RÔLE DU TERRAIN
Les conclusions des précédents chapitres nous amènent à considérer les notions de terrain, Sans doute pourra-t-on nous reprocher tout ce que cette notion a d’hypothétique et combien il est incertain d’argumenter sur le « terrain pathogépique », mais n'est-il pas permis de s’y rattacher devant les insuffisances de la théorie microbienne.
Sans vouloir prétendre à une doctrine, nous voudrions présenter les arguments qui orientent notre discussion pathogénique. '
De l’étude même de la modalité clinique se dégage une opinion.
Il n’y a pas que le dogme absolu d’un agent microbien en doctrine médicale.
Plus qu’à une maladie microbienne, c’est à des syndromes d’un ordre pathologique général que la recto-colite-ulcéreuse prend sa ressemblance. N’est-on pas en droit de penser à d’autres facteurs qu'à des facteurs microbiens devant la maladie que réalise la recto-colite ulcéreuse, maladie qui débute on ne sait pourquoi, qui guérit avec n'importe quoi, qui s’estompe, qui revient non pas sur un mode isolé à la façon d’une rechute mais sur un mode prolongé de récidives dont une certaine ordonnance dans le temps (alors qu’il n’y en a aucune dans la gravité) est un des facteurs surprenant de plus.
Cela ne nous semble pas réaliser le tableau d’une maladie infectieuse, mais bien plus celui d’une maladie qui laisse entrevoir une notion de sensibilisation.
Nous voudrions ici ouvrir une parenthèse et beaucoup moins pour établir des notions de rapprochement que pour parler de comparaison, nous voudrions dire combien la recto-colite ulcéreuse rappelle en beaucoup de points une autre maladie du tractus digestif : l’uleus gastro-duodénal qui lui aussi rechute, récidive en des poussées proches ou lointaines, et sur la pathogénie duquel, après avoir beaucoup dit de son étiologie et rien démontré, on se rattache encore comme ici à la notion du terrain.
Peut-on plus préciser dans le cas des recto-colites ulcéreuses ? Si nous nous reportons au mode de début de cette affection, nous nous apercevons que dans certains cas la maladie atteint son maximum en quelques heures d’une façon explosive comparable dans sa production et son extension à une manifestation des grands états anaphylactiques. |
L'on serait tenté d'écrire que tout se passe comme si le malade réalisait son premier état de sensibilisation. Ainsi l'esprit s'oriente vers une affection à la base de laquelle un choc, un état allergique pourrait exister.
L’anatomo-pathologie déjà nous fait prévoir cette AGE de l'allergie intestinale. Sur les coupes en effet on ne retrouve
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pas les lésions habituelles aux infections suppurées microbiennes, ce qui domine et ce qui frappe d'emblée, c’est l’intensité des altérations vasculaires, des hémorragies interstitielles, des éliminations muqueuses par nécrose et non par fonte purulente ; à certains moments, dans certaines coupes on est en droit de se demander si l’on n’assiste pas à l’évolution d’un véritable phénomène d’ArTHus intestinal.
Peut-on préciser plus, y a-t-il d’autres arguments qui sont de données plus probantes que ceux que nous venons d’exposer avec toute la restriction d’une simple proposition.
Certaines notions toutes récentes semblent enfin apporter un appui expérimental à des conceptions qui n'étaient que théoriques. Sans doute s’extériorisent-elles à peine et sontelles confuses ? elles n'en méritent pas moins une très grande attention.
EOEPER étudiant certains phénomènes de la pathologie digestive insiste sur le rôle prédominant que lui paraît jouer lhistamine dans nombre de ses états intestinaux, toxiques et aussi caractérisés par leur tendance hémorragique. Il insiste sur le rôle agressif toxique de cette substance sur la paroi intestinale, il insiste sur son mode de production, sur son apport incessant par la voie alimentaire et il pose nettement le problème en proposant l’histamine comme étant à la base des états anaphylactiques. Reprenant ces notions, les auteurs allemands vont plus loin, accordant un rôle antigénique à l’histamine dans nombre d'états digestifs; ils apportent de plus la notion d’une sécrétion antihistaminique de la paroi intestinale qui serait indispensable à l'équilibre de neutralisation.
Admettant la conception e ces auteurs, l’on peut eo une pathogénie nouvelle à la recto-colite ulcéreuse. Que cet équilibre vienne à se rompre, par baisse du pouvoir antitoxique de la muqueuse ou par un surapport de produits histaminiques, la réaction intestinale se produit plus ou moins intense, mais ayant toujours la valeur d’une lésion qui restera sensibilisée. Nombreux sont les facteurs qui peuvent rompre l’équilibre, surtout du côté de l’histamine. L’histamine ne provient pas seulement des apports alimentaires ou toxiques,
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elle apparaît dans des conditions multiples et sous l'effet de nombreuses causes.
TINEL et ses collaborateurs montrent qu’il suffit d’une simple irritation nerveuse pour augmenter sa présence et sa sécrétion. Dosant véritablement sa présence par le test de la sécrétion gastrique, il montre qu’une phrénicectomie, que l’irritation des racines rachidiennes postérieures suffissent à entraîner la sécrétion histaminique. C’est ainsi toute une théorie qui s’enchaîne à l'esprit : notion du toxique histaminique, notion de la sensibilisation intestinale, notion des facteurs nombreux qui peuvent déclencher le déséquilibre. Toxique, sensibilisant, irritant, rôle du vago-sympathique ne sont-ce pas là des faits dont l’agglomération réalise justement l’essentiel de cette notion de terrain dont nous sommes partis. Notion de terrain, avons-nous dit, notion bien vague encore, bien anciennement invoquée qui pourtant, petit à petit, s’éclaire par les recherches modernes et peut-être peut-on entrevoir que dans un avenir plus ou moins proche, on pourra attribuer avec sa vraie valeur une cause à la recto-colite ulcéreuse.
Nous voudrions en tête de ce chapitre ériger quelques principes fondamentaux :
1° De l'ignorance de l’étiologie de la recto-colite ulcéreuse naît l'incertitude de la direction thérapeutique de la maladie.
29 La perpétuelle interrogation qu'est pour l'esprit la notion de l’amibiase lui doit commander l'institution d’un traitement émétinien d’épreuve.
3° Il doit être une notion indispensable de savoir se souvenir avant de conclure à la guérison d’une recto-colite par une médication, que cette maladie s’améliore parfois spontanément ; qu'il faut savoir attendre « des délais de sécurité » avant de se prononcer sur l'efficacité d’une thérapeutique.
40 Nous devons signaler l'échec presque constant de toutes les thérapeutiques quelles qu’elles soient, médicales ou chirurgicales, dans les formes aiguës, graves (toujours mortelles à notre connaissance) de l’affection. |