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les tumeurs liquides du sein est beaucoup plus difficile ; c’est là véritablement le point délicat de la question.
Les kystes séreux de la mamelle sont des affections rares dont la pathogénie est encore mal connue. Le seul caractère important pour le diagnostic sera fourni par un palper attentif; celui-ci montrera en effet que la cavité kystique est indépendante dans la glande, qu'à côté d'elle il n’y a point de noyau induré, symptomatique d’une néoplasie mammaire.
Les kystes dermoïides de la mamelle sont rarissimes, et ont une consistance uniforme et mollasse que n’ont point les adéno-sarcomes kystiques.
Les kystes hydatiques méritent à peine d’être mentionnés; onn’en connaît que quelques exemples dans la science.
Plus délicat est le diagnostic avec Le kyste laiteux ou galactocèle. En raison même de leur origine ces kystes laiteux sont capables de subir différentes transformations, Jeur contenu peut se modifier dans sa consistance, si bien qu'on a cru nécessaire d’en reconnaître deux variétés : le galactocèle liquide et le galactocèle concret.
Le galactocèle liquide le plus intéressant se développe en général chez les femmes pendant la durée de la lactation ou au moment du sevrage, rarement pendant la grossesse ou à une époque éloignée de celle-ci. De plus le galactocèle forme une tumeur unique, moins volumineuse habituellement que le cysto-sarcome ; elle est plus lisse, plus régulière, et ne présente pas ces bosselures si pathogno-
moniques de l'affection qui nous occupe. En cas de doute une ponction exploratrice trancherait la question.
Divers abcès du sein pourraient peut-être induire en er-
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reur; la variété que M. le professeur Tillaux a désignée sous le nom d’abcès tiède pourrait prêter à confusion. Mais on Se rappellera les conditions qui accompagnent l’évolution des abcès du sein en général et en premier lieu les phénomènes douloureux qui ne manquent jamais.
La tuberculose mammaire et en particulier l’abcès froid mammaire sont susceptibles d’un diagnostic différentiel. On se souviendra des caractères si nets de cette affection, indiqués par Dubar dans sa thèse. Outre les caractères généraux qui accompagnent cette affection, la tuberculose de la mamelle qu'elle soit discrète ou confluente se difrérencie de tout point par sa marche. On assiste tout d’abord à la présence dans l'épaisseur de la glande d’un ou plusieurs noyaux, qui se ramollissent, et alors seulement donnent une fluctuation plus ou moins nette. Plus tard la peau s’ulcère et l’abcès froid mammaire devient fistuleux.
La syphilis gommeuse de la mamelle, quoique rare, doit être soupçconnée et doit tenir en éveil un clinicien prudent.
Mais l'affection qui peut prêter le plus à erreur est {a maladie khystique de la mamelle. Grâce aux bases sérieuses de diagnostic qu’en a données Reclus (1), on sera à même de trancher la question. On se souviendra qu'elle présente deux caractères bien nets : « D’abord les kystes, en nombre souvent considérable, occupent la glande tout entière. Or, . d'habitude, il n’en est pas ainsi, et les cavités se développent au milieu d’une tumeur, sarcome, épithélioma, carcinome, qui, quel qu’en soit le volume, n’atteint guère qu’une partie de la mamelle saine en d’autres points. Ici
(1) Reczus (P.), Clinique et critique chirurgicales, 1884, p. 543. DESGRANGES ë 7
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la glande est partout envahie, et de la périphérie au centre on trouve des kystes épars dans tous les lobes. Le second caractère n’est pas moins singulier: dans cette affection particulière les kystes sont bilatéraux. On sait pourtant combien sont exceptionnelles les néoplasies qui siègent à la fois dans les deux glandes ; nos livres les signalent comme des raretés pathologiques et il faudrait de longues recherches pour en trouver quinze exemples dans les recueils. Ici les deux mamelles sont atteintes, et simultanément ou consécutivement, les cavités apparaissent et se développent dans les deux seins. 2
Il nous resterait à différencier l’adéno-sarcome kystique de l’adéno-sarcome simple. Il suffit pour faire le diagnostic de se rappeler les bosselures nombreuses, fluctuantes, la rapidité d'évolution si spéciales au kyste symptomatique de sarcome de la mamelle.
Traitement.
Nous n'avons pas à nous arrêter sur le traitement de cette affection ; il est le même que celui du sarcome du sein en général.
Au début on pourra avoir recours à l'ablation de la tuimeur, Surtout s'il s’agit d’une femme jeune encore ; dans ce cas on pourra tenir compte du résultat esthétique d’une pareille opération comparée à l’ablation totale de la glande.
Mais s'il s’agit d’une tumeur volumineuse ou d'un noyau de récidive, on devra délaisser cette méthode parcimonieuse ; l'amputation du sein s’imposera alors dans la majorité des cas.
Il est un point encore à signaler ; il a trait à l'utilité et à l’action quasi-curative des opérations partielles successives lors de récidives. On ne saurait oublier que des malades ont subi jusqu’à quinze interventions et que seulement à ce prix on a pu leur donner une survie qui aboutit à peu près à un guérison définitive.
Nous ne pouvons pas passer sous silence les tentatives de sérothérapie qui ont été faites dans un cas de sarcome par MM. Richet et Héricourt (1).
Ils ont récemment communiqué l’observation suivante : « Des injections de sérum d'animaux (âne et chiens) ino-
(1) Ricuer ET HÉRICOURT, Traitement et guérison de deux cas de cancer par la sérothérapie. Académie des sciences, séance du 29 avril 1895.
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culées avec le suc d’un ostéro-sarcome de la jambe furent faites à une malade atteinte de fibro-sarcome récidivé.
« Au bout de quarante jours et après injection sous-cutanée de 120 centimètres cubes de ce sérum, la malade semblait guérie ».
Ces tentatives encore trop récentes montrent quelle est la voie à suivre désormais dans le traitement du sarcome et de nouveaux essais devront être tentés de ce côté.
OBSER VATIONS
Ops. L. — Cysto-sarcome du sein. Trécar. Gaz. des hôpit., 1872, t. XLV, p. 570.
Etat actuel. — La tumeur était un cysto-sarcome volumineux de la mamelle gauche. Les caractères du cysto-sarcome étaient bien accusés : tumeur très dure sur certains points, fluctuante sur d’autres ; malgré son grand volume, ne s’accompagnant pas d’engorgement ganglionnaire. La tumeur n’était pas ulcérée.
Opération. — Amputation du sein.
Examen de la tumeur. — En dessous de la tumeur principale, il s’en présentait d’autres, dont la surface était très régulière et qu’il était possible d’énucléer avec les doigts. C'était en apparence des adénomes vrais, dans lesquels le tissu glandulaire, avec ses lobes et ses lobules, semblait hypertrophié uniformément. Les lamelles de tissu cellulaire qui formaient des loges à ces tumeurs étaient parfaitement saines.
Ainsi tandis que la partie superficielle de la tumeur mammaire offrait bien tous les caractères du cysto-sarcome avec dilatations kystiques remplies de ce liquide brun-verdâtre que Virchow regarde comme une transformation du sang, les parties profondes, au contraire, étaient un type de ce que Velpeau a autrefois nommé tumeurs adénoïdes.
Cette combinaison n’est pas très rare. Virchow en fait mention ; et il explique par l’irritation sarcomateuse à la superficie et devenue purement hypertrophique en s’éloignant de son point de départ.
Oss. II (Résumée). — Tumeur du sein fibro-sarcome kyshique. Huserr, Bull. soc. anat., 1873, 5. s, t. VIII, p. 389.
Louise, âgée de 34 ans, est admise à l'hôpital Beaujon service de
M. Dolbeau, pour une tumeur du sein. Cette femme est mariée, mais n’a pas eu d'enfants. :
Début. — Le début de son affection remonte à 6 ans environ. Elle
découvrit par hasard à cette époque dans la partie supérieure et externe
de la mamelle gauche, une petite grosseur arrondie comme une glande, parfaitement immobile et tout à fait indolente. Cette production, d’abord stationnaire s’accrut ensuite peu à peu, jusqu’au point d’atteindre le volume d’une grosse pomme. Depuis lors, c’est-à-dire depuis deux ans, son développement fut beaucoup plus rapide surtout dans les deux mois qui précédèrent son entrée à l'hôpital. Le sein malade présente alors le volume d’une tête d'adulte, faisant une saillie considérable qui se rétrécit au point où elle repose sur la paroi thoracique. Cet étranglement peu prononcé forme une sorte de pédicule encore très large (33 cm.). Au moment des règles, la tumeur augmente sensiblement de douleur, puis devient douloureuse, le mamelon du côté malade laisse écouler un liquide jaune citrin, peu abondant (une à deux cuillerées à bouche).
Etat actuel. — On constate sur le sein gauche l'existence de deux ulcérations étendues, séparées l’une de l’autre par un pont de tissu resté sain. À travers ces perforations, font saillie des bourgeons grisâtres et sanieux, qui laissent suinter une sérosité roussâtre et fétide ; ces fongosités soulèvent les bords diminués de la peau qui n’a contracté aucune adhérence de telle sorte que le bout d'un stylet peut être promené librement. Le tégument externe est encore soulevé en plusieurs endroits différents par des bosselures arrondies ; à ce niveau existe une coloration bleuâtre de cette membrane qui a conservé cependant sa mobilité.
La tumeur, bien limitée, à contours nets et arrêtés, se déplace rapidement sur les parties profondes. Le mamelon n’est pas retracté. Il n'existe aucun engorgement ganglionnaire. Aspect cachectique et douleurs vives.
Quelques jours avant l’arrivée de cette femme à l'hôpital, une inflammation assez vive s'était développée au niveau des points ulcérés. Les phénomènes devinrent bientôt plus intenses encore ; la fièvre très vive, surtout le soir, l'apparition de quelques frissons déterminèrent une intervention immédiate.
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Opération. — L'ablation des parties malades fut facile, par simple décollement ; la malade ne perdit que peu de sang.
Examen. — Les parties enlevées atteignent le poids de 11 livres, et sont entourées d’une sorte de capsule constituée par un tissu cellulaire lâché, filamenteux. A la surface et plus particulièrement du côté de la peau, $e montrent des hosselures qui, incisées, donnent issue à un liquide filant, tandis que les parois de ces cavités se montrent hérissées de prolongements en forme de massue. Ces renflements pédiculés dont l’aspect rappelle assez bien les appendices épiploïques du gros intestin tranchent par leur teinte jaënâtre, par leur aspect muqueux, sur la couleur blanchâtre et sur l'apparence fibreuse du reste des tissus malades, différences qui s’accentuent bien davantage encore quand on pratique une coupe de la tumeur.
Examen histologique. — T1 montre que la masse de la tumeur est constituée par des travées fibreuses entremêlées de tissu sarcomateux, tandis qu’au niveau des franges jaunâtres se rencontre la structure du myxome. Ces végétations semblent avoir pris naissance dans l’intérieur des conduits galactophores considérablement dilatés.
Oss. IT (Résumée). — Tumeur kystique de la mamelle qauche. — Huserr, Bull. de la Soc. anat., 1873, 5e s., t. VIE, p. 690.
Marie L..., âgée de 45 ans, entre le 29 septembre dans le service de M. Dolbeau à l'hôpital Beaujon.
Antécédents. — Cette malade a été réglée à 16 ans, et elle l’a été régulièrement jusqu’à ce jour ; mariée à 28 ans, elle a eu X enfants, tous encore vivants ; elle n’a allaité que les deux derniers ; le-plus jeune a maintenant 10 ans.
Pendant son allaitement les deux mamelons ont été le siège d’excoriations ; et le sein gauche celui qui est aujourd’hui malade, atteignit alors des dimensions beaucoup plus considérables que l’autre, tout en étant indolore.
Il y a 18 mois, la malade découvrit par hasard à la partie inférieure de là mamelle gauche, une induration mobile complètement indolore ;
stationnaire pendant 14 mois, cette tumeur devenait plus sensible et