PRÉAMBULE
saire d’en signaler l’absence par un qualificatif de restriction qui limitera leur variété en l’excluant des autres et nous proposons le titre restrictif de Recto-colite ulcéreuse de cause inconnue à cette grande classe de recto-colites ulcéreuses dont la cause nous échappe encore, qui ne s’individualisent et ne se définissent que par leur inconnue causale, leur négativité étiologique. |
C’est d’elles seules que nous nous occuperons dans ce travail.
Nous nous excusons d’insister sur ce préambule, mais il
nous semble capital de le faire, les confusions sont constantes et se renouvellent, elles restent récentes encore.
Nous n’en voulons pour témoignage que deux exemples :
En 1955, le Ier Congrès international de Gastro-entérologie tenait ses assises à Bruxelles avec comme sujet du deuxième rapport, les colites ulcéreuses graves non amibiennes.
Le but des organisateurs était certainement l’étude des recto-colites de cause inconnue ; a-t-il été atteint ? Sans doute, tous les rapporteurs ont bien et seulement traité des recto-colites cryptogénétiques, mais que déduire des comptes rendus des discussions qui ont suivi.
Tout a été discuté : colites tuberculeuses, colites syphilitiques, colites gonococciques, localisations intestinales de la maladie de Nicolas FAVRE..., c’est-à-dire autant de contribu-
- tions à l’étude des colites ulcéreuses de cause inconnue.
L’explication de ces discussions assez disparates est qu’à notre sens le titre de la question n’était pas assez restrictif.
Nous voulons en deuxième exemple citer À. F. HuRST qui, dans un travail récent sur la colite ulcéreuse extrait des «Guys Hospital Reports », laisse à lire l'observation suivante :
« J’ai eu la chance de voir un seul cas tout au début de la première atteinte. Le malade était un garçon de 16 ans qui avait été examiné par le Dr Br... de Do... le matin du 8€ jour de sa maladie ; il avait une température élevée et de la diarrhée avec des selles contenant du pus et du mueus ainsi que du sang en abondance ; l’examen rectoscopique révélait l’aspect typique de la colite ulcéreuse grave et à la culture des selles il poussa un bacille dysentérique de FLExNER. On lui administre 12 heures plus tard 40 cmÿ de sérum anti-dyséntérique intra-
La
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veineux. Le soir suivant la température tombait à la normale pour ne plus monter, la diarrhée cesse et au 13e jour les selles ne contenaient plus de sang (même occulte). Il n°y a:pas eu de récidives dans les 8 ans qui se sont écoulés depuis.
Cette observation ne nous semble relater qu'un cas banal de dysenterie bacillaire. On se prend à douter que Hursr ait voulu étudier la recto-colite ulcéreuse, ou faut-il en conclure qu'il considère la recto-colite comme une identité clinique et bactériologique de la dysenterie bacillaire.
Ces exemples sont la preuve de l’équivoque, et ils montrent la nécessité, avec un titre complet « Recto-colites ulcéreuses de cause inconnue » d’une définition précise et nous proposons celle que BENSAUDE et notre maître le Dr RACHET ont apporté (Congrès de Plombières, 1935) : « Maladie grave atteignant le côlon, en partie ou en totalité, prédominant toujours à sa Surface et à sa terminaison, se traduisant par un syndrome dysentérique d’allure aiguë ou clinique, d’étiologie probablement infectieuse mais non encore identifiée. » :
Cette définition nous permet de légitimer notre titre en spécifiant l’inconnue causale ; elle nous semble ainsi avoir l'avantage :
__ de définir la localisation : c’est une recto-colite, ce qui implique l’automatique indication du diagnostic endoscopique recto-sigmoïdien ;
__ de définir le syndrome clinique : une dysenterie aiguë ou chronique ;
©! de faire entrevoir le pronostic souvent grave, toujours redoutable ;
__ enfin de préciser le cadre nosographique de la rectocolite ulcéreuse ; cadre d'attente qui ne doit sa réalité qu’en l'absence totale de toute étiologie prouvée.
Quelles que soient ses morphologies de présentation, la recto-colite ulcéreuse est toujours définie en clinique par un élément essentiel : la dysenterte.
« Recto-colite ulcéreuse, maladie grave... se traduisant par un syndrome dysentérique... », ces termes sont inscrits dans le texte de notre définition.
Quelquefois le syndrome dysentérique se présente pur avec tous les éléments de son trépied ; ce n’est pas la règle ; bien plus souvent ce sont des syndromes dissociés, réduits au préjudice de leur symptomatologie fonctionnelle (plus ou moins atténués dans leur symptomatologie générale) le trouble de l'évacuation dysentérique restant seul au premier plan, laissant voir toutes ses variétés.
En règle, les éléments du transit digestif persistent avec les évacuations dysentériques qui alternent ou se mêlent à eux.
L’expulsion dysentérique peut rester rare et isolée dans un état de constipation (exceptionnel) ou dans d’autres cas ne se mêler que discrètement à des selles diarrhéiques.
Bien plus souvent, les produits de l'évacuation dysentérique
-(muco-glaires, pus, sang) et les éléments de l’évacuation diges-
tive se mêlent constituant de véritables selles de diarrhée dysentérique.
D'autres fois, la prédominance d’un élément dysentérique caractérise la selle ou la constitue, créant de véritables variétés purulentes ou hémorragiques. Le syndrome dysentérique de la recto-colite ulcéreuse nous apparaît donc comme un syndrome atypique dont la caractéristique essentielle est de s’accompagner de la persistance des évacuations fécales.
Sans y insister davantage dans ce court paragraphe d’in-
troduction clinique, disons que la constipation paraît accompagner les formes recto-sigmoïdiennes de la maladie, la diarrhée paraissant au contraire être l’apanage des formes totales de la recto-colite ulcéreuse.
Nombre d’auteurs se sont uniquement appuyés sur les modalités de ce syndrome dysentérique pour décrire les aspects cliniques de la recto-colite ulcéreuse, il nous semble que cela équivaut à décrire des formes cliniques au préjudice de la Forme clinique. La recto-colite ulcéreuse a une unité dans le temps ; c’est dans ce sens que nous l’étudierons.