‹ Contribution à l'étude des sources d'Asconius: dans ses Relations des Débats JudiciairesChapitre 15 sur 18 · QUINTILIEN, VI · texte numérisé non relu

QUINTILIEN, VI

(2) Il est évident que tout le récit de la scène du meurtre est fondé sur ce procès-verbal, Cf. :5%., p. 31.

des gens de Bovillæ, les seuls des témoins qui n'aient pas été suspects à quelque titre et dont les dires établissaient précisément le grief qui entraina la condamnation (1).

La Contio de T. Munatius et les mesures d'ordre du 8 avril St., 36/26 à 36/32

On ne peut douter que l'information relative à la contio du tribun T. Munatius ne dérive des acta, puisque le scho- Laste se réfère à cette source et en cite des extraits pour d’autres contiones.

Le début de la relation du summus judicui dies reproduit l'information pour laquelle, dans sa notice préliminaire, Asconius invoque trois sources : quod judicium cum ageretur, exercitum in foro et in omnibus templis quae circa forum sunt collocatum a Cn. Pompeio fuisse non tantum ex hac oratione et Annalibus, sed etiam ex libro apparet qui Ciceronis nomine inscribitur de optimo genere oratorum.

La mention de ces trois sources exclut-elle les Acta, ainsi que l’a pensé Lichtenfeldt (2) ? Cet érudit estime que le scholiaste n'aurait pas renvoyé à ces sources si les Acta Pavaient renseigné, et il suppose que Pompée a pris la précaution d'interdire qu’il fût fait allusion dans les Acta à la présence des troupes sur le Forum, pour se couvrir devant l’histoire.

Mais d’abord, de ce fait que le scholiaste se réfère aux discours, aux Annales, c’est-à-dire à l’histoire, et à un traité oratoire bien connu dans les écoles, 1l ne s’ensuit pas que, sur ce point, Asconius n'ait rien trouvé dans Îles

(1) St, p. 45/8.

(2) LICHTENFELDT, p. 638.

124 LES SOURCES D’ASCONIUS

Acta. Il est clair que le témoignage de Cicéron dans le De optimo genere oratorum (1) n’ajoute rien à celui du même Cicéron dans la Milonienne, et la concordance du discours avec les Annales était une garantie suffisante ; de plus 1! ressort du contexte que le scholiaste considère cette particularité du procès de Milon comme un fait avéré. Ce n’est donc point à titre de preuve à l’appui qu’il mentionne ces sources et il entend seulement faire remarquer à ses jeunes lecteurs que le fait est attesté dans des ouvrages qui leur sont familiers.

Le calcul que Lichtenfeldt prête à Pompée est fondé sur cette idée fausse que les Acta sont un journal dont la rédaction est contrôlée par le pouvoir. Cependant il est vrai que la publication des documents dans les Acta est subordonnée à l’utilitas et à la dignitas publica; mais assurément la loi avait fixé quels documents devaient y être régulièrement versés, en sorte que l'étrange précaution que Lichtenfeldt prête à Pompée n’eût point dupé les historiens. Il est d’ailleurs établi que les troupes parurent sur le Forum pour d’autres procès (2), et s’il est vrai que les mesures d'ordre furent cette fois d’une importance exceptionnelle, ce n’est pas, en tout cas, le silence des Acta qui eût pu servir Pompée, mais bien un arrangement des faits propre à justifier sa conduite. Or, si l'investissement du Forum, tel qu’il est présenté dans la notice préliminaire, de même que chez les historiens, c’est-à-dire sans explication, évoque. idée d’une mesure arbitraire, iln’en est pas de même dans l'argument, où la mention en est précédée de cetteremarque: clausæ fuerunt tota urbe tabernæ. On sait que la fermeture des boutiques est le prélude non équivoque de toutes les émeutes : Pompée, averti dès la veille par la contio qui l’a

(1) De optimo genere oratorum, 10.

{2) Dion, XL, 55.

provoquée, prend ses mesures en conséquence. [ci donc, comme pour la première intervention de la force armée, au premier jour du procès, la source qu’a suivi le scholiaste justifiait les précautions exceptionnelles du consul, non point que les faits aient été interprétés dans un sens favorable, mais uniquement parce que cette source les rapportait de façon circonstanciée, en sorte que la mention des mesures prises était accompagnée naturellement d’un exposé des motifs. C’est précisément en cela que le texte de l'argument diffère et de la notice préliminaire et des informations dérivées des Annales qui nous sont parvenues : Dion, Plutarque, le scholiaste de Bobio, les seuls auteurs qui donnent quelques détails sur le procès, sont également muets sur la cause immédiate de l'occupation du Forum. Sans doute il n’est pas invraisemblable que les ouvrages d'histoire, auxquels Asconius renvoie dans sa notice préhminaire, aient mentionné cette cause, mais il reste que, n’étant pas signalée par les historiens, elle l’est par la source même que Lichtenfeldt veut écarter. D’autre part, il suffit de confronter le texte de la notice : exercitum in foro et in omnibus templis quæ circa forum sunt collocatum a Cn. Pompeio fuisse avec celui de l'argument : « Pompée disposa des piquets de soldats sur le Forum et au débouché de toutes les voies qui donnent accès au Forum », pour se rendre compte que, dans le premier, nous avons affaire à une relation historique, dans le second, au rapport d’un magistrat ; enfin la mention ut pridie, dans la phrase : ipse (Pompeius) pro ærario, ut pridie, consedit sæptus delecta manu militum, atteste que la source du scholiaste est celle qui l’a déjà renseigné sur l’interrogatoire des témoins.

120 LES SOURCES D’ASCONIUS

Le réquisitoire

St, 36/33 à 37/2

De même ïl suffit de rapprocher les informations sur le tirage au sort des juges et les réquisitorres du texte correspondant de la loi Pompeia, pour se rendre compte de leur origme. On observera que la mention de la durée des réquisitoires et la remarque que cette durée était fixée par la loi : ust sunt ex lege horis duabus, désignent un document de caractère administratif, et ne pouvaient être rapportées aux Acta de V. Le Clerc et de Hübner.

La plaidoirie SAS 1124207117

Il n’est pas douteux que les Acta n'aient donné sur la plaidoirie les mêmes renseignements que sur les réquisitoires, mais le scholiaste se borne à noter que Cicéron plaïda seul, et, sans doute par respect pour son auteur, ne dit pas combien de temps il garda la parole. Par contre, il ouvre une large parenthèse pour déterminer la valeur et l’opportunité de la thèse cicéronienne.

On saft que le cause de Milon devait avoir une smgulière fortune littéraire. Sa nature même, qui prêtat à divers systèmes de défense, les circonstances extraordinaires dans lesquelles elle avait été débattue, la personnalité vigoureuse de l’accusé et de la vietime, enfin la défaillance du plus illustre des avocats romains la mirent au premier rang des causes célèbres, En même temps que la fiction (1) s’en em-

(1) SÉNÈQUE, Controversiae, III, præf., 15 ; QuiNTILIEN, III, CAO RL 28 AN MD MU IEEE

parait presque immédiatement dans le plaidoyer d'exercice que composa Brutus, le rôle de l'avocat était défiguré par la polémique, et il est certain que l'échec de Cicéron est à l’origine de tous les bruits qui le représentent comme un orateur de cabinet, impropre à l’action etincapable d’affronter le grand jour du Forum. La double influence de la polémique et de la rhétorique, celle-ci exploitant celle-là, devait altérer de bonne heure la tradition historique. Déjà Cornelius Celsus croyait que le plaidoyer fictif de Brutus représentait une plaidoirie réelle (1), et la nouvelle de Velleius (2) qui prête à Caton, juge de Milon, le geste théâtral d’absoudre ostensiblement, dans Dion (3), la médiocre plaisanterie de Milon accusant réception de {a Milonienne publée, dans Plutarque (4) l'invitation que le même Milon adresse à son timide avocat de passer la nuit sur le Forum, afin de s’aguerrir, dérivent très vraisemblablement des officines des rhéteurs.

C'est sans aucun doute pour mettre en garde ses élèves contre des erreurs accréditées dans les écoles que le scholiaste s'arrête pour exposer les circonstances de la plaidoirie réelle, et e’est manifestement sur la foi des Acta qu’il rectifie les faits.

D’après lui, certaines personnes ayant exprimé l'avis qu'il convenait de défendre Milon, en disant que le meurtre de Clodius était un service rendu à Pétat, Cicéron aurait écarté ce système «parce que», disait-il, «1l n’était pas admissible qu’on püt mettre à mort sans jugement un citoyen, alors même que sa condamnation eût importé à la République » ; mais Asconius ne dit pas si l’orateur prépara une autre thèse et observe que celle qu'il soutint

(1) QuinTistEn, X, 1, 25.

(2) Vezzeius, II, 47.

(3} Dron Cassius, XL, 54.

(4) PzuTARQUE, Cicéron, 35.

128 LES SOURCES D’ASCONIUS

devant le tribunal lui fut suggérée par une faute de tactique des accusateurs.

Quel est, sur le désaccord de Cicéron et des advocati de Milon, la source du scholiaste ?

Quintilien observe (1) que Cicéron en plaidant, Brutus en composant un plaidoyer d'exercice, envisagèrent la cause différemment, etil caractérise de la même façon qu’Asconius les thèses opposées. Mais Quintilien ne s’appuie sans doute que sur les discours, et, s’il sait que le plaidoyer de Brutus est fictif, il faut remarquer qu’il doit auscholiaste, dont il cite les commentaires comme un ouvrage familier à ses lecteurs (2), une bonne part de son information sur l’histoire de Cicéron avocat. Par contre, je ne crois pas que le scholiaste de Bobio — contrairement à l’opinion généralement admise (3) — ait jamais utilisé ni directement ni

(1) Institut Orat., III, 6, 93.

(2) Zbid., V, 10, 9 : et orationum Ciceronis velut thema (ipse) exponens Pedianus : Argumentum, inquit, tale est.

(3) H. Gaumitz, Zu den Bobienser Cicerosscholien, Progr., Dresden, 1884, avait conclu que le scholiaste de Bobio ne doit rien à Asconius. Depuis, B. Scnizzine De scholiis Bobiensibus, Progr., Dresden, 1892, a soutenu que le Bobio avait utilisé directement Asconius, tandis que P. HiLpEBRANDT, De scholiis Ciceronis Bobiensibus, Dissert., Gôttingen, 1894, croit à une utilisation indirecte. Mais les arguments que ces érudits invoquent ne prouvent rien : 10 Scholia Bobiensia, St.,p. 115 : hunc vero (T. Munatium Plancum) ambustumtribunum pl. eapropter dicit (Cicero),

uod aut vidert hoc velit ipso instigante incensam curiam aut eundem ardentis curiæ incendio esse deterritum quominus diu contionaretur. La seconde explication, la seule que donne Asconius (.St.,37 /26), reviendrait à cet auteur. Or elle est dans le texte même de Cicéron : declarant hujus ambusti tribunti pl. intermortuæ conciones (pro Milone, 5, 12), et ce qui prouve bien que l’interprétation du Bobio est de son crû, c’est qu’il observe, au sujet de intermortuæ conciones : quas Suspicari possumus consternatas picinitate flammarum. 20 Le scholiaste de Bobio sait que Fufius Calenus est le sénateur qui, en demandant la division, fit échouer la proposition de la majorité sénatoriale relative à la procédure de l'affaire Milon ;

indirectement les scholies d’Asconius. Or les concordances des deux commentateurs sur le point qui nous occupe-sont manifestes :

«sed enim cum ratio'defensionis hujus ordinaretur, quonam modo et secundum quem potissimum statum agi pro Milone oporteret, M: Brutus existimavit xarà àvclatasw pro eo esse dicendum, quæ a nobis nominatur qualitas compensativa. Hoc enimvero. Ciceroni visum est. parum salubre, nam maluit &vreyxfuaros specie, id est relat.…. (1) ».

La définition des systèmes de défense est, seulement transposée en style de rhétorique, celle que donne Asconius; d’autre part, Cicéron objecte à la thèse de Brutus le même défaut : elle est immorale.

Or il est établi que le schohaste de Bobio doit beaucoup à Tite-Live, et sa relation du procès de Milon présente avec celle de Dion des concordances frappantes. Chez l’un comme chez l’autre, la crainte de Pompée prive l’avocat de ses moyens, et le désarroi de Cicéron, la façon dont il rédigea le plaidoyer qu’il n'avait pu prononcer sont mentionnés dans les mêmes termes (2).

D’autre part il ressort de l’étude de Lichtenfeldt — encore

mais nous avons montré plus haut qu’Asconius ne dit pas qu’il ait, dans le silence des auteurs, dû recourir aux Acta sur ce point. J'ajoute que je n’ai nulle part trouvé, dans les Scholies de Bobio, une information caractéristique des Acta, en sorte que, quelle qu’ait pu être l’habileté du scholiaste à dissimuler ses emprunts (Schilling, p. 10), il n’y a pas lieu d'admettre, avec Hildebrandt op. 1., p. 58), même une utilisation indirecte.

H):St,p.112/44.

(2) Scholia Bobiensia, St., p. 112/7 : Sed quoniam et turbulenta res erat... et circumpositi judicio mailites et non longe præsidens consul ipse Pompeius obnixe studens in damnationem Milonis, perferri defensio ista non potuit : nam metu consternatus et ipse Tullius pedem rettulit. Et exstat alius præterea liber actorum pro Milone : in quo omnia interrupta.et inpolita et rudia, plena denique maximi terroris agnoscas. Hanc orationem postea legitimo opere

Humbert. 9

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que cet érudit ‘ait exagéré le rôle de Tite-Live dans l’argument de la Milonienne — qu’Asconius a certainement utilisé dans cet argument son historien favori. Etant donné que l'information du Bobio, sous la forme technique du rhéteur, est identique dans le fond à celle d’Asconius — celui-ci connaissant d’ailleurs le plaidoyer fictif de Brutus et le mentionnant incidemment — il est probable que les deux scholiastes dérivent directement de Tite-Live ; de plus, en ce qui concerne Asconius, cette circonstance que Pinformation dont il s’agit fait honneur au caractère de Cicéron désigne Tite-Live de préférence à Fenestella. Ce qui est possible, c’est qu’Asconius ait utilisé directement la source de Tite-Live, mais cette hypothèse est peu vraisemblable ; en effet il est visible qu’il ne mentionne la délibération des amis de Milon que de façon incidente, puisque, après la phrase respondit his unus Cicero, l’ordre du récit appelle l'exposé de la plaidoirie réelle ; par suite il est naturel d'admettre qu’il n’a pas fait sur ce point de recherches personnelles et doit ce qu’il sait à l’un des historiens qu’il consulte couramment ; d’autre part, étant donné la façon dont le rôle de Brutus est mis en relief, dans le texte du Bobio, il est très vraisemblable que l’anecdote en question dérive de sources relatives à l’histoire de Brutus.

Quelle que soit d’ailleurs la source qui a fourni au scholiaste cette information incidente, il est clair qu'il suit les Acta et les utilise pour préciser un certain nombre de points obscurs ou contestés.

et majore cura, utpote jam confirmato animo et in securitate, conse cribsit.

Dion, XL, 54: 6 yap patwp Exeivos, rdv te Iourhiov xai Tobs otoartuwtas Év ti duxaotnpip rapà To xabestnxds (dv, ÉEstAdyn xat xatéderoev® dote T@V HÈv mapesuevzomévwv pnôèv simeiv, Bpayd dE ve ai Telvmxdc yakenwe peyktuevos, dyarnros peraotivar, Tobrov yàp rdv AGYOY Tv vb pepépmevov, dé xai brèo vod Milwvos vôte AeyBévra, 4PÉV moÛ” Üarepov xx xatà syoÂÏv avabaooHoac Eypabe.

1° Dans quelles conditions Cicéron avait-il été amené à soutenir la thèse de la relatio criminis ? Du texte du scholiaste de Bobio, il ressort que Cicéron aurait opté pour cette thèse avant le débat et par libre choix, et il semble bien que, d’une façon générale, on ait été mal renseigné sur l’argumentation des accusateurs, car Quintilien blâme le rhéteur Cestius d’avoir entrepris de réfuter la première Milonienne, alors qu’il ne pouvait connaître la thèse de l'accusation que par la défense même (1).

Nous avons vu plus haut que les dires des parties et de leurs représentants étaient certainement enregistrés au procès-verbal. Il n’est donc pas douteux que le scholiaste n'ait pu puiser aux Acta ce qu’il dit des thèses opposées et, s’il semble à première vue que son développement, très favorable à Cicéron, dérive d’une source cicéronienne, correspondance ou biographie, le texte n’autorise pas le moins du monde cette hypothèse.

On remarquera d’abord que le scholiaste donne, aussi bien pour l’accusation que pour la défense, les raisons tirées de l’état de la cause qui justifiaient le choix des deux thèses, d'autre part que son jugement sur la valeur de ces raisons comme sur le principe même des systèmes opposés est fondé sur le procès-verbal de l’interrogatoire : les débats établirent ce point qu’il n’y avait eu préméditation ni de Milon ni de Clodius. Quant à ce qu’il dit de la plaidoirie réelle: «elle tendit exclusivement à démontrer que Clodius avait été l'agresseur», il est clair que le scholiaste se prononce d’après la première Milonienne qu'il confronte avec la seconde. Enfin le rapprochement du commentarius defensionis et de la partie du procès-verbal relative aux réquisitoires lui fournissait l’information dont, au premier abord, seule une confidence de Cicéron paraît pouvoir rendre compte, que

(1) Institut. Orat., X, 5, 20.

132 LES SOURCES D’ASCONIUS

l’orateur, ayant remarqué un élément vicieux dans/la thèse de l'accusation, arrêta au dernier moment son système de défense. On observera que l’hypothèse de sources comme la biographie de Cicéron par Tiron, les correspondances maintenant perdues de Cicéron qui, seules, avec le commentarius, peuvent rendre compte d’une. information. comme celle-ci, est tout à fait improbable, étant donné 19 que ni Cicéron. ni Tiron n’auraient songé à souligner le désaccord du discours écrit et du discours parlé; 2° que la confidence de Cicéron aurait été sans doute liée au récit du différend qui s’éleva entre lui et certains amis de l’accusé.; or Asconius, dont la relation est si complète, ne dit pas à cet endroit de son exposé quelle thèse Cicéron opposa à ces personnages. Par contre, il n’est pas douteux que le scholiaste n’ait consulté le commentarius defensionis, et. la lecture du procès-verbal sur les dires des parties «et de leurs représentants lui suggérait naturellement la remarque que Cicéren avait opté pour la thèse de la relatio criminis en pleine audience.

20 Bien que la défaillance de Cicéron soit mentionnée fréquemment dans la littérature, qui d’ailleurs n’a retenu du débat que cet épisode, il est remarquable que partout. elle soit rapportée à des causes générales et qui ne sauraient en rendre compte : la crainte de Pompée, de la multitude, la présence des troupes sur le Forum. Seuls Asconius et Quintiien (1) — lequel est renseigné vraisemblablement par Asconius — mentionnent la cause immédiate du trouble qui priva l’orateur de ses moyens, à savoir une manifestation violente des gens de Clodius, au moment même où il prenait la parole. Etant donné que cette explication ne se retrouve pas chez les écrivains favorables à Cicéron, il est hors de doute qu’elle ne figurait pas dans les ouvrages

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d'histoire générale. D'autre part il est peu vraisemblable qu’'Asconius l'ait demandée à la première Milonienne, car, si l’on pouvait y lire l'angoisse de avocat (1), le discours n’en indiquait pas les causes. Par contre, il n'est ‘pas douteux que le magistrait ait ététenu de signaler les incidents survenus en cours d'audience, et, dans le cas particulier, la loi qui donnait trois heures à la défense, prescrivant en même temps que le procès devait être achevé le jour même, lui faisait une obligation de rendre compte de toute cause susceptible de provoquer un ajournement du débat.

39 Caton avait-il voté l’acquittement ? Asconius observe que certains l’ont pensé et donne les raisons qu’on peut alléguer pour et contre, puis il ajoute : «ce qu’il y a de sûr, c'est que jamais personne n’a pu établir quel fut son vote ». Ilest difficile de ne pas voir dans cette phrase une allusion à la tradition, que représente Velleius (2), d’après laquelle Caton aurait acquitté ostensiblement. Cette nouvelle, étant donné que la loi Aurelia avait interdit levotepublic(3), “autorisé auparavant, ne peut être attribuée qu’à l'ignorance d’un historien ou à la fantaisie d’un rhéteur, et il est clair qu’Asconius la récuse sur la foi des Acta. En effet, elle est, fondée sur une erreur que les Acta permettaient de relever, à savoir que le vote aurait été public, et nulle autresource ne - pouvait donner au scholiaste l’assurance dont il fait preuve ‘sur ce point.

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