OBSERVATION IX
(De Rist, Ameuille et Mlle de Pfeffel Soc. Médicate des Hôpitaux, 18 juin 1914.)
Le 26 avril dernier, se présentait à la consultation au Dispensaire Léon-Bourgeois, d’où il était aussitôt dirigé sur notre service de tuberculeux de l’hôpital Laënnec, un homme de 26 ans, plombier de son métier, qui crachait le sang assez abondamment. Il était oppressé, fort amaïgri, avait l’aspect cachectique et paraissait beaucoup plus vieux que son âge. Il nous raconta que déjà, en octobre 1912, il avait eu un point de côté à droite, avec de la toux et de la fièvre, symptômes qui avaient fait porter le diagnostic de pleurésie sèche à l’hôpital du Havre, où il avait été soigné pendant six semaines. Il avait ensuite retrouvé apparemment la santé. Mais, en décembre 1913, plus d’un an après, se trouvant à Béziers, il fut repris d’une douleur, d’abord sourde, puis de plus en plus vive, siéseant, au début, en arrière, près du rebord costal droit, s’étendant ensuite à tout le côté droit de la poitrine. À l’hôpital de Montpellier, où il fut admis, on fit de nouveau le diagnostic de pleurésie sèche. Il eut alors une fièvre assez intense, atteignant 40°, pendant une
quinzaine de jours. On le traita par des ventouses scarifiées, et il quitta l'hôpital au début de janvier, se croyant complètement guéri. Mais, de décembre 1913 à février 1914, il subit un amaigrissement de 10 kilogrammes. Au début de mars, il fut pris soudain, pendant la nuit, d’une sensation de brûlure sur toute la hauteur de l’hémithorax droit, d’un châtouillement au niveau du larynx, et il eut une considérable hémontysie de sang pur, qui se prolongea pendant vingtquatre heures. Il entra alors à l’hôpital de Béziers, ct y resta vingi jours, crachant abondamment du sang, bientôt mêlé de pus. Puis ils vint à Paris, où la per-. sistance de son expectoration purulente et sanglante et sa faiblesse croissante l’engagèrent à consulter au dispensaire.
A son entrée, le 26 avril, il ne put être examiné que fort sommairement à cause de son hémoptysie, qui céda le lendemain à deux injections intramusculaires de pituitrine. |
Tout, dans cette histoire, suggérait l’idée d’une tuberculose pulmonaire. Néanmoins, dans les. crachats examinés dès le lendemain, on ne constata pas de bacilles de Koch. Le surlendemain de son entrée se trou- À vait être le jour où tous les malades nouvellement admis sort systématiquement examinés par nous à l’écran radioscopique. Le hasard voulut donc que la première exploration physique à laquelle ce malade fut soumis fut la stéthoscopie roentgénienne. Nous cûmes la surpise de faire chez lui les constatations suivantes : le poumon gauche était parfaitement clair du haut en bas; le poumon droit, tout à fait transparent dans sa partie supérieure, était occupé, à sa base, par une ombre circulaire, à contours parfaitement nets et réguliers, comme tracés au compas, autour de laquelle, en haut, en dedans et partiellement en dehors, subsistait la clarté pulmonaire. En bas, cette ombre se confondait avec l’opacité hépatique.