servit du serre-nœud de Græfe. Bérenger-Féraud, qui donne à cette opération le nom d’écrasement linéaire du cal, rapporte sur six Cas cinq succès et un insuccès.
Section sous-cutanée du cal. — Cette méthode qui consiste à dilacérer le tissu fibreux qui forme le cal, au moyen d’un ténotome introduit dans le foyer de la pseudarthrose, n’est pas recommandable. Gurlt ne cite qu’un succès sur huit cas.
Procédés intra-tégumentaires agisssant sur les extrémités osseuses. — Perforalion des fragments. — Ce procédé date de 1854 : il est dû à M. Brainard, professeur de chirurgie au Collège médical de l'Illinois. Il consiste à perforer les extrémités des fragments autour et jusque dans le foyer de la pseudarthrose. Brainard affirme qu’on évite ainsi toute inflammation grave, toute suppuration, qu’on détermine une nouvelle production de lymphe adhésive et que sa méthode ne lui a donné que des succès.
Les statistiques de Gurlt rapportent à cette méthode 17 guérisons sur 20 cas. Celle de Béranger-Féraud, 26 sur
X7 cas. Certains chirurgiens se montrent très partisans de ce procédé et qui a donné, en effet, de bons résultats.
Implantation de corps étrangers dans les fragments. — C’est la méthode de Dieffenbach qui mérite bien d’être mentionnée, puisqu'elle a donné 15 succès sur 28 cas. Dieffenbach perfore d’abord les fragments avec une grosse vrille et réveille par conséquent, comme Brainard, l’inflammation adhésive et ossifique éteinte; puis il fait pénétrer dans les trous qu'il a pratiqués sur les fragments des chevilles d'ivoire lisses pour entretenir l’inflammation. Ce procédé a été repris par d’autres chirurgiens, tels que Bonnet, Bérenger-Féraud, qui l’ont perfectionné en le faisant servir à la coaptation des fragments, au moyen d’un lien qui les rapproche et les fixe.
Les chevilles ne doivent pas être laissées plus de quelques semaines. |
Cautérisation des fragments. — En 1821, Earle employa la cautérisation des fragments par la potasse caustique, mais ce fut sans succès. White avait déjà pratiqué la cautérisation avec le beurre d’antimoine. Hollenroth se servit de l’acide nitrique. Cette méthode a donné quelques succès et divers auteurs ne lui refusent pas une certaine valeur.
Réseclion des fragments. — Cette opération fut proposée et pratiquée pour la première fois par White : elle comprend quatre temps, dont les deux principaux sont la section des extrémités osseuses et la coaptation des os. Cette coaptation doit se faire d’une manière symétrique, soit en rave, soit en biseau, soit en mortaise, et les malades étaient ensuite placés dans des appareils à fractures, gouttières, ete.
Mais ce procédé n'avait pas toute la perfection désirable ; malgré les appareils, les fragments étaient exposés à ne pas
le."
conserver les rapports dans lesquels on les avait placés. Ce fut alors que la suture osseuse fit son entrée dans la pratique: elle est due à Kearny Rodgers (1825) et à Flaubert, de Rouen (1858) qui la pratiqua en France sans connaître la découverte de Rodgers. Le procédé consistait à réunir les extrémités osseuses par des fils métalliques. On se sert de préférence, aujourd’hui, de fils de catgut qui ont l’avantage de se résorber dans la plaie. R
La découverte de Rodgers et de Flaubert fut féconde en applications et on peut dire que, sur ce sujet, l'imagination des chirurgiens, étrangers surtout, s’est donné un libre cours. Après la suture métallique, en eftet, suture directe, vint la suture indirecte, imaginée par Rigaud qui pratiquait un trou sur chaque fragment, y plaçait une cheville d'ivoire et reliait les chevilles par un lien extérieur en dehors de la plaie. Rigaud modifia son procédé en employant une seule cheville d'ivoire qui traversait les deux fragments: c'était la rivure.
Puis vint la suture-agrafe des os imaginée par Lemoyne (de Pittsburg). Cette agrafe consiste en une tige droite, en acier, dont les extrémités sont recourbées à angle droit et pénètrent dans les extrémités fragmentaires qui ont été préalablement taillées et affrontées. Le tout doit être maintenu par un ou deux fils d'argent enroulés en ligature autour des fragments et de l’agrafe qui les relie. Lemoyne a obtenu un très beau succès par son procédé.
Les sutures osseuses comprennent aussi les sutures périostiques, basées sur les propriétés vitales du périoste; dans celle-ci, nous trouvons la suture par affrontement, la suture avec transplantation du périoste et la suture avec transplantation du périoste et de l'os.
La suture par affrontement consiste à soulever une manchette très-courte de périoste sur chaque fragment avant d’exciser, et à faire avec des fils d'argent ou de catgut quelques points de suture réunissant. ces deux manchettes.
Pape
La suture avec transplantation du périoste est due à Jordan (de Manchester) ; elle consiste à soulever, avant la résection, une manchette de périoste sur le fragment que l’on doit
réséquer, à ruginer l’extrémité du second fragment sur une .
longueur égale à celle de la manchette. On opère alors laffrontement et on fait pénétrer dans cette gaïne périostique l'extrémité ruginée.
Nussbaum (1) pratiqua en 1874 la résection des extrémités osseuses pointues et encroûtées de cartilage. La face supérieure de l'extrémité du cubitus fut sciée à moitié en travers, à environ deux pouces et demi de son extrémité; ce fragment supérieur du cubitus fut détaché, avec son périoste, parallèlement à la face supérieure, mais de manière que le périoste de l'extrémité pointue et de la face inférieure ne fussent pas séparés en même temps. De cette manière, la portion de l’os détachée adhérait encore à un paint périostique capable de le nourrir. La portion de l’os ainsi détachée fut placée entre les deux fragments de manière que sa face interne et supérieure devint externe, sa face inférieure, interne et sa face externe, supérieure.
Dans l’espèce de gouttière dans laquelle fut placé le fragment transplanté, une incision assez profonde avait été préalablement pratiquée au milieu des parties molles indurées, pour déterminer une inflammation de voisinage et favoriser l’adhésion de la portion d’os interposée. Cette opération constituait, on le voit, la transplantation du périoste et de l’os et affirmait une fois de plus l’audace de certains chirurgiens étrangers, audace qui semble, par moments, ne pas avoir de bornes. Patterson (2) en effet est allé plus loin encore, et dans un cas de fracture simple des deux os de l’avant-bras,
(1) Hayem, vi, juillet 1874.
(2) Hayem, x, 1874, 14 septembre.