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Etat. — Cette jeune fille porte au sein droit une tumeur dont elle s’est aperçue pour la première fois il y a # mois seulement. À ce moment déjà elle avait le volume d’une noix ; aujourd'hui elle a atteint le volume de la tête d’un enfant. A la palpation la tumeur présente une surface inégale, bosselée, et parait composée de plusieurs lobes réunis en une seule masse ; elle offre dans presque toute son étendue une consistance assez dure et uniforme ; quelques points cependant paraissent plus mous sans être véritablement fluctuants ; peut-être existe-t-il là quelque kyste profond qu'il n’est pas possible de reconnaitre nettement. La tumeur est très mobile sur les parois latérales de la poitrine, très distincte de la glande mammaire, non adhérente ni aux muscles m à la peau; celle-ci est amincie surtout au niveau des bosselures. Il n°y à aucune douleur, ni spontanée, ni provoquée, pas d’engorgement ganglionnaire ; constitution robuste, santé parfaite.
Opération. — Ablation par le bistouri le 23 janvier. L'opération est des plus simples ; une fois la peau incisée, la tumeur s’énuclée comme un noyau : elle n'avait aucune adhérence aux parties voisines. Les bords de la plaie sont réunis par une suture entortillée.
Examen de la tumeur. —- La tumeur pèse 800 grammes; à la coupe elle présente un aspect granulé. Son tissu est parsemé de petites vacuoles dont les parois sont recouvertes de villosités. À un faible grossissement, ces villosités ressemblent à des culs-de-sac glandulaires, mais un grossissement plus fort permet de constater qu’elles ne sont composées que d'éléments fibro-plastiques. On n’obtient pas de suc par le raclage. La tumeur examinée dans ses différents points se trouve constituée uniquement par du tissu fibro-plastique ; elle contient une grande quantité de noyaux et de cellules embryo-plastiques et seulement quelques fibres fusiformes. De çà et de là on rencontre quelques cellules adipeuses. Dans aucune de ses parties on n’observe de culs-desacs glandulaires.
Suites opératoires. — Erysipèle, réunion secondaire.
Récidive. — Le 24 octobre 1866, la jeune fille rentre à l'hôpital pour une nouvelle tumeur qui s’est reproduite dans le même sein droit. Le sein est envahi par une tumeur du volume d’une tête de fœtus à terme. À la vue cette masse morbide paraît formée de deux bosselures séparées
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par un sillon légèrement déprimé. Sur la peau on aperçoit une cicatrice d’une longueur de 22 centimètres, courbe à concavité supérieure et 6xterne : au-dessous d'elle se trouve le mamelon qui a été épargné lors de la première opération. L'une des bosselures est située Lout entière audessus de la cicatrice ; l’autre en partie au-dessus, en partie au-dessous. La peau est saine, légèrement distendue, avec sa coloration normale ; elle n’adhère pas à la tumeur et glisse facilement, sur elle-même au niveau de la cicatrice. À la palpation on sent une masse dont la surface est irrégulière, bosselée, d’une consistance un peu élastique, sans dureté fibreuse, elle est formée de deux lobes principaux ; lun du volume d'un œuf de dinde est supéro-interne, l’autre plus volumineux est inféro-externe. Ces deux lobes sont tout à fait indépendants ; le mouvement imprimé à l’un ne se communique pas à Pautre; ils sont séparés antérieurement par le petit sillon que nous avons dit exister sur la peau. Le lobe supérieur est d’égale consistance dans toute son étendue, l’inférieur présente en haut et en dehors un point manifestement fluctuant, comme si à ce niveau il existait un kyste. La tumeur tout entière se meut librement sur les parties sous-jacentes ; elle semble complètement indépendante de la portion de la glande qui reste encore au niveau du mamelon. Pas de douleurs, pas d’engorgement ganglionnaire, le mamelon est normal, non rétracté ; bon état général, règles régulières, Le début de la tumeur paraît remonter au milieu d’août ; celle-ci siégeait alors à la partie supérieure de la région mammaire ; il y à six semaines seulement que la tumeur inférieure est apparue ; son développement a donc été rapide, mais sans douleurs, ni élancements.
Opération le 27 octobre. — Ablation par Velpeau de la plus grande partie de la glande mammaire ; le mamelon est de nouveau respecté ; il n’y à aucune adhérence avec les parties profondes. ;
Examen de la tumeur. — La tumeur pèse 500 grammes. Dans son ensemble elle offre l’aspect d’un ovoïde dont le grand diamètre avait 16 centimètres et le petit 7 seulement. Elle est formée de deux lobes principaux nettement séparés par un tissu cellulo-graisseux ; chacun d'eux est entouré d'une enveloppe membraneuse, sur une coupe faite parallèlement à son grand diamétre la tumeur présente une apparence lobulée. Le lobe supérieur se divise en deux lobes secondaires d'une
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coloration jaunâtre, analogue à celle des caillots fibrineux qui se forment dans le cœur après la mort ; sa consistance est charnue : il se laisse sans grands efforts penêtrer par les doigts. Sur la surface de la coupe, on voit de petits points rouges qui correspondent à autant de vaisseaux sectionnés, la vascularité est d’ailleurs médiocre. Le second lobe où lobe inférieur est séparé par des cloisons en trois lobules secondaires ; son tissu a la coloration et la consistance que nous avons décrites pour le précédent. C’est dans un de ces lobules que se trouve le kyste que nous avons constaté avant l'opération : il a le volume d’un marron, ses parois sont un peu irrégulières et anfractueuses. Il contient un liquide séro-sanguinolent et sa cavité est remplie d'une substance gélatiniforme ; dans un point la paroi est colorée en rouge par du sang extravasé. Enfin au centre d’un autre lobule, vacuoles du volume d’un grain de millet à un grain de chenevis. Toute la tumeur est d’ailleurs parsemée d’un nombre considérable de petits kystes contenant un liquide de consistance gommeuse, se coagulant par l’acide azotique, et ne produisant aucun précipité avec l'acide acétique ; c'est doné une substance albumineuse. Suc gélatineux au raclage.
Examen microscopique. — On trouve un grand nombre d’éléments embryoplastiques de formes très variées, des noyaux arrondis, d’autres allongés et commençant à se diviser ; dans quelques points on voit des cellules granuleuses et graisseuses.
Le 26 octobre la malade sort guérie. Elle eut encore deux récidives, puis retournant dans son pays, elle se mit entre les mains d’un empirique puis succomba.
Os. VIT (Résumée). — Sarcome kystique du sein droit. — Ablation. — Guérison.— Péan, Leçons de clinique chirurgicale, 1882, t. If, p. 727. ;
Andrieu Anaïs, 38 ans, couturière, entre le 6 avril 1876, salle Ste-
Marthe, n° 42, | Antécédents. — Réglée à 16 ans, menstruation régulière. Multipare.
De 17 à 25 ans chloro-anémie. [ctère. Pas d’antécédents d'autre nature
Il y a 2 ans, sans causes connues elle vit apparaître, en dedans du ma-
melon droit, une tumeur du volume d’une noisette, dure, indolente, qui DESGRANGES Y
resta stationnaire pendant un an. Depuis elle a grossi plus rapidement en devenant le siège de picotements. En octobre dernier fracture de jambe ; après la consolidation la malade marche avec des béquilles. C'est surtout à partir de cet accident que les douleurs du sein sont devenues plus vives et plus fréquentes.
Etat actuel. — Nous trouvons dans la moitié supérieure du sein droit surtout dans la portion interne, une tumeur du volume du poing : la peau qui la recouvre semble amincie, distendue plutôt que confondue avec elle, on voit ramper dans son épaisseur des capillaires bleuâtres dilatés. Pas de trace d’œdème inflammatoire dans le voisinage, pas d’ulcération. Le mamelon est semblable à celui du côté sain et n’a subi ni rétraction, ni aplatissement. Au toucher on reconnaît que la tumeur présente des bosselures de la grosseur de chataignes, de consistance solide très homogène et séparées par des sillons peu marqués ; ces bosselures sont elles-mêmes composées de saillies plus petites, comparables par leur forme et leur volume à celles du chou-fleur. Elles ressemblent à celles qu’on voit sur l’enchondrome, mais sont moins élastiques et moins accusées. Elles semblent reliées entre elles à la surface par une sorte de capsule fibreuse. Les adhérences avec la peau sont très nombreuses et semblent formées par des prolongements émanés de la masse morbide, comme cela s’observe dans le carcinome. La tumeur siège dans la mamelle et ne semble pas avoir de rapports avec le muscle grand pectoral. Si on fixe celui-ci, 1l est facile de faire mouvoir la tumeur à.sa surface; nous ne trouvons pas cependant la mobilité des fibromes ou des fibro-adénomes. La consistance totale de la tumeur est celle du tissu lardacé, 1 n'existe en aucun point de fluctuation partielle comme dans certaines tumeurs adéno- -Kystiques. Cette consistance spéciale ainsi que les adhérences de la peau nous font pencher vers une variété de squirrhe, bien que nous n’observions encore ni la rétraction du mamelon, ni l’engorgement ganglionnaire.
Opération le 24 avril. — L'opération montre que la tumeur est indépendante, assez bien circonscrite, au milieu du tissu mammaire resté sain ; qu’elle s'était développée au centre de la mamelle elle-même :; qu'elle est entourée par une sorte de capsule fibreuse, mais lâche et moius distincte cependant que certains adénomes au début. A la coupe
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de la tumeur nous trouvâmes qu’elle était constituée par un tissu sarcomateux et composée de lobes distincts, revêtant l’aspect d’acini hypertrophiés et disposés en grappes. Les deux tiers de la tumeur baignaient dans une cavité Kystique, qui paraissait constituée par des canaux galactophores dilatés. Cette cavité contenait deux cuillerées d’un liquide séro-sanguin, couleur café au lait. Les tissus d’ailleurs étaient très vas- . culaires à la coupe, grenus jaune-grisâtre, plutôt que roses. La peau revenue sur elle-même n’était pas sensiblement adhérente, il n°y avait pas non plus d'adhérence entre le tissu glandulaire et les muscles pectoraux. Mais en plusieurs points la tumeur se confondait avec le tissu de la mamelle, qui, bien que restée saine, avait pris au lieu de sa teinte blanchâtre normale, une teinte plus jaunâtre.
Sutures. Drainage. e
Réunion par première intention.
Guérison et sortie le 10 mai.
O8s. VIII (Résumé). — Sarcome kystique du sein. — Ablation. — Guérison.— Péax, Lecons de clinique chirurgicale, A887, t. V, p. 1073.
Brunet Marie, 23 ans, modiste, entre le 15 juillet 1881, salle Ste-Marthe n° 40.
Antécédents. — Santé délicate pendant l'enfance. Pas d’hérédité. Pas d'enfant, pas de fausse couche. Réglée à 1% ans. À 17 ans elle à eu au sein droit une tumeur qui a été enlevée par M. Guyon.
Il y a 2 ans, elle a senti dans le sein gauche une tumeur dure, indolente, qui s'est accrue très lentement. Son état général est toujours resté bon et elle n’a ressenti par suite de sa tumeur que quelques petits élancements. Il n’y a jamais eu aucun écoulement par le mamelon.
État actuel. — Au sein gauche on constate l’existence d’une tumeur du volume d’un œuf, mobile sur la peau, et profondément située en dehors du mamelon. Au-dessus de cette masse principale existe un petit noyau dur, mobile, du volume d’une noisette. Rien dans l’aisselle.
30 juillet. — Chloroforme, à l’aide d’une incision oblique en bas et en dehors, nous enlevons la tumeur et une partie du tissu .glandulaire voisin. Il n’y a pas de perte de substance à la peau. Sutures. Drain à l’angle inférieur de la peau. Pansement phéniqué.
25 août. — Guérison. Départ de la malade pour le Vésinet.
Examen. — La coupe de la tumeur montrait qu’on avait affaire à un
sarcome kystique.
O8s. IX (Résumée). — Sarcome kystique du sein gauche. — Ablation par le bistouri. — Guérison. — Péax, Lecons de clinique chirurgi
cale, 1887, t. V, p. 1072.
Leroux Marie, 66 ans, lingère, entre le 27 février 1882, salle Ste-Marthe, n° 50.
Antécédents. — Scarlatine à 22 ans. Malade arthritique, névropathe et un peu hypochondriaque. Réglée à 12 ans, trois enfants, et après sa dernière grossesse quelques douleurs dans le bas-ventre, sans fièvre, ni vomissements. Ménopause à 54 ans. Emphysème pulmonaire. En 1880, hémorrhagies nasales pendant une huitaine de jours, rien au cœur.
[l y à 4 ans qu'est apparue sur le sein droit, à la partie supérieure etexterne, une pétite grosseur qui a augmenté progressivement. Depuis 3 ans, chaque jour, quelques gouttes de sang suintaient par le mamelon ; d’abord pur, ce sang s’est mélangé ensuite de sérosité. Du côté gauche, ce phénomène n’a été observé que d'une façon tout à fait passagère. Depuis un an, le sein malade est un peu douloureux, et la malade éprouve des sensations qu’elle compare à des picotements d’aiguiile. Il y a 15 jours qu'il s’est fait une ulcération spontanée laissant couler de la sérosité sanguinolente.
Etat actuel. — La peau est rouge, adhérente, et sillonnée de grosses veines, surtout à la partie supérieure. La tumeur qui a le volume d’une tête de fœtus, est lourde, pendante, sans adhérences profondes. Le mamelon est rétracté, 1l n’y a pas de ganglions axillaires : deux ulcérations cutanées laissent couler du pus sanieux. L’appétit est conservé : pas d’amaigrissement. Rien dans les urines.
9 mars. — La tumeur est enlevée. Drainage. Sutures. Pansement phéniqué.