GUYANE
L'article 1* de la loi du 30 mai 1854 laisse au pouvoir exécutif le soin de désigner par décrets les possessions françaises, autres que l'Algérie jugée trop rapprochée de la métropole, appelées . à recevoir les transportés. Il prévoit le cas d’empêchement à l'évacuation des condamnés etadmet que, dans cette hypothèse, la peine des travaux forcés sera subie provisoirement en France.
Le Gouvernement a largement usé de cette faculté qui ne devait avoir qu'un caractère exceptionnel et 1500 forçats se trouvaient encore au bagne de Toulon, en 1872, époque à laquelle ils furent dirigés sur la Nouvelle-Calédonie (x). Les besoins de l'arsenal de ce port de guerre avaiënt sans doute fait différer jusque-là l'exécution de cette mesure.
Aucun décret n'étant intervenu postérieurement à la loi de 1854 pour désigner la Guyane comme lieu de transportation, on estime généralement que l’article 1° du décret du 27 mars 1852 est toujours en vigueur.
Plusieurs autres possessions françaises reçoivent des forçats, ce sont :
La Nouvelle Calédonie en vertu du décret du 2 septembre 1863 ;
Obock, en vertu du décret du 8 mars 1886. Cette colonie avait d'abord été destinée aux condamnés d’origine arabe, mais les hommes de cette race trouvaient dans le pays, auprès de leurs coreligionnaires, trop de facilités pour s'évader. Elle est aujourd'hui affectée aux transportés noirs, : indiens, annamites et chinois (2). Les libérés des
1. D.M. du 3 octobre 1872. B. O. Calédonie, page 660. 2. Décrets des 3 octobre 1886 et 22 octobre 1887.
a es travaux forcés astreints à la résidence ne subissent pas cette peine accessoire à Obock, pour des raisons d'ordre politique, ils sont dirigés sur la Guyane (1); le Gabon, en vertu du décret du 1° octobre 1887. Des transportés annamites
et chinois y subissent leur peine (2).
Il semble que l’envoi de transportés de-races de couleur à Obock et au Gabon, colonies occupées depuis peu où tout est à frire, ait donné des résultats satisfaisants, mais en raison du petit nombre des condamnés qui y sont dirigés et de - leur origine toute spéciale, il n’est pas possible de tirer des conséquences concluantes des expériences faites dans ces deux pays.
C’est donc le système suivi à la Guyane et à la Nouvelle Calédonie que je me propose d'examiner. | “as
Ainsi que je l'ai dit, la Guyane a été choisie la première, comme colonie pénitentiaire, malgré le mauvais renom que lui avaient laissé
1 D. M. du :0o mai 1891. B.C. Rate P#155°
2. Des canaques condamnés aux travaux forcés en Nouvelle-Calédonie où leur présence constituait un danger }ublic ont été internés en Cochinchine, au pénitencier de Poulo-Condore, par mesure administrative (D. M. dés 6 nov. 1868 et 21 juillet 1871. 13. O. Calédonie. P. 419).
« l'expédition de Kousou, en 1763, et la déportation de Sinnamary, sous la Révolution ; on pensa, non sans quelque raison, que ces deux “échecs étaient dus bien plus à l’incurie des organisateurs qu’à l'insalubrité du pays.
Les transportés débarquèrent, en 1852, aux Iles du Salut, endroit très bien choisi pour une instal- ‘lation provisoire, à cause des facilités qu’il présente pour l'atterrissage et de son éloignement du continent (1).
Il semble qu’il eût fallu, dès le début de l’arrivée des forçats, se rendre compte des travaux présentant le caractère d'utilité publique qui pouvaient être entrepris à la Guyane, en s’assurant
1. Ces îles serveit depuis de :ieu de dépôt pour les convois à leur arrivée, et de lie1 d’internemeat pour les criminels dangereux. Ua fait particulier, bien plus que l'éloignement du continent, y rend les évasions presque ‘imposs:bles.
Le terrain y est d'origine volcanique et la couche végétale est trop peu profonde pour permettre l’enfouissement des cadavres des forçats qui sont jetés à la mar où ils deviennent la proie des requins. Par suite, ces squales pullu'ent aux abords du rivage. [ls connaissent même le son de la cloche qui annonce une immersion et ils accourent. Aussi malheur à qui tombe à l’eau dais ces parages !
Ces détails m'ont paru intéressants à donner au moment où un cri- --minel désormais célèbre, et qu'il 55t nécessair: de mettre hors d’état de nuire, subit aux Iles du Salut la p:ine de la déportation dans une
enceinte fortifiée.
An POP un courant d'immigration libre pour en profiter * dans l'intérêt de la prospérité générale. La ‘popu- -lation groupée dans l'île de Caÿenne, environ 12000 habitants, formait une première agglomération d’honnêtes gens qui devait être utilisée et qui aurait accepté d’autant plus volontiers l’aide de la * transportation que le pays était en pleine crise - par suite de l’affranchissement des esclaves. Il eût fallu, en un mot, adopter un plan de colonisation basé sur l'expérience de l'Australie en tenant compte des différences climatériques etdela situation économique de la colonie. * Il n’en fut rien, les condamnés ne furent guère - employés qu'à créer des pénitenciers presqu’aussitôt abandonnés parce que la mortalité était - grande, comme cela arrive toujours lorsque des défrichements sont entrepris sous les tropiques. C’est ainsi que furent successivement occupés, abandonnés et, quelquefois, réoccupés, suivant la volonté du gouverneur du moment, les établissements de la Montagne d'Argent, de Saint- Georges à l’'Oyapock, des ilôts la Mère et le Père, de Saint-Augustin, de Sainte-Marie, de Saint-Joseph, de Saint-Philippe, d’'Organabo, de . Montjoly, des Roches de Kourou, etc. :
Ces insuccès répétés, cette absence de ligne de conduite avaient bien vite modifié les sentiments
de la population libre, qui de bienveillants étaient devenus hostiles à la transportation; c’est que loin de trouver dans l'introduction de l’élément pénal l'aide qu'ils étaient en droit d'en attendre et qui aurait compensé, dans une certaine mesure, le discrédit que la présence des condamnés et la mortalité qui les frappait devaient jeter sur la colonie, les habitants avaient été, sans aucun profit, exposés aux déprédations, aux méfaits de toutes sortes des forçats évadés et des libérés. |
Après des explorations faites dans le bassin du Maroni, le Gouvernement décida (1) d’y tenter ‘une entreprise sérieuse de colonisation exclusivement pénitentiaire, oubliant que l'exemple et l'entraînement des travailleurs honnêtes est nécessaire au condamné amendé pour le maintenir dans ses bonnes résolutions souvent trop fragiles pour résister aux influences d’un milieu contaminé, qu'il faut lui rendre une place si petite soitelle dans la société pour lui faire comprendre qu’il n'est plus un objet d’opprobe, pour le relever à ses propres yeux. |
D'ailleurs, le choix du lieu n’était pas heureux, car le Maroni est certainement la région la moins