RÉTINITE CHEZ LES FEMMES ATTENTES DE NÉPHRITE CHRONIQUE
Nous allons rappeler rapidement les accidents oculaires qui peuvent survenir chez les Brigthiques au cours de la grossesse. — Cette étude ne nous intéressant 161 que du fait de la similitude que ces accidents peuvent présenter avec ceux observés au cours de l’éclampsie et aussi dans une certaine mesure de l'identité des sanctions thérapeutiques qu’ils peuvent comporter.
Bien que les accidents éclamptiques soient relativement rares chez des Brigthiques, puisque Dani- GADE dans sa thèse (Bordeaux, 1922-1923) ne les relève que dans un cas sur 130 ou 200 et que les auteurs américains (GRENN Hizz, Duncan, DE Lee) étudiant systématiquement les toxémies gravidiques, ont noté de même la relative rareté de l’éclampsie chez les Brigthiques : ils ne l’ont observé en moyenne qu’une fois sur 200, il n’en n’existe pas moins certains caractères communs quant aux mamifestions comme lalbuminurie l’hypertension, la mort du fœtus, la rétinite, etc...
D'autre part, bien que le fait soit assez exceptionnel, léclampsie peut laisser derrière elle des séquelles rénales définitives et réaliser ainsi un véritable mal de Bright. Ainsi, bien qu'il s'agisse d’affections différentes, on ne peut manquer d'admettre une certaine identité entre eux.
C’est un fait reconnu par tous que la grossesse semble donner un coup de fouet aux lésions produites par les néphrites chroniques. | À
De toutes les complications des néphrites chroniques nous n’envisagerons ie que les complications oculaires.
Ces lésions oculaires, en ne tenant compte que des rétinites albuminuriques, constituent une complication assez rare, mais toujours très grave.
Burxier, dans sa thèse, en cite 11 cas ; dans 8 la cécité a été totale ou quasi-totale, dans 2 seulement il note une amélioration visuelle après provocation de l’accouchement ; la mort immédiate a été observée 3 fois et la mort en moins de 2 ans relevée dans 2 cas.
Cette complication est donc si grave, que toute rétrocession locale n’étant possible qu'après l’interruption spontanée ou thérapeutique de la gestation, elle suflit à elle seule à impliquer formellement l’intervention (Bar, BriNbDEAU, thèse Mme Gran, Paris 1934). IT est en outre généralement admis que la rétinite albuminurique survient alors au cours d’une véritable poussée aiguë de la néphrite chro-
nique, poussée survenant à l’occasion de la grossesse.
Dans de tels cas, la néphrite ne peul güëre s'améliorer qu'après l'évacuation de l'utérus. Mais encore une fois, le point qui nous intéresse spécialement ici, et c’est le moins discuté de cette question complexe des rétinites brigthiques, c’est l'indication formelle admise par tous d'interrompre aussitôt que possible la gestation. Quant aux manifestations subjectives qui traduisent la rétinite, disons seulement qu'elles sont souvent assez discrètes pour que le moindre trouble oculaire impose l'examen ophtalmoscopique. Ainsi le diagnostic pourra en être posé précocement et la sanction thérapeutique pourra intervenir dans les meilleures conditions. Les caractères locaux et anatomiques de cette lésion locale ne ‘nous retien- -drons pas : ils sont identiques à ceux observés dans les rétinites gravidiques et éclamptiques et nous les
étudierons avec celles-ci.
RÉTINITES GRAVIDIQUES EN DEHORS DE L'ÉCLAMPSIE
On a décrit sous le nom de rétinite gravidique, des rétinites albuminuriques, survenant chez des femmes enceintes indemnes de toute néphrite chronique. La rétinite constitue 1c1 le symptôme majeur sinon unique de l'affection. Ces accidents semblent très rares : Burnier ne lobserve que ‘dans la proportion d’un cas sur 3.000 accouchements et Couvreux dans la proportion de 1 cas sur 6 ou 7.000 accouchements ; et 1l semble que ces chiffres soient excessifs quand on étudie le mouvement de diverses maternités.
Quoiqu'il en soit, si la rétinite constitue l’élément majeure de laffection, caractérisée par sés troubles visuels et ses lésions ophtalmoscopiques, Couvreux insiste sur la fréquence de petits signes de la série toxémique souvent associée.
Souvent même pour Couvreux, les accidents toxémiques, céphalées, bourdonnements d’oreilles, dyspnée, douleurs épigastriques, albuminurie, et hypertension existaient déjà depuis un certain temps avant
que n'apparaissent Îles accidents oculaires.