‹ Contribution à l'étude des sources d'Asconius: dans ses Relations des Débats JudiciairesChapitre 4 sur 18 · LES ACTA-CORRESPONDANCES · texte numérisé non relu

LES ACTA-CORRESPONDANCES

Nous n'avons pas retenu, dans la liste suivante, les textes où il question de communiqués que les empereurs faisaient insérer dans les Acta, le fait que, dans la plupart des cas, il s'agisse d’insertions destinées à être portées à la connaissance du public, n’impliquant point que les Acta aient été institués en vue de jouer le rôle de journaux +

10 Ad Attic., VI, 2, 6 : Habebam acta urbana usque ad Nonas Martias ; e quibus intelligebam Curionis nostri constantia omnia potius actum iri quam de provinciis.

20 Ad Famuil., I, 15, 5 : De Ocella parum ad me plane scripseras et in Actis non erat.

30 Jbid., XIT, 22, 1 : Ego autem acta ad te omnia arbitror perscribi ab aliis.

40 Jbid., XII, 23, 2 : Rerum urbanarum acta tibi mitti certo scio. Quod ni ita putarem, ipse perscriberem in primisque Cæsaris Octaviani conatum :

50 Jbid., XI, 8, 1 : Scelus adfinis tui Lepidi summamque lepitatem et inconstantiam ex actis, quae ad te mitti certo scio, cognosse te arbitror.

60 Jbid., XIT, 28,3: /n re p. quid agatur, credo te ex eorum litteris cognoscere, qui ad te acta debent perscribere.

707bid., X, 1, 2 : Sed, quoniam acta omnia mitti ad te arbiutrabar, nihil erat, quod singulis de rebus scriberem.

80 Jbid., XI, 25, 1 : Ego autem, etsi, quid scriberem, non habebam, acta enim ad te mitti sciebam.…..

90 Jbid., X, 28, 3 : Quod nisi res urbanas actaque omnia ad te perferri arbitrarer, ipse perscriberem (1).

(1) Les textes numérotés 7, 8 et 9, de la correspondance de Cicéron, ne figurent pas dans la liste de Hübner.

100 Tacite, Annales, XVI, 22 : Diurna populi romani per provincias, per exercitus curatius leguntur, ut noscatur quid Thrasea non fecerit ;

119 Quintilien, IX, 3, 17 : et jam vulgatum actis quoque Sauclus peclus ;

120 Pline, Lettres, IX, 15, 3 : tu consuetudinem serva nobisque sic rusticis urbana acta perscribe.

130 Jbid., V, 13, 8 : liber principis severus et tamen moderatus. Leges ipsum, est in publicis actis.

140 Juvénal, VI, 481-485 :

Verberat (matrona) atque obiter faciem linit, audit amicas aut latum pictæ vestis considerat aurum et cædiut, longi relegit transversa diurni et cædit (1)...

159 Juvénal, VII, 104 :

Quis dabit historico quantum daret acta legenti ?

160 Sénèque le rhéteur, Controversiæ, II, 9 : Bene de hoc vitio illius Scaurus aïebat, illum acta in aurem tegere (2).

Contrairement à Hübner, nous avons retenu le texte de: Juvénal où il est question d’un diurnum ; en effet ce terme employé seul est attesté également par un texte de Suétone (3) : extat talis scriptura in plerisque libris ac diurnis titulisque operum, où Hübner lit arbitrairement Zibris, actis diurnis ; étant donné que manifestement les acta diurna renfermaient des informations sur l’état-civil — naissances, mariages, divorces. — il n’y a rien d’étonnant à ce qu'ils aient intéressé le public féminin, et cette interprétation convient mieux au contexte que celle qui voit iciun registre domestique. Par contre, nous avons écarté le texte

(1) Ce texte ne figure pas dans la liste de Hübner. (2) Ce texte ne figure pas dans la liste de Hübner. (3) SUÉTONE, Claude, 41.

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de Sénèque (1) : beneficium in acta non mitto, où 1l s’agit très vraisemblablement d’acta privata (2).

Hübner qui a rassemblé les textes sur lesquels il fonde sa définition du rôle et du contenu des Acta, sans distinguer entre ceux où les Acta sont mentionnés comme circulant dans le public de ceux où ils sont mentionnés en tant qu’archives, avait retenu ceux de la correspondance de Cicéron que nous avons numérotés de 1 à 6 dans la liste qui précède. Les Acta dont il est question dans ces textes, de même que dans celui de Pline : tu consuetudinem serva nobisque sic rusticis urbana acta perscribe, seraient les Acta popul et ne devraient pas être confondus avec les commentarit privati que nous connaissons par le commentarius rérum urbanarum de Caelius, bien que, dit Hübner, il semble qu’on n'ait fait aucune distinction entre ces deux catégories de documents. Nous verrons où l’utilisation de ces textes, dans la définition du contenu des Acta, a conduit Hübner ; mais quel que soit d’ailleurs — c’est un point que nous ne pourrons élucider que plus loin, — lerapport des documents signalés dans les textes de la correspondance de Cicéron et de Pline avec les Acta institués par César, une remarque s'impose : c’est que, dans l’ensemble de la littérature, dans tous les passages sans exception où il est question d’un envoi d’Acta et toutes les fois que le contexte permet de déterminer les conditions de cet envoi (n° 3, 4, 6, 7, 9 et 12 de notre liste), ce contexte implique qu'il ne s’agit pas d’exemplaires mis en vente et qu’on pouvait, si jose dire, acheter au numéro, mais de documents dus à l’obligeance d’amis qui ont pris la peine de les rédiger.

Etant donné qu’on n’a pas le droit, ainsi que le fait Hübner, de considérer «a priori comme des journaux les

(1) SénNèque, De Benefictis, II, 10, 4.

(2) HüBNER, op. L p. 596.

Acta mentionnés dans la littérature sans indications qui décéleraient ce rôle et encore moins les acta cités en tant qu’archives, deux hypothèses peuvent être envisagées 1° ou bien les acta dont l'envoi par des particuliers qui les ont établis nous est signalé doivent être rapportés à des périodes où la publication du Journal de Rome aurait été suspendue — et c’est l'hypothèse d’Ernesti pour expliquer l'envoi à Cicéron, proconsul de Cilicie, du commentarius rerum urbanarum de Caelius — 29 ou bien les Acta ne jouent pas directement le rôle de journaux.

Or l'hypothèse d’Ernesti est exclue par de nombreuses raisons, dont plusieurs que l’ordre de la discussion ne nous permet pas d'exposer ici, mais celle-ci est suffisante : en dehors des textes de Cicéron et de Pline que nous avons cités, d’autres où il n’est pas question d’acta ou bien tels que l'emploi d’acta n’y prête pas à équivoque et ne peut désigner les Acta institués par César, permettent du moins d'établir que l'hypothèse d’Ernesti n’explique pas l’existence du commentarius de Caelius

19 Ad Quint. fratr., 1, 2, 16 : de singulis tamen rebus, quæ cotidie gerantur, faciam te crebro certiorem.

La lettre est des derniers mois de l’année 59, donc postérieure à l'institution des Acta, que Suétone rapporte au début du consulat de César : inito honore, primus omnium instiiuit ut tam senatus quam populi diurna acta confierent et publicarentur. Or, si l’on rapproche ce texte de ceux où Cicéron s'excuse, dans sa correspondance, de ne point donner de détails (n° 3, 4, 7, 8et 9 de notre liste), il est clair, d’une part que Cicéron joue ici ce rôle de correspondant attitré qui lui permet ailleurs de ne pas s'étendre sur les événements, d'autre part qu'il n’existait pas, dans les derniers mois de l’an 59, d’acta jouant le rôle de journaux, car il eût suffi à Cicéron d’en adresser des exem-

plaires à Quintus.

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20 Ad Attic., III, 15, 1: Accepi… quattuor epistulas a te missas… tertiam, qua demonstras acta in senatu.

Tbid., 3 : sed Axius ejusdem diei scribens ad me acta non üa laudat Curionem ;

Ibid., 6 : itaque exspecto Thessalonicæ acta Kal. Sext.

La lettre est de l’année 58 et Cicéron est en exil, où il est ténu au courant des événements par Atticus et par Axius. Le contexte (demonstras acta in senatu ; Axius…. non wa laudat Curionem) montre que les renseignements reçus par Cicéron se présentent sous forme de lettres où les délibérations du sénat sont analysées et commentées.

30 Ad Attic., IV, 3, 1 : Avere te certo scio cum scire quid hic agatur, tum a me scire, non quo certiora sint ea, quæ in oculis omnium geruntur, si a me scribantur, quam cum ab aliis aut scribantur tibi aut nuntientur (de l’an 57).

40 Ad Famil., 1, 2, 4, : Senatus auctoritas gravissima intercessit, cui cum Cato et Caninius intercessissent, tamen est perscripta ; eam ad te missam esse arbitror. De ceteris rebus quicquid erit actum, scribam ad te (de l’an 56).

Cicéron, bien que sa correspondance avec Lentulus soit suivie et constitue une chronique politique, ne croit pas cependant devoir lui adresser copie d’une senatus auctoritas. Son exeuse est celle qu’il donne ailleurs et exclut de même l'existence d’Acta jouant directement le rôle de journaux.

59 Ad Quint. frat., I, 1,3 : Habes acta unius diei (après le récit détaillé d’une séance du sénat).

Tbid., 11, 3, 1 : scripsi ad te antea superiora ; nunc cognosce postea quæ sint acta (année 56).

60 Ad Fami, V, 8, 3: Quæ sint acta, quæque agantur, domesticorum tibi litteris declarari puto (à Crassus, de l'an b4).

On observera en particulier que le texte n° 1 est de l'année 59, où furent créés les Acta, et postérieur à leur ins-

titution, et que les textes n° 2 et 6 sont des années 58 (1) et 54 (2) pour lesquelles Asconius en atteste l’existence. Il nous paraît d’ailleurs inutile de citer un plus grand nombre de témoignages, étant donné qu’un grand nombre de lettres de Cicéron, notamment parmi celles adressées à Lentulus et à Quintus Cicéron sont, si l’on peut dire, des acta-correspondances. Sans doute il semble bien que les services privés de renseignements aient pris une importance exceptionnelle au cours des années 58, 50, 44 et 43, mais, ce qui explique cette importance, ce n’est pas la suppression momentanée des Acta qui, aussi bien, n’apparaissent nulle part dans le rôle de journal, mais la situation spéciale de Cicéron, exilé, proconsul, enfin « dictateur privé ». On voit où est l’erreur d’Ernesti : cet érudit envisage une exception dans ce qui est la règle, et explique cette exception par la suppression d’un journal qui n’existe pas. Son hypothèse est donc insoutenable et il est évident que les Acta, acta urbana reçus par Cicéron en Cilicie, s’ils ne sont pas nécessairement le commentarius de Caelius, ont du moins une origine analogue.

Hübner voyait dans les Acta un journal et reconnaissait ce journal dans les acta, acta urbana dont Cicéron, proconsul de Cilicie, accuse réception (n° 1 et 2 de notre liste, 9 et 10 dans le travail de Hübner) ; d'autre part il consi-

(1) S4, p. 40/20 : Obsessus est etiam (Pompeius) aliberto Clodii Damione, ut ex Actis ejus (anni) cognovr ; in quibus XV Kal. Sept. L. Novius tr. pl... ita sententiam dixit ; annt manque dans les mss., soit que le copiste ait laissé tomber ce mot, soit qu’il ait ajouté ejus par ignorance. Ce qu’il y a de sûr, — le contexte l’exclut absolument — c’est qu’il ne s’agit pas ici d’acta Pompeu..

(St. D122120;

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dérait le commentarius de Caelius comme distinct de ces acta (1). Or il est manifeste que le commentarius contenait quantité de nouvelles qui figuraient dans les acta, en sorte qu'on ne peut envisager dans le premier un document complémentaire du second. Pour expliquer le double emploi. Hübner allèoue que les commentarit privés devaient atteindre leurs destinataires plus vite que les exemplaires officiels du Journal de Rome (2). Mais cette raison n’explique rien, Car, à supposer que ces exemplaires n’aient pu être établis jour par jour — que devient, dans cette hypothèse, l'idée de journal ? — il faut songer que Caelius n’expédie son commentarius que de loin en loin : commentarium rerum urbanarum primum dedi L. Castrinio Paeto, secundum ei, qui has litteras tibi dedit. Caelius n’avait donc aucune raison de s'imposer une forte dépense en se procurant des scribes, s’il avait pu se procurer des exemplaires des Acta. Par suite, l’argument de Hübner, que les commentaru privés devaient parvenir à leur adresse plus tôt que les prétendus exemplaires officiels des Acta(3), est irrecevable et il fallait, ou bien revenir à l’hypothèse d’Ernesti, ou reconnaître que les termes acta, acta urbana et commentarit rerum urbanarum désignent un document analogue, sinon identique (4).

L'interprétation de Hübner qui fait de ces acta des exemplaires du Journal de Rome est d’ailleurs exclue, non seulement par ce que nous avons dit plus haut, d’une façon générale, de l’origine des acta qui circulent dans le publie,

(1) Ad Famil., VIII, 1,1 : omnia enim sunt ibi senatus-consulta, edicta ; 11,4 : Quam quisque sententiam dixerit, in commentariost rerum urbanarum.

(2) HüÜBNER, op. L., p. 596.

(3) Ad Famil., VIII, 2, 2. Un 3e envoi est signalé VIII, 11,4.

(&) Zbid., VIII, 1,1 : Quod exemplum si forte minus te delectarit, ne molestiam tibi cum impensa mea exhibeam, fac me certiorem.

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mais par ce que dit Cicéron même des renseignements dont il dispose en Cilicie ; il est clair en effet que, s’il écrit à Caelius dont les commentarir sont encombrés de nouvelles sans intérêt : ne ulla quidem curo mihi scribus, quæ maximis in rebus rei publicæ geruntur cotidie, nisi quid ad me ipsum pertinebit ; scribent ali, multi nuntiabunt, perferet multa etiam ipse rumor (1), c’est que toutes les sources d’information dont il dispose sont privées. On ne saurait douter d’ailleurs que les acta qui lui parviennent ne soient les commentaru même de Caelius ; en effet, s’il est renseigné aussi par d’autres correspondants, Caelius a un mandat spécial à cet effet (2). Sa situation est donc la même que celle de ces amis de Cornificius, de Lepidus, de D. Brutus, ete., ui ont charge de leur communiquer les acta (3), et, si l’on songe que Q. Cicéron, à cette date, est en Gaule, Atticus en Grèce, Caelius apparait tout désigné pour ce rôle d’informateur en titre qui permet ailleurs à Cicéron, dans sa correspondance, de ne pas s'étendre sur les événements. Quant à la différence des dénominations, on observera que Cicéron, s’il désigne le document que Caelius qualifie de commentarius rerum urbanarum par les noms de acta, acta urbana, emploie ailleurs, pour des documents analogues, les périphrases acta rerum urbanarum (où Hübner voit des acta officiels, n° 13 de salliste), res urbanas actaque omnia (4) ; d'autre part, on sait que les termes acta et commentarit sont

(1) Ad Famil., II, 8, 1.

(To, VIT, 1,1.

(3) n° 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 de notre liste de textes relatifs aux actalettres. Hübner conclut de l’emploi de certo scio, dans les textes numérotés 4 et5 (13 et 14 de sa liste), que l’usage d’adresser des Acta aux personnes absentes était fort répandu. Tel n’est pas assurément le sens de certo scio et Cicéron entend dire qu’il connaît les correspondants attitrés des gens auxquels il écrit.

(4) n° 4 et 9 de notre liste de textes relatifs aux acta-lettres.

Humbert. 2

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fréquemment synonymes (5), et la nuance qui les distingue correspond bien, ainsi qu’on le verra plus loin, à l’idée particulière que se font du même document Caelius et Cicéron.

C'est précisément cette circonstance que Caelius, trop occupé pour communiquer lui-même à Cicéron toutes les nouvelles, a imaginé de faire rédiger par des operartii son commentarius, qui nous permet dans une certaine mesure de déterminer les rapports des acta-correspondances avec les acta institués par César.

Le service que le proconsul de Cilicie a demandé à Caelius, c’est dele renseigner sur les nouvelles de la capitale, et 1l ressort des lettres où il accuse réception des envois de Caelius qu’il n’exigeait pas de son correspondant de longs messages sur les menues nouvelles de Rome, mais qu'il en attendait des confidences sur la signification des événements et l’attitude des partis. Cependant Caelius, tout en se réservant de renseigner lui-même Cicéron sur les événements considérables, ne saurait — il n’en a pas le loisir — fournir lui-même les renseignements qu’il a promis ; des scribes le suppléeront sur ce point et Cicéron, à défaut de la qualité, se dédommagera par la quantité de l’infor-

(5) Mommsen, Staatsrecht, 3, p. 1018, n.1, estime même qu’il n’y a aucune différence ; il remarque que les Grecs traduisent acta et commentarti, au sens technique, par le même mot ôrouviuata et renvoie aussi à TaciTe, Annales, XV, 74, où commentarii senatus désigne les acta senatus. Mommsen considère d’ailleurs que le commentarius rerum urbanarum de Caelius est identique aux acta rerum urbanarum et reconnaît dans l’un comme dans l’autre des compte-rendus privés en forme de journaux. Cf. aussi Her- MANN PETER : die Geschichtliche Litteratur über die rômische Kaiserzeit bis Theodosius und ihre Quellen, Leipzig, 1897, 1, p. 205, et Wilcken, Philologus 1894, p. 103.

Cependant — nous aurons à revenir sur ce point — on ne saurait dire que, même au sens technique, commentarius soit toujours synonyme de acta.

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