OBSERVATION VII
Sciatique droite. — Arthrites sèches des articulations scapulohumérales. — Rhumatisme chronique.
Salle Saint-Augustin, lit 48 bis, service de M. Bondet. (Observation recueillie par M. Collet, interne du service, 28 février 1894).
G..., J., soixante et un ans, apprêteur, né à Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie).
Un peu d’alcoolisme. Pas de syphilis. En 1874, a eu une blennorragie et plus tard un rétrécissement de l’urètre pour lequel il a été soigné à l’Antiquaille.
Il y à un an, douleurs dans les bras et les jambes, surtout dans la jambe droite ; de ce côté fourmillements.
28 février 1894, Symptômes actuels. — Les masses musculaires des épaules (surtout les muscles périarticulaires : deltoïde, sus et sous-épineux) présentent un degré notable d’atrophie. Il se produit, dans les deux articulations scapulo-humérales, des craquements très forts au moindre mouvement, ils sont très nettement perceptibles si on appuie la main sur le moignon de l'épaule ; ils sont plus marqués à gauche où l’atrophie est plus considérable.
Le malade indique avec la main le trajet du nerf sciatique comme siège maximum des douleurs qu’il éprouve dans les membres inférieurs. On provoque facilement la douleur par la manœuvre de Lasègue et celle de Bonnet. Le pli fessier est abaissé et la fesse aplatie.
Pas de signe de Romberg. Les réflexes sont conservés.
Rien au cœur, artères très athéromatenses. Urines de coloration normale, pas d’albumine.
RÉACTIONS ÉLEGTRIQUES
Contractilité faradique par M. Roque.
Côté malade Côté sain
À 13 centimètres, Rien. Rien.
A2 — Rien. Réagit très bien.
A 11 — Très légère con- Très vive contraction. traction.
À 10 1/2 — Très légère con- Contraction douloutraction. reuse,
A 10 — Contraction nette. —
OBsERVATION VIII Sciatique droite (récente).
Salle Saint-Augustin, lit n° 13, service de M. Bondet, mai 1895.
(Observation recueillie par M. Chatin, alors interne du service, complétée par nous le 22 mars 1894.)
R..., Casimir, quarante-trois ans, gardien de la paix.
Antécèdents héréditaires et personnels. — Père mort du cho- Iéra en 1884. Mère vivante et bien portante. Huit frères ou sœurs. Un mort d'une pneumonie à quinze ans. Une sœur morte en couches, une autre morte à quatre ans de convulsions.
Toujours excellente santé dans l'enfance. A l'âge de vingt-quatre ans, le malade, à la suite d’une frayeur dans un incendie et de chagrins, resta trois ans malade. Il avait du tremblement, de l’hypocondrie et des vomissements à la suite de ses repas. Il n’a jamais vomi le sang, il nie absolument tout excès alcoolique antérieur, il n'a jamais eu de crises nerveuses.
Le malade eut l’influenza pendant l’hiver 1891-1892, il toussa longtemps, à la suite de cette affection. C’est également depuis cette époque, c’est-à-dire depuis le mois de janvier 1892 qu'il souffre de douleurs dans la jambe droite. Depuis, ces douleurs ont toujours été en augmentant.
Malgré cela, le malade continuait son service de sergent de ville et ce n’est que depuis deux jours qu’il a dû s'arrêter complètement,
Symptômes actuels (mai 1892). — Actuellement, le malade indique de lui-même qu’il souffre dans la fesse droite, dans la partie postérieure de la cuisse et à la face externe de la jambe du même côté.
Il marche en boitant, le pied droit portant à plat et la jambe étant en rotation légère en dehors. Il s'incline assez sensiblement du côté malade avec un mouvement de salutation à chaque pas. Quand le malade se tient debout, on constate un très léger aplatissement de la fesse droite et un peu d’abaissement du pli fessier.
Le malade présente le signe de Lasègue d’une façon très nette.
La mensuration de la cuisse faite à 10 centimètres au-dessus, du bec supérieur de la rotule donne 43 centimètres pour la cuisse droite et 44 centimètres pour la gauche. Aux jambes, à 10 centimètres au-dessous de la rotule on trouve 33 centimètres pour les deux jambes,
On détermine par la pression de la douleur très nette au point
DO
d'émergence du sciatique ainsi que dans le creux poplité. Le malade se plaint également d’irradiations douloureuses dans la hanche droite. Il éprouve de temps en temps des fourmillements. On ne constate pas de modification de la sensibilité. Il n'existe pas de trouble trophique apparent.
Le malade n’a rien au cœur ni aux poumons.
Il n’a pas d'œdème des jambes.
L'état général est excellent.
Les urines sont normales,
5 mai. — Pulvérisation de chlorure de méthyle.
6 mai. — Recherches électriques.
Deux épingles sont enfoncées dans les muscles fessiers. Autre électrode à la région lombaire. À
À 10 1/2. Côté sain, contraction nette. Côté malade, rien.
En plaçant les deux électrodes directement sur la peau au niveau des muscles fessiers, on obtient à gauche une contraction à 5 1/2. Sur la fesse droite, on n'obtient de contraction qu’à 5.
En appliquant un électrode à la région lombaire et l’autre successivement sur les deux côtés, on constate une légère diminution de la sensibilité du côté malade.
7 mai. — Douche de vapeur.
12 mai. — Recherches électriques. Epingles dans les muscles fessiers.
Côté droit (malade) réagit à 10 très légèrement.
Côté gauche (sain) réagit à 12.
3 juin. — Pulvérisation de chlorure de méthyle.
25 juin. — Le malade quitte l’hôpital bien amélioré, il part pour Aix continuer son traitement.
Nous avons eu la bonne fortune de retrouver le malade qui a fait le sujet de l’observation qu'on vient de lire. Il était intéressant de savoir quel était l’état de la contractilité électrique à deux ans de distance des accidents aigus. Voici, le résultat de nos recherches sur ce point :
PO
Au sortir de l'hôpital, le 25 juin 1892, le malade pouvait marcher et seprendre la vie ordinaire. Son séjour à Aix améliora encore son état et les douleurs diminuèrent très vite de fréquence et d'intensité. Depuis, le malade n’est jamais resté plusieurs jours consécutifssans ressentir des élancements du côté malade, la douleur n’est plus violente ni continue, mais le malade assure que les changements de temps ont une influence très accentuée sur le retour d'élancements très désagréabies dont le siège est marqué par le trajet crural du sciatique. De ce côté la restitution ad integrum ne paraît donc pas être faite.
Symptômes actuels. — Une gêne fonctionnelle se traduisant par de la lassitude et d'autre part les phénomènes douloureux dont nous venons de parler engagent le malade à reprendre un traitement.
Nous avons fait les mensurations de la cuisse et de la jambe au même niveau que M. Chatin il y a deux ans. L’atrophie a complètement disparu.
Quant à l’état de la contractilité faradique, il ne s’est aucunement modifié ainsi que l'attestent les chifires suivants :
Côté malade (droit). Côté sain (gauche).
A 10 centimètres, Contraction légère. Contraction forte. A 1012 — Contraction très lé- Contraction forte. gère.
A 11 — Rien. Contraction légère.
À 12 — Rien. Contraction très légère.
Ainsi, après deux ans, la contractilité musculaire n’est pas redevenue normale et cela bien que l’atrophie ait complètement disparu. Gette observation nous a paru des plus intéressantes. (Les recherches électriques ont été faites avec le même appareil et dans les mêmes conditions à deux ans de distance).
CO