‹ Contribution à l'étude des rosacées-prunées-amygdaléesChapitre 17 sur 149 · ERA · texte numérisé non relu

ERA

lénémie lou pésséghé »… sans doute que nul ignore que la consommation des figues est salutaire, puisqu'on la recommande à ses amies, tandis qu’on réserve la pêche

à ses ennemies.

LE On peut cependant se demander pourquoi l’on ne. doit peler ces fruits (figa ou pésséghé) qu'aux amies et ennemies et non aux ennemis ou amis !

Au xv° siècle on disait : « Gros bec, tu as mangé la pesche », (LEROUX DE LIGNY).

En provence, au xvir° siècle on parlait de tirer une pêche molle : « L’y a tirat un pésségui moulant » (in : Bugado provençcalo).

En Argot, vers l’an 1901, au Cabaret d’Aristide BRUAND), il était souvent question de « sucer la pêche » (ou la pomme) et de téter la pêche à quelqu'un pour dire qu’on l’embrassait. Quant à l'expression : « Poser une pêche ou déposer sa pêche » tous les anciens potaches parisiens savent ce que cela signifie. sans qu’il soit utile de recourir au mot latin : cacare, pour dire. « poser sa culotte ou mettre bas sa culotte. en vue d'un soulagement. opportun... ».

Nos ancêtres du xvI° siècle avaient, cependant observé et noté certaines coïncidences.. entre les pêches et les raisins :

Coïncidences de maturité, tout d’abord : Premiers raisins : premières pêches.

Coïncidences de disette, ensuite : « Point de pesches, point de raisins ». |

Et un proverbe du xvr° siècle proclamait :

« A la Saint Bartholomeau Pesches meures et Vin nouveau. »

(in Bibliogr. parém., 1847, p. 139).

dus

… Au temps jadis, « Se mettre dans la Vigne jusques au Pescher », équivalait à s’enivrer abondamment : évidente allusion aux nombreux pêchers plantés dans les Vignes et aux pêches de Vigne. (Serées de Guill. Bouchet, Rouen 1635).

Les noyaux de pêches ne fructient plus s’ils ont été sucés, à en croire, certains dictons de Vendée et des Deux-Sèvres :

« Il ne faut point super (sucer) un noyau de pêche que lon veut semer cela l’empêcherait de naître ». (Vendée, c. p. Ph. T. 1205.)

« Si vous tenez que le noyau d’une pêche puisse nattre, ne le mettez pas dans la bouche. » (Deux-Sèvres, SOUCHE, Croy.)

Ces noyaux, d’ailleurs, sont assez mal réputés :

Quand on est sans sou ni maille et qu’il faut payer pour entrer quelque part, l’on dit : « On n’y entre point avec des noyaux de pêche ». (Max BUCHON : Le gouffre gourmand. Roman franc Comtois.)

« Il est rembouré avec des noyaux de pêche » se dit couramment d’un lit ou d’un siège particulièrement dur... Et dans l’Armanac marsihés, de l’an 1894 (p. 58) il est dit : « Léi séti soun garbi émé dé pignén dé péssgui ». Au Pays Béarnais un cœur dur et insensible est qualifié de : « C'oo d’os ou (noyau) de préchéc ou d'os de préchéc ». Et à Argélés, l’on dit pour se moquer de quelqu'un qui n’a point le cœur tendre : « Tendré cou mé w’os dé préchic…. »

Au Pays d’Albret l’on a coutume de dire : « Quan lou pésséghé flouris aou més dé mars, n’a pas qu’en dou richars; Quan flouris aou més d’abriou, n’a pous morts et pous bious ». Ce qui signifie que le pêcher fleurissant en mars il n’a de fruits que pour les riches; quand il fleurit en avril, il y en a pour les morts et pour les

IISG ES

vivants. c’est-à-dire que s’il fleurit trop tôt il risque de geler et d’avoir peu de fruits.

Dans la même région d’Albret, l'ont dit aussi : « Quan la pésséghéro és en lou, lou jour é la néy’t soun dé lounghou;.Quan és maduro és mémo mésuro », c'est-à-dire, quand le pêcher est en fleur, le jour et la nuit sont de même longueur; quand la pêche est mûre il y a même mesure. |

C’est, en somme la répétition d’un dicton de la « Bugado (lessive) provençalo » du xvrr° siècle : « Quan lou pésségui és en flour : jour é nuech soun dé mémé longour ! »

Les Armagnacs disent : Quan la pécho és én flour, astan dé néyt coumo dé jour; Quan la pécho és maduro jour é néyt soun dé mésuro ».

L'on dit aussi : « Quan l’aoubérjo s’amaduro, la néit et lé jour an mémo mésuro; Quan l’amélié flouris lé jour ambé la néit sé partis » (Folkl. Lauraguais, FAGOT).

Cette floraison coïncide avec le retour des travaux champêtres, et il n’est plus temps de filer sa quenouille. « Quan la pabiéro és en flou, filayro, més la counoulho al cantou ». C'est-à-dire, Quand le pêcher est en fleur, fileuse, mets la quenouille dans le coin, les travaux champêtres te réclament. (Tarn-et-Garonne). L'on y dit aussi que ce n’est plus le temps des veillées, autour de l’âtre, comme au cours des longues soirées de l’hiver : « Quan la pabiéro és en flou, adiou la bélhazou » (veillée) …

Mais au Pays du Berry, on reprend la quenouille quand la pêche est devenue molle et mûre : « Quand la pêche est molle, bonne femme prends ta quenouille.. les travaux des champs sont terminés ». (Rev. trad. popul.).

En Provence, le Pêcher est l'arbre maudit des sorciers, qui, pour guérir leurs malades, doivent porter

Eee

sur un pêcher leur malédiction : cet arbre, par sa seule présence, guérit la fièvre. Pour cela le fiévreux, doit s'endormir à l'ombre d’un pêcher, le dos appuyé à son tronc, durant deux ou trois heures. Au réveil la fièvre est partie, mais l’arbuste commence à jaunir, perd son feuillage et meurt. (Mat. médic. de Provence, REGUIS).

Sait-on que les Noyaux de pêches bénies au cours: de la procession de Saint Césaire, à Berre (Bouches-du- Rhône) ont la vertu de préserver de tout malheur ceux qui ont sur eux, l’un de ces noyaux ?.… à condition que la bénédiction de ces fruits à noyaux ait eu lieu sur la place de Saint Césaire et devant la maison du saint évêque... 7

Dans le « langage des fleurs », Si cher aux jeunes amoureux, on sait que « la fleur de pêcher, qui du premier vent tombe, est l'emblème de l’inconstance et de l'infidélité »…

Ed. ROSTAND qui, parfois, cultive le paradoxe, fait dire à ses marquis, dans « Cyrano », à propos de Roxane

… « Roxane ? … Une pêche Qui sourirait avec une fraise.

PE … Et si fraîche, Qu'on pourrait, l’approchant, prendre un rhume de | [cœur ! »

Plinohe I

LES PECHERS

jm & Nc DA Le EL)

= \ AS (4 AU ny 2m

RAMEAU FLEURI de PECHER

Page 1