HISTORIQUE
Cette question des rapports de la syphilis héréditaire et de la tuberculose s'est posée dans tous les temps; et dans tous les temps elle a été résolue: par les auteurs en des sens différents; les uns affirmant la possibilité d’une transformation de la syphilis des parents en scrofule des enfants, ou au moins l'influence de l’hérédo- Syphilis sur la tuberculose des enfants; d’autres niant toute influence spécifique de ces maladies l'une sur l’autre.
I1 semble qu’au point de vue historique on puisse diviser l’évolution des idées à ce sujet en plusieurs périodes. à Ke
Dans une première, qui s'étend jusque vers la fin du xixe siècle, syphilis héréditaire et tuberculose sont mal isolées l’une de l’autre; le critérium anatomique et bactériologique manquant, des confusions se créent entre manifestations scrofuleuses et syphilitiques héréditaires tardives; aussi ne peut-on pas toujours attacher une grande importance aux opinions des auteurs à ces époques. Leurs travaux restent néanmoins comme d'excellentes observations cliniques.
La deuxième période commence avec la découverte du bacille de Koch, donc de la spécificité bactériologique de la tuberculose, en 1882. Peu de temps après, Fournier écrit son remarquable ouvrage sur la syphilis héréditaire tardive et de là naissent une série de travaux qui tendent à isoler l'une de l’autre syphilis héréditaire
et tuberculose. En même temps, on cherche à préciser l'influence réciproque de la syphilis et de la tuberculose. Cette période s'achève avec la publication de la magistrale étude de Sergent : Syphilis et tuberculose, . parue en 1907, qui résume et précise: toutes les opinions sur ce sujet.
Depuis, et ce sera notre troie me période, des travaux sont publiés pour vérifier les opinions de Sergent, les uns infirment, les autres confirment son opinion et nous aurons à les étudier. Fe
Première période. — Dans cette période, la seule question qui soit traitée est celle de l'influence de la syphilis sur le développement de la tuberculose et un peu sur son évolution. A ce point de vue, les auteurs peuvent se partager en trois groupes : ceux qui voient dans la tuberculose, ou plus exactement dans la scrofule, un dérivé de la syphilis; ceux qui nient toute action de l’une de ces maladies sur l’autre; ceux enfin, qui, moins tranchants, pensent que la syphilis héréditaire étant une cause de débilitation, peut par cela même favoriser l’éclosion de la scrofule ou de la phtisie, comme d’ailleurs toute autre cause occasionnelle.
Parmi les premiers, nous citerons d’abord Astruc qui, en 1736, sans admettre la transmissibilité de la syphilis proprement dite, fait provenir de la syphilis dégénérée, la scrofule, le rachitisme et la tuberculose.
J.-L. Petit (1765) traite en général et la scrofule et la vérole, au moyen de frictions mercurielles. II donne aussi une observation du bon effet du traitement dans un
cas de syphilis combinée à la tuberculose.
En 1767, Bordeu soignait à Barège les écrouelleux par le mercure.
Baumès, en 1805, trouve que la scrofule de nature tuberculeuse, qui s'aggrave de syphilis, est justiciable de traitement hydrargyrique. Il rapporte même l'observation d’un enfant hérédo-svphilitique phtisique guéri par lui par le mercure.
Alibert écrivait en 1835 dans sa monographie des dermatoses : « Si les personnes ont été longtemps tourmentées par la maladie syphilitique et ont négligé les soins convenables à leur guérison, il est rare que leur descendance ne soit pas infectée d'une maladie qui a tous les caractères du vice scrofuleux... »
Parlant de la cause de scrofule de D peau, Devergie (Traité pratique des maladies de la peau, 1863), dit : « Cette cause, nous la regardons comme étant complexe — elle est à la fois scrofuleuse et syphilitique : c’est une transformation par hérédité de la syphilis en la scrofule, et à laquelle la syphilis ne reste pas étrangère, de sorte que si elle n'est pas combattue on ne détruit pas la maladie. On sait qu'à cet égard, plusieurs praticiens pensent que la syphilis constitutionnelle est l'origine de la scrofule et qu'elle se transforme en cette maladie. Nous ne sommes pas aussi explicite à cet égard, mais nous admettons que des parents qui ont eu des accidents syphilitiques dont ils n'ont jamais été parfaitement guéris, au moins quant à la cause première, peuvent transmettre à leurs enfants, d’une part, cette cause, ce virus plus ou moins modifié, et si le tempérament de l'enfant le dispose à la scrofule, il en résulte une maladie de forme composée, dérivant de la scrofule et de la syphilis. »
Enfin, au dire d'Homolle, Wilson, en 1857, et Jordan, en 1867, considéraient encore la scrofule comme un rejeton ou une transformation de la syphilis. Citons encore Pidoux, qui, en 1874, professe la même opinion.
En face de tous ces auteurs, se trouvent ceux qui nient cette sorte de transformation de la syphilis en la scrofule, et qui au contraire séparent nettement les deux affections.
C'est Baudelocque (cité par Bazin), qui fait remarquer que certains pays, comme Palerme, offrent beaucoup. de syphilitiques et peu de scrofuleux, et que dans d’autres contrées, la serofule est très commune et la
J. Mercier se Fa -