‹ Contribution à l'étude des pseudarthrosesChapitre 3 sur 17 · DR · texte numérisé non relu

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CÉXPITRENIE" DÉFINITION. — CLASSIFICATION.

Que sous une influence quelconque les deux fragments d’une fracture ne se réunissent pas par un cal osseux, que ces fragments présentent une mobilité anormale sans douleur, au niveau de cette fracture, et une pseudarthrose ou fausse articulation se trouve constituée.

Nous désignerons donc sous ce nom la non-consolidation persistante d’une fracture.

Cette définition embrasse par sa généralité tous les cas où une fausse ‘articulation est la conséquence de la non-consolidation d’une fracture. Mais toutes les pseudarthroses ne se ressemblent pas,toutes ne reconnaissent pas la même origine. Pour être plus précis, nous en donnerons la classification,

— 14 — LENS QERCRE EPS nous réservant d'envisager les diverses causes dans le chapitre spécial que nous consacrerons à l’étiologie de cette affection.

Les nombreuses classifications ont été faites par les divers auteurs qui ont écrit sur ce sujet. Cruveilhier, Malgaigne, Denucé les divisent en trois classes; Norris admet quatre variétés; d’autres vont plus loin, et considérant comme pseudarthrose une simple lenteur dans le travail de consolidation du cal, établissent cinq classes de fausses articulations.

Nous croyons devoir rejeter cette dernière manière de voir, et bien séparer au contraire la véritable pseudarthrose de ce qui n’est qu’un retard dans la formation du cal. Lorsqu'il s’est opéré dans la constitution anatomique des extrémités des fragments de tels changements, que leur circulation est insuffisante, que leur nutrition languit, la réparation est impossible sans une intervention chirurgicale, le cal ne se formera pas.

En est-il de même dans le simple retard du travail réparateur ? Assurément non. Heyfelder, Schilling, Wardrop, Wright, Smith (de Bristol), Pitha, Guersant, Desault, Norris ont cité des cas où une fièvre typhoïde, une variole, un érysipèle intense ont arrêté les formations du cal. La même remarque avait depuis longtemps été faite pour la grossesse. Mais que ces états pathologiques ou physiologiques disparaissent, etla réunion des fragments peut très bien s’opérer.

On peut être témoin de faits analogues dans les services de chirurgie à propos des plaies, et tout chirurgien a vu le travail de cicatrisation entravé par une inflammation aiguë. Alors la suppuration s'arrête, les bourgeons charnus se flétrissent, la plaie prend un aspect blafard. Que l’inflammation disparaisse et la réparation aura lieu. C’est que dans ces deux cas, la constitution anatomique des éléments est restée la même, et une fois la cause enlevée, le travail réparateur qui

| — 15 — n’était que momentanément suspendu, a pu reprendre son cours.

Dans la pseudarthrose vraie, au contraire, les choses ne se passent pas ainsi, et quand la fausse articulation est définitivement formée, elle est devenue une véritable infirmité qui nécessitera une intervention spéciale.

Cette distinction faite, nous diviserons avec Denucé les pseudarthroses en trois classes :

1° Pseudarthrose fibreuse ou pseudarthrose synarthrodiale ;

2 Pseudarthrose diarthrodiale ou pseudo-diarthrose ;

3° Pseudarthrose flottante ou libre.

I. Pseudarthrose fibreuse. -— C’est la variété dans laquelle les extrémités osseuses des fragments sont directement unies par un cal fibreux plus ou moins long. Cette forme est de beaucoup la plus fréquente.

II. Pseudo-diarthrose. — Celle-ci se présente avec tous les caractères des articulations normales. Les fragments libres et mobiles l’un sur l’autre sont unis par un cal fibreux périphérique qui joue le rôle des ligaments dans les articulations diarthrodiales.. Les extrémités fragmentaires, tantôt planes, tantôt convexes ou concâves sont parfaitement lisses et quelquefois même recouvertes d’une couche cartilagineuse ; on a même remarqué parfois unélargissement du diamètrecomme pour l'extrémité supérieure du tibia; une synoviale sécrétante et même un cartilage interarticulaire complètent l’analogie avec les articulations naturelles.

L'existence de ces pseudarthroses a été longtemps contestée; mais aujourd’hui tous les doutes sont levés par les observations de Sylvestre, Kühnholtz, Howe, Cruveilhier, Key, Brodie, Langenbeck, Béclard, qui en ont affirmé

AGE l'existence avec des pièces anatomiques à l’appui, et par les expériences faites sur les animaux par Brechet et par Malgaigne.

111. Pseudarthrose flottante ou libre. — Elle est caractérisée par cette particularité, que les extrémités osseuses se cicatrisent isolément ausein des parties molles, et restent, comme le nom l'indique, flottantes. Cette forme est peut-être moins rare qu’on ne le pense généralement.

Observation I.

Rogier Louis, cultivateur, âgé de 46 ans, né à Mazan (Vaucluse), occupe le N° 95 de la salle Saint-Éloi, où il est entré le 30 novembre 1882.

Il à jouiantérieurement d’une bonne santé. Il a cinq enfants qui se portent bien; et, d’après les renseignements que nous avons pu recueillir, il ne paraît sous l’influence d’aucune diathèse.

L’affection dont il est porteur remonte au 12 avril 1882, jour où il fut mordu par un mulet qui lui cassa les deux os de l’avant-bras. La blessure ayant laissé deux plaies, on employa d’abord l'irrigation continne. Quelque temps après lès blessures suppuraient et le membre fut installé dans une gouttière métallique; on l’y laissa dix jours. Nous sommes ici au vingt-huitième jour de l'accident. La mobilité était la même qu’au premier jour.

Le 10 mai, on appliqua un appareil inamovible au silicate de potasse, qui fut maintenu un mois. Au bout de ce temps, la consolidation n’étant pas obtenue, on plaça un nouvel

appareil namovible qui ne fut enlevé que un mois et demi après.

Mais le membre n'avait pas alors une solidité plus grande qu'auparavant. Nous avions laune pseudarthrose. Le malade n’éprouvait aucune douleur et pouvait même se livrer à quelques occupations. Alors il abandonna tout traitement.

Il resta quelque temps dans ce statu quo. Mais comme cette infirmité ne lui permettait pas des travaux pénibles, il se décida à entrer de nouveau à l’hôpital et vint à Montpellier.

On lui appliqua un nouvel appareil au silicate de potasse, qui fut maintenu cinquante jours, après lesquels les fragments étaient peut-être un peu moins mobiles, mais la consolidation n'était pas faite. On pouvait constater encore des mouvements anormaux au niveau de la fracture et même de la crépitation mais aucune douleur.

Ce fut alors que M. le professeur-agrégé Roustan essaya les injections irritantes avec de l’extrait de chêne blanc à consistance de glycérine. Elles furent commencées le 50 janvier 1885 et faites avec une forte seringue de Pravaz, au niveau de chaque fracture; mais il fut impossible de pénétrer entre les fragments. Après les injections, on appliqua sur les piqûres un disque de toile imprégné de collodion et on plaça un appareil contentif composé de deux attelles et de compresses graduées.

2 février. Il s’est produit une inflammation limitée assez forte. L'appareil est toujours maintenu.

15 février. Les deux fragments du radius semblent être réunis plus solidement; leur mobilité est bien moins prononcée. Il s’est développé autour d’eux un cal très gros et assez résistant. Ceux du cubitus n’ont pas acquis plus de solidité : la mobilité en est la même.

16 février. Le foyer de la fracture est exploré et excité par

MER LOT une aiguille à acupuncture et une nouvelle injection est poussée avec de l'extrait de chêne blanc.

17 février. Une vive réaction s’est produite au niveau des extrémités fragmentaires du cubitus. La peau est rouge et tendue. L'appareil contentif est toujours maintenu.

97 février. Une nouvelle injection est pratiquée dans le foyer de lafracture. On installe ensuite un appareil inamovible au silicate de potasse. Le malade est à peu près guéri.

Observation II.

Bardou, Louis, cultivateur, âgé de 50 ans, né à Villautou (Aude), est entré à l'hôpital Saint-Eloi, le 18 janvier 1885, porteur d’un pseudarthrose de la cuisse gauche, très rapprochée de l'articulation, probablement consécutive, à une fracture à la fois sus et intra-condylienne.

Il est placé au n° 55 de la salle Saint-Eloi. Cette fracture a eu lieu le 15 juin 1882 à la suite d’une chute de charrette.

Après la fracture, on a appliqué un appareil de Scultet que le malade à gardé un mois: la consolidation se faisait normalement, et tout allait bien, lorsque un poids d'horloge pesant environ cinq kilos qui avait été fixé à son lpied pour faire l'extension continue du membre et qui avait été relevé momentanément, tombe et lui casse de nouveau la cuisse.

Le fragment supérieur fit alors saillie du côté externe: on replaça l’appareil de Scultet que le malade a gardé encore un mois et demi, temps après lequel il fut enlevé et la fracture laissée sans traitement pendant trois semaines environ.

Le malade sentait très bien que son membre n'avait aucune solidité et que la jambe ne suivait pas les mouvements de la cuisse. La consolidation n’était pas faite.

Un nouveau médecin appelé conseilla l’application d'un appareil inamovible, qui fut placé (nous sommes ici à quatre mois de l’accident) et maintenu pendant trois mois. Mais pendant ce temps le membre s'était un peu atrophié et l’appareil devenu trop grand n’était d'aucune utilité. Quand il fut enlevé la mobilité des fragments était la même qu'au premier jour et une pseudarthrose était formée.

On allait appliquer un séton, lorsque le malade se décida à entrer à l'hôpital de Montpellier: Cet homme paraît avoir joui d’une bonne santé antérieure. Il n'avait, dit-il, jamais été malade et ne semble posséder aucune affection diathésique. Il à encore sa mère qui se porte bien. Il n’a pu nous nous dire de quelle maladie est mort son père.

Il a été soumis au traitement dont nous avons parlé dans l'observation I, par les injections irritantes à l’extrait de chêne blanc. La première injection à été faite le 51 janvier au moyen de la seringue de Pravaz: on a pu la pousser entre les deux fragments. Après l'injection, on a appliqué un appareil composé de trois attelles, deux latérales et une supérieure et de compresses graduées, l’une à la partie supérieure et externe, l’autre à la partie inférieure et interne pour rapprocher les fragments.

Un peu d’ædème dur que présentait le membre et qui pouvait en gêner la nntrition a été traité par la compression élastique.

2 février. Le malade à eu la veille un peu de fièvre. L’œdème disparaît.

16 février. Le fragment supérieur qui faisait auparavant saillie sous la peau du côté externe n’est plus proéminent:

2 00e l’ædème dur n’a pas encore tout à fait disparu, mais il à diminué. La mobilité des extrémités fragmentaires semble s'être modifiée, mais la jambe peut encore exécuter les mou-

vements de latéralité qu’on lui imprime.

On pratique une nouvelle injection, dans le foyer de la

fracture, à l'extrait de chêne blanc.

17 février. L'appareil n’est pas déplacé, mais le malade n’accuse aucune douleur.

Nous regrettons que des circonstances particulières nous empêchent de pousser plus loin nos observations, car nous avons tout lieu de croire à une solution favorable.

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