‹ Contribution à l'étude des sources d'Asconius: dans ses Relations des Débats JudiciairesChapitre 11 sur 18 · LA RELATION DU PROCÈS DE CORNELIUS · texte numérisé non relu

LA RELATION DU PROCÈS DE CORNELIUS

Tandis que, pour les affaires Scaurus et Milon, postérieures à l’institution des Acta, les informations relatives aux actes de la procédure sont précises et circonstanciées (dates exactes de la postulatio, du verdict, dénombrement des votes dans chaque section de juges, etc...), ici le scholiaste ne peut que mentionner l’année du procès et signaler que l’acquittement fut prononcé à une forte majorité. La relation du débat est d’ailleurs très brève et, comme la plupart de ses éléments sont de ceux que l’on rencontre à chaque pas dans les plaidoyers, elle n’offrirait qu’un intérêt médiocre pour l’histoire des institutions, s’il ne se trouvait qu'une information sur l’ordre du débat met en cause la question générale de l’organisation du procès républicain : d’après Asconius, la défense n’aurait eu lieu qu’après Pinterrogatoire des témoins. Or cette information est en contradiction avec les témoignages de Cicéron même. La question de savoir quelle est sur ce point la source du scholiaste est donc très importante et, en fait, c’est parce

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qu’elle n’a pas été élucidée, que l’ordre des différents actes du débat dans le procès républicain a été considéré Jusqu'ici comme variable.

Les documents originaux que le scholiaste pouvait consulter sont, avec le discours de l’accusation qu’il mentionne dans son argument et ceux de la défense, les commentartt defensionum et les Lettres de Cicéron. Or, le principal intérêt des commentarit causarum consistant en ceci, qu'il était possible d’y suivre la marche d’un procès, quand linterruption du débat avait permis à lPavocat de rédiger la suite de sa plaidoirie ou ses répliques, le scholiaste ne pouvait y trouver aucune indication de ce genre pour la Cornélienne, puisque, d’après Cicéron, la défense occupa quatre jours consécutifs. D’autre part on ne peut faire état d’une partie perdue de la correspondance de Cicéron parmi les sources possibles, pour la raison que Cicéron manque très rarement, lorsqu'il rend compte d’un procès, d'indiquer la somme des votes qui ont absous et condamné (1), et c’est là un renseignement que le scholiaste n'aurait certainement pas négligé. Il reste donc que l’information d’Asconius sur la marche du procès ne peut être fondée que sur les sources qu’il nomme, c’est-à-dire les discours de l’accusation et de la défense, ou une relation historique, hypothèse très vraisemblable, car le procès de Cornélius est l’un de ceux qui firent époque dans la carrière de Cicéron avocat. L’auteur du Dialogue des orateurs le cite parmi les procès célèbres (3), Cicéron, dans lOrator, en parle comme d’un de ses plus beaux succès (3). Cornélius Nepos fait allusion au débat, auquel il avait

A) Ad Aie AIG DEAN A8, Mad Ram ANRMEMEETd Quint. fratr., Il 46:45 35 111; 4/45 "etc..

(2) Dialogue des Orateurs, 39.

(3) Orator, 29, 103 ; 80, 108.

DANS SES RELATIONS JUDICIAIRES Vis.

assisté, dans un texte que nous a conservé Saint Jérôme (1). Enfin Valère-Maxime a retenu le procès de Cornélius, dans son chapitre des jugements mémorables, à titre d'exemple d’un procès où l’accusé fut absous, en dépit de l’importance des charges et du crédit des témoins (2).

La première hypothèse, celle de l’utilisation des discours, est la seule que nous puissions vérifier ; en effet ni la source de Valère--Maxime, ni Cornelius Nepos (3) n'apparaissent dans la relation du scholiaste. Par contre, bien qu’il ne

(1) Hieronym. contra Joannem Hierosolym., 12 : refert Cornelius Nepos se præsente iisdem pene verbis, quibus edita est, eam pro Cornelio seditioso tribuno defensionem peroratam. MicNE, Patrologie, 29, p. 365.

(2) VALÈRE-MaximE, VIII, 5, 4, ne donne pas le nom de Q. Catulus, le plus important des consulaires témoins au procès. Le fait que l’acquittement de Cornelius, obtenu contre les témoignages des chefs du sénat, est considéré comme scandaleux, désigne Tite-Live comme la source de Valère-Maxime.

(3) Ilest tout à fait invraisemblable qu’Asconius n’ait pas consulté la biographie de Cicéron par Cornelius Nepos ; d’autre part cette source était d’autant plus indiquée que le scholiaste ne disposait pas des Acta. Comment se fait-il que nous ne trouvions pas ici le témoignage d’un historien qui aurait assisté au procès et constaté que « la plaidoirie publiée reproduisait à peu près mot pour mot la plaidoirie réelle » ? Il s’agit d’un détail curieux et, dans son argument du pro Milone, Asconius n’a pas manqué de noter les différences du discours écrit et du discours parlé.

Je crois que le silence du scholiaste s’explique par la raison que donne Aulu-Gelle, XV, 28 ; Cornelius Nepos avait rajeuni de & années Cicéron défenseur de Roscius d’Amérie, « peut-être », dit Aulu-Gelle, « pour mieux faire ressortir le grand mérite de l’orateur ». Or Aulu-Gelle vient de citer Asconius, qui aurait relevé une erreur analogue dans Fenestella : « in qua re etiam Fenestellam errasse, Pedianus Asconius animadvertit, quod eum scripserit sexto et vicesimo aetatis anno pro Sexto Roscio dixisse, » Il est donc vraisemblable que la source d’Aulu-Gelle dans ce chapitre, consacré tout entier à la date du pro Sex. Roscio Amerino, n’est autre qu’ Asconius, et que l’accusation de partialité portée contre Cornelius Nepos a été formulée par le scholiaste.

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nous soit parvenu des deux pro Cornelio que des fragments, en sorte qu’on ne peut, pour établir les rapports de la plupart des renseignements du scholiaste avec ces discours, que conclure d’après les éléments d’information qui figurent généralement dans les plaidoyers, 1l est possible de reconstituer le contenu des Cornéliennes de façon suffisante pour qu’on puisse en déterminer le rôle dans sa relation. D’autre part il n’est pas douteux que, si l’utilisation des discours rend compte de l'information d’Asconius sur le plan du débat, il n’y a pas lieu d'envisager une autre source, étant évident que le scholiaste, très défiant à l'endroit des historiens, n’a pu hésiter entre eux et. des documents originaux.

FA *%X *% Texte de la relation du débat :

Sequente deinde anno L. Cotta L. Torquato coss., quo hæc oratio a Cicerone prætura nuper peracta dicta est, cum prima pars. Manilius, qui judicium per operarum duces turbaverat, deinde quod ex $. C. ambo consules aderant et præsidebant ei judicio, non respondisset absensque esset damnatus, recreavit se Cominius, ut imfamiam acceptæ pecuniæ tolleret, ac repetit Cornelium lege majestatis. Res acta est magna expectatione. Paucos autem e comitibus Cornelius perterritus Manilii exitu recenti in judicium adhibuit, ut ne clamor quidem ullus ab advocatis ejus oriretur.

Dixerunt in eum infesti testimonia principes civitatis, qui plurimum in senatu poterant : Q. Hortensius, Q. Catulus, Q. Metellus Pius, M. Lucullus, M’. Lepidus. Dixerunt. autem hoc: vidisse se cum Cornelius in tribunatu codicem pro Rostrisipse recitaret, quod ante Cornelium nemo fecisse existimaretur. Volebant videri se judicare eam

DANS SES RELATIONS JUDICIAIRES ve

rem magnopere ad erimenimminutæ majestatis tribuniciæ pertinere ; etenim prope tollebatur intercessio, si id tribunis permitteretur. Non poterat orator negare id factum esse : confugit is eo, ut diceret non ideo, quod lectus sit codex a tribuno, imminutam esse tribuniciam potestatem. Qua vero arte et scientia orationis, ita ut et dignitatem clarissimorum civium contra quos dicebat non violaret, et tamen auctoritate eorum laedi reum non pateretur, quantaque moderatione rem tam difficilem aliis tractaverit, lectio ipsa declarabit, Adjumentum autem habuit quod, sicut diximus, Cornelius præter destrictum propositum animi adversus principum voluntatem cetera vita nihil fecerat quod magnopere improbaretur ; præterea quod et ipse Globulus qui intercesserat aderat Cornelio, et (quod ipsum quoque diximus) quod Cornelius Pompeii Magni quæstor fuerat, apud duas partes reo prodérat equitum R. et tribunorum ærariorum et ex tertia quoque parte senatorum apud plerosque exceptis ïis qui erant familiares principum civitatis. Res acta est magno conventu magnaque expectatione quis eventus judici futurus esset, quoniam et à summis viris dici testimonia et id quod ei dicerent confiteri reum animadvertebant. Extat oratio Cominti aceusatoris, quam sumere in manus est aliquod operæ pretium, non solum propter Ciceronis orationes quas pro Cornelio habemus, sed etiam propter semet ipsam. Cicero, (ut) ipse significat, quadriduo Cornelium defendit ; quas actiones contulisse eum in duas orationes apparet. Judicium id exercuit Q. Gallius prætor…..

Magno sententiarum numero Cornelius absolutus est.

Etablissons d’abord la place de l’interrogatoire des témoins, par rapport à la première Cornélienne.

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Escher (1) avait relevé toutes les anomalies que présentent les discours judiciaires, en ce qui concerne l’ordre, attesté par Cicéron (2), des deux actes essentiels du débat : 19 discours 20 interrogatoire des témoins. Il avait montré que, s’il est question de témoignages déjà recueillis dans les plaidoyers prononcés en causes de repetundæ, la raison en est que ces affaires comportaient deux actiones, c’està-dire deux séries de débats complets, en sorte que l'avocat pouvait faire état, au cours de la seconde actio, des témoignages recueillis pendant la première. Dans tous les plaidoyers relatifs à d’autres causes criminelles, Escher ne signalait que trois exceptions à la règle : l’une dans le pro Cluentio (j'ai montré ailleurs qu'il s’agit d’un témoignage écrit), la seconde dans le pro Caelio (3) (il s’agit

(1) J. H. A. Escner. De testium ratione quæ Romæ Ciceronis ætate obtinuit, Turici, 1842. É

(2) Cf. notamment pro Flacco, 10, 21 : Ubx est igitur illa exspectatio, quæ versari in judiciis solet ? Nam antea, cum dixerat accusator acriter et vehementer, cumque defensor suppliciter demisseque responderat, tertius ile erat exspectatus locus testium ; in Verr., I, 18, 55 ; II, I, 10, 27 : Dissimulamus, Hortensi, quod sæpe experti in dicendo sumus. Quis nos magnopere attendit unquam in hoc quidem genere causarum, ubi aliquid ereptum aut ablatum a quopiam dicitur ? nonne aut in tabulis aut in testibus omnis expectatio judicum est ? cf. Escher, p. 123 sqq.

(3) Pro Cluentio, 60, 168 ; pro Cælio, 22, 55. Pour expliquer ces anomalies, Escher supposait que les affaires Cluentius et Caelius auraient donné lieu à ampliatio. Il serait trop long ici de montrer que la loi Aurelia avait institué la procédure de Pactio unique, dans le procès criminel, exception faite des affaires de repetundæ pour lesquelles subsista la procédure de la comperendinatio obligatoire, instituée par la loi Seroilia. En ce qui concerne les affaires Cluentius et Caelius, il suffira de se reporter aux plaidoyers pour se rendre compte que l’avocat envisageait l’interrogatoire comme à venir : pro Cluentio, 6,18 ; præsto est mulier audax, pecuniosa,.. instruit testes ; 99, 161, 162, 163 ; 68, 194 : quos appellarit (mulier), quibus pecuniam promiserit, quorum fidem pretio labefactare conata sit, tenemus ; pro Cælio\8, 19,20, 21 ; 9, 22 : hoc ex genere (testium) si qui

d’un témoignage recueilli au cours d’un procès antérieur), la troisième dans le pro Cornelio. Ici, il ne s’agit pas seulement d’un témoignage isolé, comme c’est le cas pour le pro Cluentio et le pro Caelio, mais d’un interrogatoire d’ensemble ; or la seule raison qu’allègue Escher pour établir que cette fois, par exception, l’interrogatoire aurait précédé la plaidoirie, c’est qu’on ne voit pas comment on aurait pu interroger les témoins sur un grief qui avait déjà fait l’objet d’un aveu de la défense ; en effet, dans la première Cornélienne, Cicéron a déjà reconnu que son client avait donné lecture de son projet de loi, malgré l’intervention de Globulus, et c’est sur ce point que portaient les dépositions des consulaires. Mais ni Escher ni Zumpt qui l’a suivi dans son Criminalprozess (1) ne se sont rendu compte que l’avocat fut assez ingénieux pour devancer l'attaque des témoins ; en reconnaissant — avec une restriction qui réserve la question de droit — la matérialité

se in hoc judicium forte projecerint, excludidote eorum cupiditatem ; 11, 25 ; 28, 66 : testes non modo sine ullo timore, sed etiam cum aliqua spe delectationis exspecto, etc. Il s’ensuit que les témoignages auxquels Cicéron se réfère dans ces discours ne peuvent être que des témoignages écritset, soit recueillis au cours d’une affaire antérieure, soit remis volontairement à la défense, On sait que les témoignages per tabellas sont tous volontaires et que les deux parties s’en servent également,cf. QUINTILIEN, V, 7, 9 ; établis sous la garantie de signataires qui en attestent l’authenticité, ces témoignages peuvent être utilisés à n’importe quel moment du débat, puisqu'il n’est pas nécessaire d’attendre une prestation de serment qui n’a pas lieu. Il en va autrement du témoignage de Lucceius dans le pro Cælio, car Lucceius a prêté serment, mais le contexte : ipsius jurati religionem auctoritatemque percipite atque omnia diligenter testimonii verba cognoscite, établit qu’il s’agit d’un témoignage recueilli au cours d’une affaire antérieure, vraisemblablement celle dont il est question pro Cælio, 10, 24.

(1) À. W. Zumpt, Der Criminalprozess der Rômischen Republik, Leipzig, 1871, p. 229.

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du principal grief, Cicéron annihila les dépositions qui eussent été accablantes s’il avait nié. Cette manœuvre n'avait pas échappé à Quintilien qui observe (1) : restes in Cornelium accusator lecti a tribuno codicis pollicetur ; facit hoc Cicero supervacuum, quod ipse fateatur. Manifestement l’aveu de Cicéron est une parade, non pas aux dépositions des témoins, mais à la menace de l’accusateur. Un fragment de la seconde Cornélienne (2), où Cicéron raille l’'adversaire dont il a déjoué le piège, confirme les dires de Quintilien : incisim et membratim tractata oratio in veris causis plurimum valet, maximeque eis locis, cum aut arguas aut, refellas,ut nostra in Corneliana secunda : « o callidos homines o rem excogitatam, o ingenia metuenda ! ». Membratim adhuc, deinde cæsim : « ditimus », rursus membratim : « testes dare volumus ». Extrema sequitur comprehensio, sed ex duobus membris quæ non potest esse brevior : « quem, quæso, nostrum fefellit ia vos esse facturos ? » Pourquoi cette observation ironique dans la deuxième Cornélienne-si les témoins avaient déjà parlé avant que Cicéron prononçât la première ?

Il n’y aurait donc lieu d'admettre ici une dérogation à l’ordre normal, d’après lequel la plaidoirie précède l’interrogatoire, que s1 la seconde Cornélienne représentait une partie d’une plaidoirie unique, et nous aurons à revenir sur ce point. Mais, en ce qui concerne la première Cornélienne, si l’avocat dit dans ce discours (3) : neque enim majus est legere codicem, cum intercedatur, quam sitellam ipsum de 1pso intercessore deferre..., il ne s’ensuit pas que les témoins aient déjà parlé, mais seulement que Cicéron a déjà reconnu la matérialité de la charge principale, afin

(1):.Znstit. Orat, NUS A8.

(2) Orator, 67, 295.

(3) St, p. 57/3.

de pouvoir, dès la plaidoirie, invoquer des précédents et surtout insinuer son interprétation du geste de Cornelius : defendebat (Cornelius), testibus conlegis suis, se non recitandi causa legisse, sed recognoscendi (1). Cet argument qui, d’après Cicéron lui-même, constituait la base de la défense, repose sur une distinction entre recitare, qui est un acte officiel, Ia lecture publique du texte de la loi, et recognoscere qui est contrôler, vérifier l’exactitude d’un document. Cicéron soutenait donc que son client n'avait pas eu l'intention de se substituer au héraut, seul qualifié pour faire la lecture officielle préliminaire au vote, mais avait voulu simplement donner connaissance au peuple du texte de la loi. Or cette thèse, non seulement n’implique pas que la défense ait avoué le crime reproché à Cornélius, d’où Escher concluait que nécessairement les témoins avaient été entendus avant la plaidoirie, mais elle suppose que l’interrogatoire ne devait avoir lieu qu'après la plaidoirie, car celle-ci serait insoutenable, si déjà les témoins avaient épuisé la question de savoir s’il y avait eu recitatio ou recognitio, et le témoignage de Quintilien ne laisse aucun doute ni sur l’état de la cause ni sur la manœuvre de l’avocat.

Notre démonstration suppose que la plaidoïrie tient tout entière dans {a première Cornélienne, puisque, d’après le texte de la seconde que nous avons cité, il est clair que les témoins avaient déjà été entendus, au moins en partie, au moment où Cicéron prononçait ce deuxième discours ; nous allons voir qu’en effet la deuxième Cornélienne n’a rien à voir avec la plaidoirie proprement dite.

(1) In Vatin. test., 2, 5.

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Et d’abord il convient d’observer que Cicéron — exception unique dans la collection de ses plaidoyers — a publié deux discours pro Cornelio, alors que même les procès de Fonteius, de Flaccus, de Scaurus qui donnèrent lieu à deux séries de débats sont représentés par un seul plaidoyer.

Remarquons cependant que nous possédons deux discours prononcés dans la défense de Sestius ; il est vrai que le second de ces discours est intitulé 12 Vatinium testem interrogatio, mais n’y a-t-il pas là une indication ? De plus, dans le texte de l’Orator que nous avons cité, Cicéron dit que La seconde Cornélienne est une réfutation, et il ressort d’une remarque d’Asconius qu’il s’agit d’une réfutation de certains témoins : quinque enim consulares. ut jam diximus, in Cornelium testimonium dixerunt : Q. Catulus, Q. Hortensius, Q. Metellus Pius, pont. max., quos hac secunda oratione tractat, et duo qui nondum dixerant, quos nunc significat, Lucullus et Lepidus (1).

Beck, qui, dans son étude du pro Cornelio, a négligé de rien dire du plan des débats, sans doute parce que Zumpt ne s'était pas prononcé, s’en tient à ce que lui paraît dire Asconius : Cicero…. quadriduo Cornelium defendit, quas acliones contulisse eum in duas orationes apparet, et s’ingénie à discerner dans /a seconde Cornélienne la seconde moitié d’une plaidoirie de quatre journées (2).

Mais d’abord le texte que Beck invoque n’est pas celui du scholiaste, bien qu'il soit celui des éditeurs depuis le xvi® siècle. En effet les manuscrits donnent : Cicero, ipse significat, quadriduo Cornelium defendit, duas actiones contulisse cum in duas orationes appareat. Ce que dit Asco-

(1) St, p. 62/5.

(2) R. G. Brok. Quæstionum in Cic. pro C. Cornelio orationes capita quattuor. Diss., Leipzig, 1877.

aius est clair : « Cicéron, c’est lui-même qui le fait remarquer, plaida pour Cornelius quatre jours consécutifs, bien que nos deux discours paraissent représenter deux plaidoiries distinctes », et l’on voit l’intérêt de cette observation pour l'explication des plaidoyers pro Cornelio.

Cependant si Asconius ne dit pas, comme l’a cru Beck, que les matériaux de la plaidoirie devaient être également répartis dans les deux Cornéliennes, il n’en reste pas moins que nous avons affaire à deux discours prononcés dans un même débat.

On sait que les commentaires explicatifs d’Asconius sont accompagnés de renvois destinés à faciliter au lecteur des discours la recherche des passages interprétés. Les commentaires du in Pisonem, du pro Scauro, du pro Milone, des deux pro Cornelio en sont pourvus, mais non celui de l’oratio in toga candida, et il s’en trouve un seul dans celui du pro Cornelio IL.

Beck suppose que beaucoup ont disparu par suite de la négligence des copistes. Or, ainsi que l’a remarqué Koetschau (1), il est évident que si l’oratio in toga candida ne présente pas de renvois, c’est que ce discours n’était pas long, et que la trentaine de fragments que nous en a conservés le scholiaste se suivaient de près, en sorte qu’il n’y avait pas lieu d'inviter le lecteur à tourner un feuillet. De même, si, dans la seconde Cornélienne, nous ne trouvons qu’un renvoi, sequitur, c’est que ce discours était bref; les 3 premiers fragments, de même que les 2 derniers se suivaient de très près, les deux groupes étant séparés par un léger intervalle marqué par sequitur. Remarquons aussi que le nombre total des fragments qui nous sont parvenus d’autres sources est beaucoup plus considérable pour {a

(1) P. Kætschau. De Ciceronis oratione in toga candida, Leipzig, 1880, p. 10.

Humbert. 6

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première Cornélienne que pour la deuxième. D'autre part rien n'indique une lacune. Madvig qui, comme Beck, voyait dans la deuxième Cornélienne l'équivalent de la première, c’est-à-dire la moitié d’une plaidoirie de 4 jours, supposait que quelques feuillets du manuscrit avaient disparu, mais la raison qu'il allègue (1), à savoir que le début du commentaire de la deuxième Cornélienne est trop brusque, et le commentaire lui-même trop court, n’a aucune valeur ; en effet le commentaire ne serait bref que s’il s'agissait d’un plaidoyer comme {a première Cornélienne, et le début en indique le sujet : (festes) quos hac secunda oratione tractat. D'ailleurs la douzaine de fragments qui nous ont été conservés par différents auteurs, en outre des 5 du commentaire, prennent tous place, sauf un, dans la disposition de Beck, après ceux du commentaire, en sorte que ce n’est pas au début de celui-ci, mais à la fin, qu'il faudrait placer une lacune.

Cependant Beck a reconstitué une deuxième Cornélienne en trois points, auxquels il rapporte 14 des 18 fragments conservés, ceux du commentaire d'Asconius appartenant tous au premier point : «1l se trouve, dit-il, que ces fragments appartiennent tous à un même développement, relatif aux témoins, en sorte qu'on ne saurait établir la disposition de {a seconde Cornélienne, ainsi que j'ai pu le faire pour la première, d’après les indications d’Asconius. Cependant, ajoute Beck, les fragments qui subsistent autorisent à conclure que ce discours développait trois thèmes (2) ». Le premier serait la réfutation des témoins consulaires — Beck groupe 7 fragments dont ceux que

(1) N. Madwvig, De Q. Asconii Pediant et aliorum interpretum in Ciceronis oraliones commentartiis disputalio critica, Hauniæ, 1828, p. 33.

(2}*Beck; p. 54.

nous à conservés Asconius. — Mais le second, qui aurait trait à la personne de l'avocat, compte seulement 2 fragments, que rien ne désigne ni pour la place que Beck leur attribue, ni comme représentants d’un long développement disparu. Il en est de même du troisième point, une péroraison, qui serait représentée par 5 fragments, tous très courts. Enfin Beck qui ne peut contester que l’argumentation de la défense (1) ne soit épuisée dans la seule première Cornélienne, résume ses observations sur le prétendu second plaidoyer — où il est vraiment surprenant que deux parties sur trois n’aient pas mérité une remarque du scholiaste — par la caractéristique suivante : « (2) Il est clair que le système de défense adopté par Cicéron dans la première Cornélienne est différent de celui qu’il a pratiqué dans la seconde. En effet le premier discours a épuisé la cause en ce qui concerne les griefs de l’accusation. Tout autre est le sujet de la seconde Cornélienne. 11 n’est pas question dans ce qui nous en reste de l’accusation de lèse-majesté et l’on n’y trouve pas d'arguments nouveaux ; en revanche l'avocat stigmatise l’orgueil des nobles et couvre d’éloges le peuple et les tribuns, ainsi qu'il avait fait déjà dans la pérorason du premier discours.

(1) Il suffit, pour établir ce point, de confronter avec le premier discours la définition de la causa qui précède l’enarratio, dans le commentaire d’Asconius, et d’ailleurs n’appartient pas au texte du scholiaste, St. p. 50/14 : (In hac causa tres sunt quæstiones : prima, cum sit Cornelius reus majestatis legis Corneliæ, utrum certae aliquæ res sint ea lege comprehensæ quibus solis reus majestatis teneatur, quod patronus defendit, an libera ejus interpretatio judici relicta sit, quod accusator proponit. Secunda est, an quod Cornelius fecit, nomine mayestatis teneatur. Tertia, an minuendæ majestatis animum habwerit). En effet le plan d’ensemble de la causa coïncide avec celui de la ‘première Cornélienne; cf. notamment les passages suivants de l’enarratio : 45t., p. 51/7 ; 56/46 ;: 58/28.

\ (2) Beck, op. L., p. 58.

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Ainsi la seconde Cornélienne est consacrée moins à la défense de Cornélius qu’à la défense de son parti. On voit done que ce discours est analogue au pro Sestio, où Cicéron, parlant après la plaidoirie d’Hortensius, loue le caractère de l’accusé et son dévouement au bien public ».

On sent que Beck est embarrassé pour classer ce deuxième discours dans la collection cicéronienne. Il ne lui voit d’analogue que le pro Sestio, où Cicéron, assure-t-1l, aurait parlé après qu’il n’y avait plus rien à dire, du moins sur le procès même ; sur ce point il suffira de renvoyer le lecteur au scholiaste de Bobio (1) qui déjà protestait contre cette opinion. Je demanderai seulement de quelle singulière théorie du procès romain s'inspire cette conception de la plaidoirie qui, au beau milieu de l’interrogatoire des témoins, voit un grand discours où l’avocat traite de politique générale et perd de vue son client. D'ailleurs comment Beck peut-il négliger le témoignage d’Asconius disant expressément que le second pro Cornelio est consacré à la réfutation de trois consulaires ? Pourquoi enfin Cicéron aurait-il publié deux plaidoyers, tandis que Cominius ne donnait qu’un seul discours ? (2)

Qu'est-ce donc que cette Corneliana secunda, qui serait uniqueen songenre dans la collection oratoire cicéronienne, où même les plaidoiries de deux actions sont représentées par un seul plaidoyer ? Consacrée à la réfutation de certains témoins, elle n’a d’analogue dans ce qui nous reste de Cicéron avocat, que l’in Vatinium, mais il se peut que Quintilien ait connu d’autres discours semblables, car il

(1) St, p. 125/24 : Hanc igitur eandem causam plurimi defenderunt… partibus inter se distributis… Itaque Tullius ea peroravit quæ Sibi fuerant explicanda nec, ut plerique arbitrati sunt, extra causam vagalus est.

(2) St, p. 50/9 : extat oratio Cominit accusatoris, quam sumere in manus est aliquod operæ pretium.

dit (1) : interim adversus singulos derigitur actio, quod insectationis genus et permixtum defensiont invenimus in orationtbus plurimis et separatim editum, sicut in Vatinium testem. C’est une adaptation littéraire de l’interrogatoire de trois témoins de marque. J’ai montré ailleurs que Cicéron questionnant Vatinius n’eut point affaire à un témoin muet, et le ton, la marche du discours écrit supposent un dialogue (2) où il n’eut pas toujours le beau rôle. De même que l’in Clodium et Curionem, l'in Vatinium et la Corneliana secunda appartiennent à la catégorie des discours écrits dont le représentant réel fut une altercation (3) ; non enim rei postulantur a Tullio vel C. Curio vel P. Clodius, sed quorniam habuerant in senatu quandam jurgiosam decertationem, visum Ciceroni est hanc ;orationem conscribere, observe le scholiaste de Bobio dans son argument de l’in Clodium et Curionem. L’altercation d’ailleurs prête à de véritablés tirades, et ce fut sans doute le cas dans l’interrogatoire des Hortensius, des Catulus, des Metellus Pius, de même que dans celui du procès de Norbanus : neque haec solum in defensione, sed etiam in Scauro ceterisque meis testibus quorum testimonia non refellendo, sed ad eumdem impetum populi confugiendorrefutasti (4) ; ainsi Sulpicius caractérise, dans le de Oratore, l'interrogatoire de ses témoins par Antoine. On remarquera que l’état de la cause

M}'PnstutsOrat) N;,7, 6:

(2) In Vatin. test., 4, 10 : Cum mihi hoc responderis aut ita impudenter…,tum memoriter respondeto ad ea, quæ de te ipso rogaro.

(3) On sait que cette altercation nous est connue par une lettre à Atticus, 1,16, qu’il est intéressant de confronter avec les fragments de l’in Clodium et Curionem. Le scholiaste de Bobio attribue la même origine au de ære alieno Milonis, 5t., 169/29, et il ne paraît pas douteux que ce ne soit aussi le cas pour la Pisonienne. De même le célèbre discours de Crassus contre Cn. Domitius représentait une altercation, cf. Brutus, 44, 164.

(4) De Oratore, IT, 50, 203. ;

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et la thèse de la défense sont les mêmes dans l’affaire Cornelius que dans l’affaire Norbanus : jam quid vocetur quærttur, cum quo verbo quid appellandum sit contenditur ; ut mihi ipsi cum hoc Sulpicio fuit in Norbant causa summa contentio. Pleraque enim de iis quæ ab isto objiciebantur cum confiterer, tamen ab illo majestatem minutam negabam ; ex quo verbo lege Appuleia tota illa causa pendebat, dit Antoine (1). Or il ressort des paroles de Sulpicius citées plus haut que c'est seulement après la plaidoirie qu’eut lieu linterrogatoire des témoins, et qu’alors Antoine prononça un véritable discours. On voit quelle est l’origine de la seconde Cornélienne. Sans doute il subsiste trop peu de chose du pro Cornelio II pour qu’il soit possible d'y discerner l’altercation ; cependant il est permis de remarquer que le ton en est celui de l'interrogation et que le dernier fragment conservé par Asconius suppose un dialogue (2).

La seconde Cornélienne n’a donc rien à voir avec la plaidoirie proprement dite qui est en entier dans la première.

Le commentaire de ce discours présente, à la page 53 de l’édition Stangl, l'indication suivante : ver. cir. © X, et c’est seulement trois pages plus loin que nous atteignons le milieu du plaidoyer : circa medium.

Les dimensions de la première Cornélienne étaient donc considérables. A la fin de ce discours, l’avocat rappelait, comme dans le pro Fonteio et le pro Cluentio, qu'il avait plaidé très longuement : « idem pro Cluentio ait, se totam causam vetere instituto solum perorasse, et pro Cornelia

(1) De Oratore, II, 25,107.

(2) 4, p. 63/1 : Hæc est controversia ejusmodi, ut mihi pro betur tr. pl. Cn. Domitius, Catulo M. Terpolius.

quadriduo egisse : ne dubitare possimus, quæ per plures dies, ut necesse erat, latius dixerit, postea recisa ac repurgata, in unum. librum, grandem quidem, unum tamen, coartasse (1) ». Le sens de Ziber ne peut faire doute ; ce terme ne désigne pas le groupe des deux Cornéliennes, mais seulement le premier de ces discours. On sait que chaque discours d’une collection est un liber et ici l’insistance avec laquelle Pline oppose à la plaidoirie de 4 jours le plaidoyer unique exclut toute équivoque (2). D'autre part comment Cicéron auraitil pu remarquer, comme singulier, qu'il avait défendu Cornelius pendant 4 jours consécutifs, s’il entendait que cette défense embrassait plaidoirie et interrogatoire, alors que le scholiaste dit du procès de Milon, où Cicéron parla dans les conditions que suppose cette interprétation (4 jours, 3 pour l’interrogatoire, 1 pour les discours), que cette affaire fut débattue suivant une procédure exceptionnellement rapide (3). De plus, si le guatriduo egt s'était trouvé dans la seconde Cornélienne, on ne comprendrait pas que Cicéron ait pu évaluer la durée de sa défense, alors que celle-ci n’était pas achevée, car, au moment où il est censé prononcer ce discours, il reste encore à entendre deux témoins consulaires et un certain nombre de subalternes du parti des optimates (4). Il peut paraître étrange que Cicéron ait développé sa plaidoirie en 4 jours, mais, dans notre étude des Plaidoyers écrits et plaidotries réelles, nous avons montré que l’on s’est, Jusqu'ici, mépris singulièrement sur la durée de la plaidoirie républicaine. Il suffira

(1) Pre le J., Lettres, I, 20, 8.

(2) Pline est le seul auteur qui ait posé avec netteté la question, des rapports des plaidoyers écrits et des plaidoiries réelles de Cicéron. On voit qu’il avait reconnu l’origine de la seconde Cornélienne, c’est-à-dire l’altercation,

{#) Pro Cornelio, II, fr. 3; St, p. 62/2, x

88 LES SOURCES D’ASCONIUS

de rappeler que l'erreur initiale de Zumpt, dans son Criminalprozess, est d’avoir rapporté à l’ensemble de l'accusation les six heures que la loi attribuait à un simple subscriptor (1).

Ainsi les débats se sont déroulés suivant le plan normal du procès républicain à l’intérieur de l’actio : 19 réquisitoire, 20 plaidoirie, 30 locus testium.

De mêmre le type des discours publiés est normal : le: premier représente la plaidoirie, toujours contenue dans un seul discours écrit, même lorsqu'il y a eu deux séries. de débats, le second est une adaptation littéraire de l’interrogatoire de certains témoins.

Il semble donc, Asconius attribuant au débat un ordre différent, qu'il ait suivi une source autre que les discours.

Mais il faut tenir compte de ce fait qu'Asconius a pu être dupe des remaniements de la rédaction.

Or il est manifeste que le scholiaste n’a pas reconnu l’origine de la seconde Cornélienne et cette méprise devait le conduire à ‘situer linterrogatoire avant la plaidoirie. Un passage de Quintilien montre clairement le principe de: son erreur.

Quintilien voyait dans l’in Vatinium une partie de la défense qui aurait ‘pu être incorporée au plaidoyer pro: Sestio : interim adversus singulos derigitur actio, quod insectationis genus et permixtum defensioni invenimus in orationibus plurimis et separatim editum, sicut in Vatinium

(1) Pro Flacco, 33,81 : Non est, mihi crede, corruptus (Decianus subscriptor). Quid enim fuit, quod ab eo redimeretur ? ut duceret judicium ? Cui sex horas omnino lex dedit, quantum tandem ex his horis detraheret, si tibi morem gerere voluisset ? Cf. Zumpr, Criminalprozess.…., p. 237.

tesiem (1). Le remaniement, qui d’un dialogue à fait un discours continu, de l’altercation une ‘invective, ne suffit pas à rendre compte de cette méprise, manifeste dans Pin Vatinium, car visiblement dans ce discours Vatinius est représenté comme subissant l’interrogatoire (2), tandis que, dans le pro Sestio où il est également pris à partie, son interrogatoire, ainsi que celui de tous les autres témoins, est considéré comme à venir (3). Quintilien observe que la critique des témoins déjà entendus figure dans un grand nombre de plaidoyers, et qu’on la trouve aussi publiée à part, mais il ne dit pas et n’a sans doute pas compris pourquoi ce thème est tantôt combiné avec la plaidoirie, tantôt publié isolément. Tousles discours, sansexception, relatifs à des causes qui furent débattues sous le régime de l’ampliatio, c'est-à-dire de la reprise facultative du débat, et de la comperendinatio qui en est le renouvellement obligatoire, développent ce thème, ce qui est naturel, puisque, dans le plaidoyer publié, est représentée la plaidoirie du second débat où intervient l’interrogatoire du premier ; par contre dans tous les plaidoyers relatifs à des causes criminelles postérieures à la loi Aurelia qui supprima l’ampliatio, si l’on excepte celles de repetundæ pour lesquelles fut maintenue la procédure de la comperendinatio, instituée spécia-

(1) Instit. Orat., NV, 7, 6.

(2) In Vatin. test., 1, 1 : Si, tua tantum modo, Vatini, quid indignitas postularet, spectare voluissem, fecissem id, quod his vehementer placebat, ut te, cujus tlestimonium propter . turpitudinem oitæ sordesque domesticas nullius momenti putaretur, tacitus dimitterem.

(3) Pro Sestio, 6, 14 ; 63, 132 ; in Vatin. test., 1, 2 : etenim debuisti, Vatini, etiamsi falso venisses in suspicionem P. Sestio, tamen mihi ignoscere, si in tanto hominis de me optime meriti periculo et temport ejus et voluntati parere voluissem. Cicéron reconnaît qu’il a provoqué Vatinius, dans sa plaidoirie ; cf. pro Sestio, 63-66, 132-136.

90 LES SOURCES D'ASCONIUS

lement pour cette catégorie d’affaires par la lex Servilia repetundarum, jamais il n’est question d’une critique de témoins déjà entendus, toujours la critique des témoins envisage un interrogatoire à venir : c'est que le plaidoyer représente une seule plaidoirie, antérieure à cet interrogatoire. Si les deux seules défenses pour lesquelles nous possédons deux discours, celle de Cornelius, celle de Sestius, sont postérieures à la loi Aurelia, cela tient précisément à cette circonstance que Cicéron ne pouvait incorporer au plaidoyer publié ce qu’il avait dit au cours de l’interrogatoire ; s’il voulait attester devant la postérité le souvenir d’un engagement brillant avec des témoins de marque, il devait y consacrer un discours à part. Ni Quintilien mi Asconius ne s'étaient rendu compte de cette particularité et, sans distinguer entre les procès à une actio, où la critique des témoins déjà entendus est exclue de la plaidoirie, et le procès à deux actiones ou plus, où elle en fait naturellement partie, ils ont rapporté ce thème uniformément à la plaidoirie proprement dite.

Que le schohaste ait envisagé dans la deuxième Cornélienne une partie de la plaidoirie, ce point ressort de son commentaire du lemme par lequel débute l’enarratio de ce discours (1). Cicéron dit : num in eo qui sint hi testes hæsiatis ? Ego vobis edam. Duo reliqui sunt de consularibus, inimici tribuniciæ potestatis. Pauci præterea adsentatores eorum atque adseculæ subsequuntur. Sur quoi le scholiaste observe : M. Lucullum et M°. Lepidum significat. Quinque enim consulares, ut jam diximus, in Cornelium testimonium dixerunt : Q. Catulus, Q. Hortensius, Q. Metellus Pius pont. maAX., quos hac secunda oratione tractat, et duo qui nondum dixerant, quos nunc significat, Lucullus et Lepidus.

Le terme dont se sert Asconius, tractat, ne permet pas

(1) St, p. 62/2.

DANS SES RELATIONS JUDICIAIRES g4

le doute : le scholiaste ne voit pas dans la seconde Cornélienne une interrogatio, mais une actio. D'autre part il sait, par l’allusion de Cicéron à la durée de sa plaidoirie qui figurait dans la première Cornélienne, que celle-ci a occupé quatre audiences consécutives : Cicero, (ut) ipse significat, quadriduo Cornelium defendit. Remarquons que, sur ce point, il n’a pas d’autre source que Cicéron même, car, lorsqu'une allusion de son auteur le renseigne sur un fait qu’il connaissait déjà, 1} dit : wi ipse quoque significat (1). Or, comme il considère /a deuxième Cornélienne comme une partie détachée d’une plaidoirie unique, 1l devait nécessarement conclure qu’un interrogatoire, au moins partiel, avait précédé Ia plaidoirie et contraint l’orateur au système de défense pour lequel celui-ci avait en fait librement opté. j

Enfin, s’il n’est pas possible d'établir les rapports de tous les éléments de la relation avec les discours, dont nous ne possédons qu’une très faible partie, il est visible qu’il n’est aucun de ces éléments (2) dont lon ne rencontre couramment l’analogue (3) dans les plaidoyers. En ce qui

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