OBSERVATIONS
Les deux observations que nous apportons ont trait à des ruptures du tendon du long extenseur du
pouce consécutives à un traumatisme.
Le premier cas a été présenté par MM O. Crouzon, G. Bourguignon et J. Christophe, à la Société médicale des Hôpitaux de Paris, en Juin 1932.
« I] s’agit d’un sujet âgé de trente-six ans, M. Mohamnied Med..., qui vient consulter dans le service du Docteur Crouzon, en Septembre 1931, parce qu'un matin, au réveil, il a constaté qu'il lui était impossible de relever le pouce de la main gauche.
« Cette paralysie isolée de l'extension du pouce n'avait été précédée d'aucun symptôme marquant, tout au plus le malade avait-il éprouvé dans les jours précédents, un léger endolorissement de la base du pouce, accompagné d'un gonflement de la partie postéro-externe du poignet, dans la région de la tabatière anatomique ; ce gonflement s'était étendu vers le pouce les jours suivants, et brusquement enfin s'était produite la paralysie du pouce.
« Manœuvre de son métier, il n’avait subi aucun traumatisme les jours précédents.
« Mais, par contre, un an auparavant, il avait reçu à la base du pouce gauche, un violent coup de marteau, traumatisme qui l’avait forcé à cesser son travail pendant quelques jours.
« Aucune gêne fonctionnelle n'avait persisté pendant les mois suivants.
« A l'examen, on constate que la deuxième phalange du pouce gauche est fléchie sur la première phalange, la première phalange légèrement flechie sur le métacarpien. L'extension de la première et de la deuxième phalange est absolument impossihle. Les mouvements de flexion du pouce sont au contraire conservés et les troubles moteurs limités à l'extension de ce doigt.
« Les forces d'extension des autres doivts, de la main sur l’avant-bras, de l’avant-bras sur le bras sont conservées ; on sent la corde du lone supinateur lorsque le malade fléchit avec force l’avant-bras.
« Les réflexes sont normaux aux men:bres supérieurs. On ne constate aucun trouble de la sensibilité objective dans le domaine du radial à la main.
« Devant cette paralysie limitée et difficilement explicable par une atteinte très dissociée du nerf ra-
dial, le malade est dirigé sur le service d’électrothérapie de M. Bourguignon en vue d’un examen électrique.
« Gelui-ci montre l’inexcitabilité faradique et galvanique des deux extenseurs du pouce, aussi bien par l'excitation longitudinale que par les points moteurs et que par le nerf.
« Par contre, tous les autres muscles innervés par le radial gauche ont toutes les réactions qualitatives et leurs chronaxies normales.
« Le malade est soumis à divers traitements (diathermie, ionisation), sans résultat,
« Fin février, un nouvel examen électrique ne montre aucun signe de dégénérescence dans aucun muscle, mais uniquement l'absence de toute réaction à tous les modes d’excitation du long et du court extenseur du pouce.
« Seule une rupture tendineuse était capable de produire une semblable symptomatologie.
« Une intervention chirurgicale proposée est d'abord refusée, puis acceptée par le malade,
« Elle est pratiquée le 16 Avril 1932 par M. Petit-Dutaillis, dans le service du Professeur Gosset. Elle confirme la réalité d’une rupture du tendon du long extenseur du pouce,
« Ce tendon, seul touché, est rompu à ras de
l'articulation métacarpo-phalangienne. Le bout supérieur est rétracté à l’avant-bras. Les deux bouts sont tuméfiés, violacés, friables, le bout proximal sur 10 centimètres au moins. Le tendon, en ces points est méconnaissable. On doit le réséquer jusqu’au tiers moyen de l’avant-bras pour tomber sur du tissu sain, On rétablit la continuité par une greffe constituée par le tendon du plantaire grêle, greffe de 25 centimètres, en conservant les gaines et les coulisses qui étaient normales.
« L'examen histologique de la portion de tendon réséqué montre des lésions inflammatoires non spécifiques avec endopérivascularite.
« Les suites opératoires sont simples : après quinze jours d’immobilisation du pouce, on constate que de petits mouvements d'extension sont déjà possibles.
« Aussitôt les fils enlevés, le malade est traité par la diélectrolyse d’iode localisée à la région opératoire, avec intensité faible de 2 à 5 milliampères, selon la technique de M. Bourguignon. Après une série de quinze séances en un mois, le malade retrouve l'intégrité des mouvements du pouce. »
OBsERVATION II (Personnelle, service du Docteur Crouzon)
La deuxième observation fut également recueillie dans le service de M. le Docteur Crouzon.
« Il s'agit d’une femme de 70 ans, Mme Eugénie Ger..…., qui vient consulter parce qu’elle ne peut plus étendre le pouce droit. Cette impossibilité d’extension du pouce est apparue brusquement, accompagnée d’une légère douleur au niveau de la tabatière anatomique, alors que la malade repassait du linge. Aucun symptôme antérieur n'avait attiré l’attention de la malade sur son poignet. À l'examen pratiqué 20 jours après l’accident, on ne note aucune modification au niveau du poignet. L'examen du pouce montre que la deuxième phalange est fléchie sur la première, et celle-ci fléchie sur le métacarpien. L'étude des mouvements montre que l’extension de la première et de la deuxième phalange du pouce droit est absolument impossible. La force d'extension des autres doigts, de la main sur l’avantbras, de l’avant-bras sur le bras est entièrement conservée. On ne note aucune modification de la sensibilité dans le domaine du radial. Les réflexes sont normaux aux membres supérieurs.
« L'examen électrique, pratiqué dans le service de M. Bourguignon, montre l’inexcitabilité tant galvanique que faradique du long extenseur du pouce, à tous les modes d’excitation. Il montre également que tous les autres muscles du domaine du radial droit, ont leur excitabilité et leur chroraxie normales. Enfin, on ne note aucune ébauche de réaction de dégénérescence.
« L'aspect clinique et l'examen électrique montrent, l’un et l’autre, qu'il s’agit bien d’une rupture tendineuse et non d’une lésion nerveuse.
« On recherche alors la notion d’un traumatisme antérieur, et la malade indique que quatre mois auparavant, elle a fait une chute sur la paume de la main.
« Une radiographie du poignet droit, nous montre l'existence d’une fracture transversale, sans déplacement de l'extrémité inférieure du radius.
« Une intervention chirurgicale proposée à la malade est refusée.
« Elle accepte un traitement électrothérapique, (diélectrolyse d’iode localisée au poignet).
« La malade est revue trois mois après ; elle est, à ce moment, capable de légers mouvements d’'ex-
tension de la première phalange, mais les mouvements d'extension complète et surtout d'extension et d’adduction combinés restent très limités. »