NES
Obs. 27 (Service du professeur Gosset). — Mile Ch... Marie, 27 ans,
Début apparent. — Quatre mois.
Examen clinique. — Nervosisme.
Pas de douleur abdominale spontanée ; douleur à la pression fosse iliaque droite,
Troubles dyspeptiques datant de quatre ans, très accrus depuis quatre mois: pesanteur aussitôt après.le repas, renvois, troubles augmentés après ingestion d'aliments gras. Constipation.
Nausées ; vertiges. Céphalée.
Face colorée ; masque appendiculaire. Cryesthésie. Salivation abondante.
Pouls régulier à 96. P. A. — 14,5.
Epreuves. — R. O.C. —— 8,
Réflexe solaire : pouls légèrement diminué d'amplitude.
Réflexe appendiculaire : id.
Intervention. — Le 4 mai 1921.
Cæcum normal. A ppendice enflammé, rouge, à méso-lipomateux.
Epiploon normal, non adhérent.
Analyse des observations et interprétation des résultats
Tablean clinique. — Chez les 27 malades examinés, âgés de 17 à 41 ans, atteints d’appendicite chronique, nous notons des troubles végétatifs divers et variables en intensité.
Tous les degrés sont représentés depuis la simple nausée, jusqu’à l’ensemble symptomatique complet : crises d’asthme, troubles dyspeptiques intenses, vomissemenis, palpitations, cryesthésie, sudation et salivation abondantes, pollakiurie. Les nausées sont les plus fréquentes (2r cas) parfois suivies de vomissements (5 cas); les troubles dyspeptiques fréquents (16 cas) avec comme maximum la douleur tardive (4 cas) ; la constipation fréquente (13 cas) ; rarement on observe de la diarrhée habituelle (2 cas) ou des alternatives de diarrhée el de constipation (2); rarement de l’entérocolite (2). Le vertige est fréquent (11); nous notons parfois de la sudation facile (5) et de la salivation abondante (3); dans certains cas de la cryestésie habituelle des extrémités (4), de la pollakiurie (4) ; du myosis (3 ou de la mydriase (2). Däns un seul cas nous avons observé . des crises d’asthme. La pression artérielle reste dans
Te les chiffres normaux ; nous avons trouvé de l’arythmie dans 2 cas, dont 1 avec bradycardie.
Si dans 18 cas le tableau symptomatique n’est pas assez complet pour ranger véritablement ces malades dans le groupe des vagotoniques; dans 6 cas ils nous paraissent cliniquement être des vagotoniques ; dans 3 cas ils le sont franchement. La plupart des signes observés chez eux appartiennent au syndrome vagotonique. Par contre chez aucun d'eux nous ne pouvons dire : sympathicotonie.
Le réflexe solaire nous a montré une diminution nette de l’amplitude du pouls chezla plupart de nos malades (18), une augmentation chez quelquesuns (3) ; il est resté nul dans 4 cas. Ces résultats nous ont paru presque superposables à ceux obtenus chez 25 sujets indemnes de troubles vigétatifs : 17 apparemment sains et 8 atteints d’affections chirurgicales (fractures, luxations).
Par contre la pression au point appendiculaire qui n’a causé une réaction que chez 1 sujet apparemment sain, a entraîné une diminution de l’amplitude du pouls chez 20 appendiculaires, une augmentation chez 1 ; il n’a été suivi d'aucune modification dans 4 cas. Une pression au point symétrique dans Ja fosse illaque gauche n’a déterminé dans la majorité des cas aucun phénomène. La pilocarpine influence ces réactions : chez la malade n° XXIV elle a exagéré la diminution de l’amplitude des oscillations obtenue Par la pression appendiculaire jusqu’à les abolir, tandis qu’elle changeait le sens du réflexe solaire
24 DCE
préalablement inversé. Chez la malade n° XXV, elle a fait apparaître une diminution de l’amplitude du pouls à la pression appendiculaire préalablement inactive, et elle a rétabli la réaction habituelle à la pression solaire.
Les réactions à la pression appendiculaire et solaire ont produit des réactions de même sens ; dans le seul cas où les réactions étaient de sens contraire: observation XXIV, la pilocarpine a rétabli les phénomènes habituels.
D'autre part chez la malade I, la pression appendiculaire sous l'écran radioscopique a produit une crise asthmatiforme avec bradycardie et tendance lipothymique. Chez la malade XX la pression appendiculaire nous a paru augmenter l’arythmie cardiaque. Chez trois autres de nos malades elle a produit un léger ralentissement du pouls.
Donc l'appendice est bien le point de départ d'un réflexe ; il se transmetlrait par le plexus solaire, et le mode des réactions qu'il détermine (hypotension), ainsi que l'accentuation des phénomènes par la pilocarpine paraît être en faveur de la participation prédominante du vague.
Le reflexe oculo-cardiaque s’est montré normal dans 18 cas, un peu exagéré dans 2, nul dans 1, inversé dans 4. Comparons ces résultats avec ceux obtenus chez nos 25 sujets sains : réflexe oculaire cardiaque normal dans 19 cas, exagéré dans 1, nul dans aucun, inversé dans 5. Nous voyons que les chiffres sont sensiblement les mêmes. Dans 2 cas le
réflexe s’est montré exagéré légèrement : nous consiatons que l’un correspond à un tableau clinique vagotonique, mais tandis que trois examens différents nous avaient donné le même chiffre (— 15), un quatrième pratiqué en période de règles douloureuses n’a plus donné que — 6 ; l’autrè réflexe légèrement exagéré correspond à un état vagotonique moins indiqué. Mais le réflexe est inversé dans 2 cas où cliniquement le vagotonisme paraissait manifeste (ohs. XXI et XXVI). Le réflexe oculo-cardiaque
est donc parfois en discordance avec les résultats tirés de l’examen clinique ; il n’a pas dénoté chez nos appendiculaires, un plus grand nombre de vagotoniques que parmi les sujets sains. Les injections de pilocarpine pratiquées chez la malade où le réflexe oculo-cardiaque était nul (obs. XXV) et chez une où il était normal (obs. XXIV) et qui toutes deux présentaient un tableau symptomatique assez riche, n’ont pas déclenché de réactions franches en faveur du vagotonisme.
Rapprochons ces résultats de ceux obtenus récemment par Lehmann dans la lithiase biliaire (1) à expérimentant chez 40 malades par la méthode des injections pharmacologiques (pilocarpine, atropine, adrénaline) et par comparaison chez une centaine de sujets ne présentant pas de troubles végétatifs, cet auteur a obtenu des résultats comparables dans
1. Lehmann, Lithiase biliaire et système nerveux végétatif (Berliner Klinische Wochenschrif., 1” janvier 1921) Compte rendu in Presse médicale, 2 avril 1927.