OBSERVATION VIII
Un cas de spasmeartérielrétinien à récidives, par Valudeet
Gallois. (Société d'Ophtalmologie de Paris, janvier 1922.)
Il s’agit d’une malade de 26 ans, qui fut frappée, fin novembre dernier, de cecité brutale et complète des deux yeux, survenue sans prodromes alors qu'elle lavait son plancher.
Cet état dura un quart d'heure environ puis la vision de l’œil droit revint rapidement à la normale. L’œil gauche n'avait recouvré qu'une acuité visuelle extrêmement faible et la malade vint nous consulter aux Quinze-Vingt le 5 décembre,
O. D, : normal V, = 1,
O. G. : mydriase légère, réflexes faibles, milieuxnormaux.
La rétine et les vaisseaux étant par ailleurs normaux on constate la présence d'une bande d'œdème incurvée, large
comme un diamètre papillaire; très nette Jde bords, s'étendant
de la papille à la région maculaire et centrée par l'artère maculaire supérieure : ce vaisseau rétréci, mais perméable est visible sur toute son étendue sauf près de la papille, où il est noyé dans l’æœdème.
Il n’y a dans le ehanp rétinien, ni hémorragies, ni exsudats V. O. G. = 0,05.
Le champ visuel semble être rétréci considérablement et présente de plus un scotome para-central inférieur.
Les jours suivants les phénomènes s’amendent assez rapidement, l’œdème se limite à la région maculaire, où il devient vite à peine perceptible, et l’acuité remonte jusqu’à près de 0,5.
Le 15 décembre,peu detemps après l'apparition des règles, l’acuité visuelle redescend à 1/8.
Même aspect ophtalmoscopique mais la papille a pâli. La malade estsoumise, à trois jours d’intervalie,à des inhalations de nitrite d’amyle : chaque fois il y a vaso-dilatation nette et l’acuité remonte en trente ou quarante minutes aux environs de 1/3, mais cette amélioration n'est que transitoire et l'acuité semble devoir se fixer aux environs de 0,2 par suite, semble-t-il d’atrophie optique.
Le 2 janvier, nouvelle crise de cécité bilatérale, dans les mêmes conditions que la première. Durée de cinq minutes, retour à la normale à droite, o, 1 à gauche.
Le 9 janvier, la malade souffre de céphalée violente toute la journée, puis il lui semble que sa vision s'éclaircit à gauche et nous trouvons le 11 à gauche une acuite de 1.
Aucune modification ophtalmoscopique. Le champ visuel est devenu normal à la périphérie, Il y a un scotome para-
central inférieur de 10 à 20 degrés.
pe
Enfin, le 16 janvier, les règles réapparaissent et de nouveau c'est une crise de cécité bilatérale, qui cède en quelques minutes au nitrite d'amyle ; le lendemain, l’acuité est de 2/3 à gauche, de 1 à droite.
En somme, oblitération à récidives d’une artère rétinienne gauche, avec signes ophtalmoscopiques nets au début, provoquant une cécité transitoire de l'œil qui garde par ailleurs une acuité normale et ne présente aucun trouble ophtalmoscopique.
Il semble donc logique d'écarter ici le diagnostic d’embolie ; l'artère maculaire est toujours restée perméable et si l'on a décrit des cas d’embolie où la cécité initiale était suivie de retour à la vision par transfert ou rétraction, du caillot, il y a ici d'une part, répétition de ces alternatives de cécité et de vision et d'autre part retour à une acuité normale après des semaines de vision mauvaise, qui oriente le diagnostic vers l'idée d’un spasme rétinien.
L'histoire antérieure de cette malade est extrêmement curieuse à ce point de vue. Réglée seulement à 18 ans, elle a eu à cette époque, à la suite d’un bain froid, des accidents sérieux d’asphyxie du membre inférieur gauche qui durèrent deux mois et furent suivis d'accidents semblables dans l’'avant-bras droit. Elle accuse souvent des crampes dans les membres inférieurs. Elle a de l’acrocyanose des mains; dorc, tout un syndrome vasculaire qui relève évidemment du spasme.
Ilne s’agit pas ici de spasme dû à l'hypertension chronique.
M. Bauilliart a bien voulu examiner cette malade à plusieurs reprises et l’a fait examiner par M. Vaquez;ona
constaté l'intégrité du cœur. La tension artérielle est bonne,
es
aux environs de 11-7. Il n’y a quéo gr. 18 d’urée par litre
dé sang. Les urines sont normales. Le Wassermann ‘est
La tension rétinienne est O. D. : 30-65 O. G.: 25-55 Il séraît facile évidemment d'incriminer des crises d'hyper tension paroxystiques, mais nous n’en avons aucune preuve. :
D'ailleurs la malade a un corps thyroïde anormal, dont les deux lobes sont augmentés de volume aveé, il est vrai, des variations assez nettes, puisque la malade a pu trouver des différences de tour du cou supérieures à un centimètre.
Il y a élargissement de la fente palpébrale, mydriase légère, tremblement des mains, tachychardie, réflexe oculo: cardiaque très net.
M. Sainton pense cependant qu'il ne s’agit pas ici de basedovisme vrai et que certains signes comme l’acrocyanose, la sécheresse de la peau êt des cheveux sont plutôt en faveur de l’hypothyroïdie, qu'en conséquence il s’agit sans doute de déséquilibre thyroïdien avec poussées d'hyperthyroïdie sous des influences telles que le travaïl ovarien au moment des règles. I1 y a donc chez celte malade un état intermittent de suractivité thyroïdienne, qui par son retentissement sur le sympathique nous semble devoir être
incriminé comme cause provoquante de ees Spasmes artériels.
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