‹ Contribution à l'étude des Recto-Colites Ulcéreuses de Cause InconnueChapitre 37 sur 59 · III. — L'EXAMEN RADIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

III. — L'EXAMEN RADIOGRAPHIQUE

L'examen radiographique doit être pratiqué tant comme moyen d'investigation utile au diagnostic que comme moyen d'exploration de l’extension des lésions, mais les imprécisions de ses données, mêmes avec les techniques nouvelles ne lui laissent que le rôle d’examen complémentaire.

Absorption du repas opaque « per os». — Un seul signe est constant, l’accélération de la traversée colique qui vide son contenu dès la sixième heure après l’ingestion, mais ce signe n’a rien de pathognomonique.

Exploration par lavement opaque :

Deux méthodes doivent être employées :

— solution barytée, — suspensions colloïdales.

Mais si certaine que soit la valeur de la seconde, son emploi

n’est pas encore assez généralisé en pratique courante pour

que nous négligions la première.

LAVEMENT BARYTÉ. — Les signes radiologiques de l’ancienne méthode ont peu ajouté à la description princeps de STIERLIN et le signe du radiologiste de Bâle : défaut de remplissage du segment atteint reste le signe de base, bien qu'il soit dépourvu de toute spécificité. Tous les autres signes, qu'ils décrivent des anomalies de forme, de contours ou de rem- plissage, sont des images qui n’ont qu’une valeur d’appréciation très approximative dans la détermination de l'étendue de l’atteinte colique et qui ne permettent en rien de préjuger du caractère anatomique non plus que du nombre ou du siège précis des ulcérations (CHaAoùL, LEDOUx-LEBARD). Différents auteurs ont insisté sur différents signes sans leur donner d’ailleurs plus qu’un crédit de présomption : aspect

rubanné, aspect en tresse, que l’on a décrit comme des signes

58 RECTO-COLITES ULCÉREUSES

d'infiltration pariétale et que des comptes rendus opératoires ontmontrén'être dus qu’au spasme. On a insistéaussi(ScHWAZ) sur l’absence de parallélisme des bords dans la zone affectée ‘ainsi que sur la présence d’images dentelées, ramifiées en éperon, en spirale sur les contours coliques. On a décrit des images marbrées, des mouchetures comme étant la preuve radiologique des ulcérations ; mais PORCHER s'exprimant à leur sujet, écrit : «les taches polymorphes,les images marbrées, les aspects tigrés peuvent être dus,outre à des processus ulcératifs, à des collages de la drogue par du mucus hypersécrété ou à la dilution du baryum au sein de matières diarrhéiques ou stasiques ou encore par la pénétration incomplète du liquide opaque dans un segment bourré de matières épaisses et visqueuses (lavement mal composé, mal administré, intestin mal préparé).

Ceci était dire combien il fallait être prudent dans l’interprétation des résultats de la radiologie.

Au lavement baryté qui ne donnait qu'un moulage massif ont succédé les techniques de « l’image d'évacuation » qui permettait une meilleure étude des contours : méthode de BERG et KNOTHE (lavement baryté dont l'évacuation est réglable), méthode de FIsHER (insufflation d’air après évacuation partielle du lavement opaque). Cela permettait déjà de meilleurs

résultats. Mais il n'y a que quelques années qu’un grand pro-

grès a été réalisé par la possibilité de l’étude du relief interne du côlon, grâce à la technique de l’imprégnation de la muqueuse par des suspensions colloïdales.

Cette méthode dont FoRSsELL et BERG ont été les initiateurs se base sur la floculation ou précipitation des électro-

lytes positifs du bioxyde de thorium au contact des micelles

électro-négatives présentes dans la couche sécrétoire de la muqueuse. Cette nouvelle voie d'investigation est indiscutablement d’un remarquable intérêt dans une affection comme la recto-colite ulcéreuse où les ulcérations sont essentiellement

muqueuses et superficielles. Il est hors du cadre de notre

étude de vouloir discuter l'interprétation de ces nouvelles images radiologiques par un procédé neuf qui est à l’étude et à qui il serait prématuré de demander des résultats déjà défi-

PR

mitifs. Disons seulement qu'il n’a pas encore été apporté de signes formels d’altération pariétale ni d’images d’ulcérations coliques, dont l'interprétation ne soit pas discutable. Il n’est encore aucun signe radiologique certain de la recto-colite ulcéreuse.

La destruction de l’harmonie structurale des plis est une preuve d’altération du relief interne, mais des facteurs fonctionnels entrent en jeu autant que les facteurs anatomo-pathologiques pour créer ces images, et il est encore impossible de se prononcer formellement sur les déformations qui sont attribuées à des processus ulcéreux. MAINGOT et SARRASIN, prêtent d'autre part pour le diagnostic d’intégrité anatomi- ‘que d’une surface colique une grande importance à une bandelette opaque qui se rend évidente, après évacuation du lavement et insufflation d’air et qui représente les bords du côlon tapissé de substance de contraste. En considération de sa valeur diagnostique, ces auteurs l’appellent liséré muqueux de sécurité. L’interruption et l’effrangement de ce liséré de sécurité serait la preuve d’une altération de la paroi. Malgré l'importance que tous les radiologistes accordent à ce signe et qui serait fondamental pour le diagnostic d'extension, il peut comme tous les autres être discuté.

Ces constatations nous amènent donc à une conclusion moins négative, elles sont d’une très haute valeur et elles permettent d'espérer qu'avec les efforts ultérieurs, des signes

--radiologiques précis pourront permettre un diagnostic radiologique certain de la recto-colite ulcéreuse. Cela serait capital pour le clinicien qui n’a actuellement pas d’autres arguments que ceux du doute pour poser le diagnostic topographique de la recto-colite ulcéreuse.

Page 1