CHAPITRE XI
Symptomatologie de la rupture.
On rencontre dans les traités-les signes dits classiques de la rupture utérine. En général, en effet, la rupture, avec véritable éclatement de l’utérus, donne une symptomatologie telle que le diagnostic s'impose d'emblée : douleur très vive, cris, phénomènes généraux avec pâleur, dyspnée, nausées, vomissements, quelquefois des syncopes. En même temps on note un arrêt des contractions utérines et des battements du cœur fœtal.
Mais ces symptômes brièvement énumérés sont loin d’être la règle et nous avons trouvé, surtout parmi les cas de ruptures de ces dernières années, plusieurs observations où les signes furent réduits au minimum, quelquefois même si légers que le diagnostic ne fut pas fait.
Bien qu’elles aient trait à des utérus non césarotomisés, nous citons à cause de leur intérêt les observations de Chenaut et de Caillaud.
FEAT PR
Cas Chenaut : Une péritonite put éclore et évoluer consécutivement à une rupture utérine méconnue, d'autant plus qu’il y eut continuation des contractions utérines, expulsion spontanée du délivre, absence de douleur localisée et d’hémorragie externe.
Lors de la discussion, Thomas déclara au sujet du cas Chenaut, qu’il ne pensait pas qu’on eût pu diagnostiquer la rupture. Fleurant déclara qu'il avait observé un cas de rupture de l'utérus chez une primipare, sans aucun symptôme prémonitoire et ce ne fut que, grâce au décollement manuel du placenta qu’il fut possible de poser le diagnostic. Keller affirme que sur une vingtaine de cas de la clinique de Strasbourg, cinq fois au moins le diagnostic ne fut pas . posé par manque absolu de symptômes. IL attribue ce fait à ce que le revêtement péritonéal était intact, quoique détaché du tissu musculaire sous-jacent.
Signalons encore l’observation de Caillaud et de Tsélépoglou, d’une rupture spontanée et insidieuse d’un utérus sans césarienne antérieure, chez une grande multipare, avec un nombre très restreint de symptômes cliniques.
Parmi les observations récentes de rupture discrète d’utérus antérieurement césarotomisés, celles des docteurs Fabre et Rhenter est particulièrement démonstrative. La rupture, déjà intéressante du fait qu’elle se produisit en dehors du travail, présenta une symptomatologie nulle. La malade fut trouvée morte le matin, dans son lit, aprés avoir causé une partie de la nuit, avec sa voisine de lit, en se plaignant seulement de quelques douleurs abdominales. La veille,
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malgré quelques vomissements alimentaires, son état n’avait pas inspiré la moindre inquiétude et l’autopsie montra une rupture utérine siégeant au niveau de la cicatrice césarienne, où se trouvait l'insertion placentaire. L’œuf entier s’était énucléé à travers la déchirure, et il est probable qu’une hémorragie intra-péritonéale dut débuter en même temps de façon insidieuse et se continuer sourdement jusqu’à devenir mortelle.
L'observation Reeb montre également que le diagnostic de rupture ne fut pas posé, bien que l’œuf intact et le placenta fussent passés à travers la déchirure. On n’avait noté avant l’opération ni choc péritonéal, ni faciès altéré, ni défense musculaire, ni cessation complète des douleurs. Le pouls était bien frappé. Les seuls signes positifs avaient été : 1° une douleur ressentie vers la droite de l’abdomen ; 2° et une courte syncope deux heures avant l'opération ; en somme des signes effacés.
L'observation Chirié concerne une multipare. Des signes très atténués de rupture possible firent faire une laparotomie, qui montra une rupture sur la face antérieure et le fond. Toute la cicatrice semblait avoir cédé.
L'observation Schickelé montre une rupture utérine survenue chez une multipare, « sans signes objectifs », au niveau de la cicatrice.
Signalons enfin l’observation de Rickham, où la femme était souriante avec une rupture.
En résumé, cinq fois sur vingt-six cas que nous rapportons, les signes furent ou peu nets ou absolument nuls.