OBSERVATION
M. E..., 55 ans (communiqué par le Dr Bussox).
Recto-colite ulcéreuse à rechutes depuis trois années. Quatre poussées évolutives égales dans leur durée, qui est de 3 mois, séparées par des intervalles plus ou moins longs, la deuxième poussée séparée de la première par un an, la troisième par 10 mois, la quatrième par 7 mois. La poussée actuelle à laquelle on assiste dès son début survient après une période de rémission qui a duré 8 mois. Chaque poussée est caractérisée par un syndrome dysentérique marqué : 16 à 18 évacuations
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journalières sanglantes et purulentes, un très mauvais état, général, température à 38-390, grosse anémie et amaigrissement. La rectoscopie montre une muqueuse écorchée à vif dont le saignement abondant gêne l’examen. Le traitement par la solution huileuse de vitamine A intra-rectale, avec lavement de guimauve préalable est institué à la 2e semaine de la poussée. Amélioration presque immédiate. En 4 jours disparition du sang dans les selles qui persistent encore avec une fréquence anormale (cinq évacuations quotidiennes). Retour de la température à la normale en 6 jours. Au 10€ jour du traitement l’état général est bon, le malade s’alimente avec appétit mais 1l se plaint cependant de quelques douleurs péri-vésicales et rectales. Le 15e jour la température remonte à 390 et va osciller autour de ce chiffre. Les douleurs sont extrèmement violentes mais après 3 jours de ces paroxysmes fonctionnels, véritable débâcle purulente signant à n’en pas douter l’évacuation d’un abcès péri-rectal ou péri-sigmoïdien, la cédation fonctionnelle est immédiate, la température tombe et l’état redevient très bon. Le malade quitte le Service à la fin du mois avec une énorme amélioration fonctionnelle, seulement 2 à 3 évacuations glaireuses et un peu purulentes par Jour, sans température, ayant engraissé de 3 ker. « ù
Rectoscopie : la muqueuse ne saigne plus qu’au contact, quelques placards purulents.
Remarquons malgré l’évolution d’un abcès péri-rectal la brièveté de la poussée qui a été réduite à 3 semaines alors que dans les poussées précédentes le malade était confiné 3 mois au lit avec de la température et du sang en permanence dans ses selles.
Nous avons étudié dans nos précédents chapitres l’argumentation clinique de la recto-colite ulcéreuse; sans en reprendre les détails, nous voudrions la présenter en quelques termes : un syndrome dysentérique atypique, chronique, à poussées. Syndrome dysentérique, mais syndrome atypique, l'évacuation dysentérique restant associée aux évacuations fécales. Syndrome chronique, car la présentation sur le mode aigu est exceptionnelle, mais surtout syndrome dysentérique à poussées. C’est sur ce terme que nous voulons le plus insister. Nous avons étudié le caractère, le mode de reproduction, le rythme, le véritable cycle de ces poussées. Elles nous apparaissent être une véritable caractéristique de la maladie et être un élément majeur de diagnostic différentiel de la rectocolite ulcéreuse d’avec les autres syndromes dysentériques. Il faut être préoccupé de cette notion au premier examen d’un malade dysentérique : un interrogatoire précis, fouillé et
qui extériorisera-ta notion de poussée apporte une véritable
présomption d’origine pour le diagnostic de la recto-colite ulcéreuse.
Mais si essentielles que soient ces données, elles n’apportent que les éléments d’un diagnostic d'orientation, le diagnostic positif ne peut être posé qu'après avoir fait le bilan systématique des trois ordres d'examen :
— Ja recto-sigmoïdoscopie ; — l'examen coprologique ; — J’examen radiologique.