CHAPITRE IV
A côté des cas fréquents, dont nous avons parlé au chapitre précédent, et où l'évolution de la tuberculose ne semble pas ou semble peu modifiée par le fait qu'elle évolue sur un terrain hérédo-syphilitique, il existe, incontestablement, d'autres cas où l'association des deux maladies sembie plus intime.
Beaucoup de ces cas ont été considérés comme des hybrides, c'est-à-dire des lésions à la formation desquelles participent à la fois le bacille de Koch et le tréponème. Il y aurait réellement au même point, ou au moins sur le même organe, des lésions syphilitiques et des lésions tuberculeuses intriquées pour n'en faire plus qu'une. On conçoit qu'une telle lésion, si elle existe, doit avoir des caractères tout spéciaux, tant au point de vue anatomo-pathologique, qu'au point de vue clinique, et qu'elle doit réagir de façon particulière aux traitements qu'on lui fait subir.
En réalité, il est souvent difficile de dépister les hybrides. Mlle Pouzin, à la suite de son maître M. le Dr Ménard, les nie. C’est peut-être parce que la preuve qu'elle demande pour admettre leur existence : constatation au même point du bacille de Koch et du tréponème, est difficile à faire. [l est certain que dans aucune des observations qui ont été publiées sous le titre d’hybrides, une telle preuve n'existe. Aussi peut-on se demander s’il s’agit bien toujours d’hybridité de lésion,
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et s'il n'existe pas une hybridité de terrain un peu Spéciale, plus importante que la seule hybridité de terrain dont il s'agissait au chapitre précédent, Quoi qu'il en soit, nous avons recherché ces observations et une première constatation s'impose : c'est leur grande rareté. Depuis quelque trente ans que Verneuil a signalé leur possibilité, nous en trouvons seulement 15 ,cas. Il est vrai que nous avons surtout en vue ceux qui se rapportent à l'association de tuberculose et de syphilis héréditaire; même en tenant compte de cette limitation volontaire et des cas qui ont pu nous échapper, il n’en reste pas moins que ces observations sont rares, ce qui peut surprendre, étant donnée la fréquence des deux affections dont sont faites ces hybrides. -
Nous allons relater ces observations, dont plusieurs seront résumées ef nous y joindrons un cas qui nous est personnel, en pensant qu'il vaut mieux ne pas le séparer des observations auxquelles il est apparenté.
Ces hybrides se rencontrent dans les domaines cutanés, ganglionnaire, osseux, ou viscéral (médiastin et poumon).
Nous ne citerons que pour mémoire les trois cas rapportés par Hochsinger en 1894 au IVe Congrès de Dermatologie de Breslau. Ce sont trois cas d'enfants qu'il a observés dans les premiers mois de la vie, et qui présentaient, outre des accidents syphilitiques incontestables, des lésions tuberculeuses plus ou moins étendues des organes internes, qui étaient caractérisées histologiquement et par la présence de bacilles tuberculeux. « Ces cas, ajoute-t-il, ne sont pas très rares; on a vu souvent des altérations caséeuses de ce genre, mais on les a toujours considérées comme des gommes. »
Nous ne pensons pas que ces cas soient si fréquents que le disait Hochsinger, puisque l’on n’en rencontre pas beaucoup d’analogues dans la littérature médicale. Ils se rapportent à la syphilis héréditaire précoce; tous ceux qui vont suivre se rapporteront à la syphilis héréditaire tardive. ’
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Hybrides cutanés. — L'observation de Leloir est la première en date. Elle a trait à une syphilis acquise, mais il nous a paru, utile de la publier, car elle com- ‘porte une partie anatomo-pathologique tout à fait intéressante.
* OBsERvATION DE LELOIR
Malade âgée de 34 ans.
Antécéderits héréditaires. — Son père est mort de phtisie pulmonaire. Elle a trois sœurs ; toutes trois toussaient l’hi1ver, et l'une d'elles qui tousse beaucoup, s’amaigrit progressivement. z |
Toutes sont entachées de lymphatisme. Donc, d'une façon manifeste, tuberculose comme apanage héréditaire. :
Antiécédents personnels. — Occupons-nous d'abord de la tuberculose. Nous trouvons sur la jambe gauche une cicatrice adhérente irrégulière et gaufrée, vestige d'une ostéite tuberculeuse du tibia, survenue à l’âge de 8 ans.
Il y a deux ans, apparaît derrière la region supérieure du sterno-cléido-mastoïdien, à droite. une tumeur qui bientôt augmente de volume, se ramollit, présente des trajets fistuleux (scrafulo-tuberculose ganglionnaire). Bientôt après, survient à la région inférieure du cou à droite, près de la clavicule, une gomme scrofulo-tuberculeuse qui se ramollit, et aboutit à la formation d'une fistule, en partie couverte d'une croûte ostréacée. En outre, cette malade est un beau type du tempérament lymphatique, si apte à contracter la tuberculose : cyanose et hyperhidrose des extrémités, chairs molles et flasques, lèvre supérieure hypertrophiée, séborrhée de la face, acnée du dos.
Passons maintenant à l'étude de l’autre diathèse, de la syphills. A l'âge de 24 ans.elle fut atteinte d’un chancre infectant caractéristique, bientôt suivi d'accidents secondaires, Dans la suite, les accidents allèrent en s’atténuant, paraît-il.
En résumé, nous trouvous dans les antécédents la tuberculose héréditaire, la scrofulo tuberculose personnelle, La syphilis acquise.
En juillet 1890, elle entre dans mon service. Elle présente