DATANT
(3) Zbid., VIII, 11, 4. Il est superflu de montrer que la conjecture de Weiske : futilia, au lieu de wtilia, que Hirschfeld adopte, n’est pas justifiée par le contexte.
(4) Zbid., VIII, 1, 1 et 2.
(TPE VE 1:2.
20 LES SOURCES D’ASCONIUS
Mais si le commentarius rerum urbanarum de Caelius est le complément d’une correspondance qui devait constituer un service privé de renseignements (1), s’il est identique aux Acta, Acta urbana reçus par Cicéron en Cilicie (n° 1 et 2 de notre liste), et analogue aux autres Acta que Cicéron signale dans ses lettres, les informations dont nous disposons sur ce document permettent de déterminer et la véritable nature des Acta lettres et leurs rapports avec l'institution de César.
Il était impossible en effet d’établir directement les rapports des acta mentionnés dans les 9 textes dont nous avons donné la liste avec les Acta officiels, pour la raison que nous ne pouvions pas savoir si les compte-rendus privés dont il s’agit n’avaient pas également des sources privées (impressions de séance, notes prises ou communiquées à des tiers). Au contraire le rôle des Acta officiels est manifeste dans le commentarius, étant donné que ses rédacteurs sont assurément, dans une large mesure, de simples copistes. Tandis qu'avant l’institution de César les nouvelles politiques ne pouvaient être transmises que par des gens qualifiés par leur situation ou leurs relations politiques, sous la forme nécessairement brève de correspondances, il devient possible d'établir des documents, de earactère privé sans doute, mais qui, grâce à cette circonstance que la copie, si l’on peut dire, est fournie par une source officielle, peuvent être rédigés par de simples scribes (2),
(1) On observera que Caelius a tenu sa parole de renseigner lui-même Cicéron sur les événements importants ; il suffira sur ce point de renvoyer à la lettre (ad Fami., VIII, 8), où il a pris la peine de copier des procès-verbaux de délibérations du sénat.
(2) Gaston Boissrer, T'acite, p. 265-266, dit excellemment : «ce que ces pauvres « manœuvres » connaissaient le moins, c'était la vie politique de Rome, Ils n’entendaient rien aux affaires, et le monde qu’ils fréquentaient ne pouvait guère le leur apprendre. Dans cette ignorance, on comprend que les procès-verbaux des
prendre des dimensions considérables et jouer le rôle de nos journaux.
Or, si nous reprenons l’examen des 9 textes de l’époque républicaine qui sont relatifs à un service régulier de renseignements, en tenant compte, d’une part, de la pratique de Cicéron et de ses correspondants, d’autre part, de ce ce que nous savons du commentarius, nous constatons que l'institution des Acta par César, non seulement ne consiste pas dans la création d’un Journal de Rome, mais n’a pas provoqué immédiatement ni généralement l’établissement de journaux privés. Des textes empruntés à ia correspondance de Cicéron pour la période antérieure à 51 que nous avons cités, il ressort en effet que les services de renseignements se font alors exclusivement par lettres, même lorsqu'il s’agit d’un fpersonnage de premier plan comme Crassus, et s’il est possible que les Acta diurna aient fourni, soit la senatus auctoritas qui a dû être adressée à Lentulus, soit des copies de procès-verbaux de séance aux relations d’Atticus et d’Axius, rien n’est moins prouvé. D'ailleurs l'ironie avec laquelle Cicéron accueille le commentarius de Caelius, son observation qu’il n’en demande pas tant et se contentera de voir jouer à Caelius le rôle de chroniqueur parlementaire, enfin le fait que Cicéron n’a jamais pratiqué, lorsqu'il est lui-même informateur attitré, que la correspondance directe, établissent de reste que l’idée d'exploiter régulièrement les Acta Diurna pour un service de renseignements est une idée neuve en 51. Mais cette idée a fait son chemin et il est visible que Caelius a
assemblées du Sénat et du peuple affichés au Forum aient été pour eux une grande ressource ; ils les copiaient sans y rien changer, ils n'avaient plus qu’à y ajouter ce que leurs courses journalières leur avaient appris et leur « compilation », ou, comme nous dirions aujourd’hui, leur chronique était faite. »
22) LES SOURCES D’ASCONIUS
trouvé des imitateurs dans les correspondants de Lepidus, Cornificius, etc... en 44 et en 43.
Cependant, parmi les textes relatifs à cette période, il en est deux encore où, selon toute vraisemblance, il s’agit de services de renseignements simplement épistolaires. En effet, étant donné l’emploi de perscribere dans les lettres de Caelius et de Cicéron : quod tibi discedens pollicitus sum me omnes res urbanas diligentissime tibi perscripturum (ad Famil., VIII, 1, 1) ; quod ni ita putarem (acta tibi mitti), ipse perscriberem in primisque Cæsaris Octaviant conatum (ad Famil., XII, 23, 2) etc... et celui de acta, tel qu’il ressort des textes de la correspondance des années 58 et 56 que nous citions plus haut, il est difficile de voir autre chose qu’un service par correspondance dans les textes suivants
(n° 3) ad Famul., XII, 22, 1 : ego autem acta ad te omnia arbitror perscribi ab alus.
(n° 6) cbid., XII, 28, 3 : in re p. quid agatur, credo te ex eorum litteris cognoscere, qui ad te acta debent perscribere.
On remarquera que, dans ces textes, Cicéron suppose que ses correspondants sont tenus au courant par plusieurs personnes ; 1l s’agit donc évidemment d’un commerce épistolaire usuel, et lutteris, dans le second passage, ne permet pas le doute.
Mais il en va tout autrement dans les textes numérotés RSR FO RELEO
(n° 4) Ad Famil., XII, 23, 2 : rerum urbanarum acta tibt milli certo scio.
(n° 5) Zbid., XII, 8, 1 : Scelus adfinis tui Lepidi summamque levitatem et inconstantiam ex actis, quæ ad te mitti certo Scio, cognosse te arbitror.
(n° 8) Zbid., XI, 25, 1 : ego autem, etsi, quid scriberem, non habebam (acta enim ad te mitti sciebam, inanem autem
GE bi
Lente à. |
sermonem liuterarum tibi injucundum esse audiebam) brevttatem secutus sum le magistro.
Ici 1l s’agit d’un envoi régulier de documents indépendant des correspondances proprement dites et tel que le service assuré par Caelius, ainsi que l’impliquent l’emploi de mutti et perferri, le fait que Cicéron suppose ou connaît un informateur attitré, enfin, dans le texte n° 8, la remarque : 2nanem autem sermonem litterarum tibi injucundum esse audiebam. On observera en particulier que le titre rerum urbanarum acta, la périphrase res urbanas actaque omnia évoquent des documents de contenu identique à celui des acta, acta urbana, commentarii rerum urbanarum de Caelius, c’est-à-dire tels qu’ils ne comportent pas seulement des copies de textes officiels, mais des informations de toute origine.
En ce qui concerne les textes relatifs aux acta-lettres de l’époque impériale (n°8 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16), il suffira ici de constater : {0 que le seul où il soit question d’un envoi d’acta est celui de Pline (1) : tu consuetudinem serva nobisque
sic rusticis urbana acta perscribe ; 2° qu'aucun indice (2)
ne permet d'attribuer aux autres exemplaires qui nous sont signalés une origine autre que privée. Le texte de Pline (3) : leges ipsum (libellum principis), est in publicis actis, et celui de Tacite (4): diurna popul romant per
(1)eLetires, 1X,145,3 :n912 de notre liste.
(2) Ajoutons que, dans le texte de JuvÉénaz, Satires, VIT, 104 :
Quis dabit historico quantum daret acta legenti ? il est difficile de ne pas reconnaître les héritiers des operarii de Caelius : la périphrase acta legenti, en antithèse avec huistorico, répond à Pidée, exprimée dans les vers précédents, que l'historien doit avoir une science et une documentation très étendues. Ce texte que Hübner a écarté sans raison prouverait donc que, au temps de Juvénal comme au temps de Cicéron, des gens gagnaient leur vie à copier les Acta.
(3) Lettres, V, 18, 3 : n° 13 de notre liste.
(4) Annales, XVI, 22 : n° 10 de notre liste.
24 LES SOURCES D’ASCONIUS *
provincias, per eercitus curatius leguntur, ut noscatur quid Thrasea non fecerit, n'impliquent point l'existence de bureaux, officiels ou non, de vente des Acta. En effet Pline ne songe pas à un numéro du Journal de Rome, car il renverrait son correspondant à üne date précise, et il dit simplement : « si j’ai dû te mettre au courant de l’affaire des Vicentins, parce que, le procès étant du ressort du sénat, il n’en est pas question dans les Acta publica, par contre tu trouveras le message du prince dans ces documents » En ce qui concerne les Diurna populi romanti de Tacite, il est clair que l’accusateur de Thrasea n’entend pas dire ni qu’on ht un prétendu Journal de Rome avec une attention particulière, ce qui ne signifierait absolument rien, ni que ce journal aurait un débit exceptionnel en province, ce que le texte ne dit pas, Mais que — comme ce fut le cas pour la période troublée qui suivit le meurtre de César — on se procure des copies des Diurna populi plus complètes et même assez complètes « pour que lon puisse savoir ce que Thrasea n’a pas fait » Mais nous aurons à revenir sur ce passage et à montrer en particulier que non seulement l’accusateur ne faisait pas allusion à un unique Journal de Rome, mais qu’il ne visait même pas les Acta d’une facon générale ; en effet les Acta populi ne se confondent pas, à l’époque impériale, avec les Acta Urbis, et c’est uniquement sur les Acta populi, qui intéressaient seuls la vie politique, que porte l'argumentation de Cossutianus Capito.
Aïnsi tous les Acta qui circulent dans le public sont, si l’on peut dire, des acta-correspondances.
Ce fait élimine l’hypothèse de Hirschfeld, car, si réduite que l’on suppose la publication que César aurait créée, encore devrait-il en subsister quelque trace ; il élimine de même les hypothèses de Mommsen et de Kubitschek, car le rôle que joue l'initiative individuelle exclut les agences
qui auraient exploité le service de renseignements institué par le consul de 59. Il écarte enfin la thèse bizarre de Hübner (1) qui voit, dans le commentarius de Caelius, le modèle sur lequel César aurait conçu les acta, alors que ce commentarius, de même que tous les journaux privés que nous connaissons, est postérieur aux acta dont il dérive manifestement.
Il s'ensuit en même temps :
19 Que les acta n’ont pas été publiés, au sens moderne du mot, et qu’ils n’ont été ni créés en vue de remplir le rôle de journaux ni rédigés en forme de journaux.
20 Les Acta-lettres admettant des informations étrangères aux act& officiels, qu’on ne saurait les retenir pour déterminer la nature et le contenu de ces documents, qu'avec précaution.