CHAPITRE IV
Simulation individuelle.
I, — Simulateurs non criminels
On pourrait diviser les simulateurs, en simulateurs par calcul ou intérêt, et en simulateurs par instinct seulement. C’est la division qu’avait indiquée Govseef, elle est très rationnelle. Une autre division est plus artificielle, mais elle peut être plus commode et plus acceptée par l'usage ; elle distingue les simulateurs criminels et les simulateurs non-criminels. Nous appellerons criminels, les simulateurs qui on! simulé devant la justice, après avoir commis un délit ou un crime, qui ont été enfin l’objet d’une expertise médico-légale ; et non criminels, ceux qui ont simulé en toute autre circonstance : service militaire, lutte pour la vie, etc. Les simulateurs criminels passent pour être les plus nombreux, tel était l'avis de Laurent, qui regardait les non-criminels comme exceptionnels, Nous croyons qu’actuellement du moins, cette opinion n’est pas fondée,
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et que c’est en face de la justice que la simulation est la plus rare. Il nous a été facile de recueillir plusieurs observations de non-criminels, entrés à l'asile en ces dernières années.
Le plus souvent le simulateur non criminel ne feint pas une forme d’aliénation avec délire persistant, sa ruse est plus facile à découvrir, il se borne plutôt à commettre des actions qui passent dans le public pour être des stigmates de folie : tentative de suicide ou extravagance quelconque. Il réussit généralement et son but, souvent ridicule, une fois atteint, il ne persiste pas dans une situation gênante.
En face d’une position qui l'embarrasse, ou pour obtenir ce qu’il convoite, il commet quelque acte dangereux qu’il accompagne d’une mise en scène plus ou moins soignée selon ses moyens; à cela se borne généralement sa simulation.
La singularité du but et du moyen peuvent déjà faire penser que ce n’est pas là l’œuvre d’un individu normal.
Les exemples que nous allors montrer permettent d’apprécier la valeur de cette classe de simulateurs.
Leurs antécédents, leur milieu, les circonstances dans lesquelles ils agissent, toute leur manière de faire’ enfin dénotent une dégénérescence assez marquée.
Nous ne ferons que rappeler les tentatives de suicide des hystériques ou des enfants vicieux et qui sont pour eux un puissant moyen d'obtenir ce qu’ils désirent, Les observations en sont nombreuses, ce serait trop nous étendre que d'appuyer sur ce point du reste bien connu.
Nous ne parlerons pas non plus des simulateurs aliénés proprement dits, certes les exemples ne sont pas rares, la simulation est commune dans les asiles de la part d’indi-
vidus manifestement aliénés, et chez lesquels elle n’est en somme que surajoutée à titre de simple épiphénomène. Nous nous occuperons seulement des cas de simulation présentés par des individus passant pour normaux au dehors, et que leur simulation seule a conduits dans des maisons de santé.