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CHAPITRE V LE DIAGNOSTIC

A. — Clinique

Le diagnostic clinique est parfois très délicat. Il est basé sur: les commémoratifs ; la réinflammation, après une incubation silencieuse, de la plaie qui a servi de porte d’entrée ; la courbe fébrile ; l’exanthème; les douleurs ; l’asthénie ; l’anémie ; mais plusieurs de ces signes principaux peuvent manquer,les autres peuvent être masqués par des signes d’infection secondaire concomitants et en l’absence de commémoratifs nets on n’a pas, il faut bien l'avouer, l'esprit orienté vers cette maladie réputée exotique et rarissime.

Au premier stade: que les signes locaux soient seuls où accompagnés de fièvre, cn pense d’abord à une affection banale, plaie infectée à streptocoques, à staphylocoques, polymicrobienne, Ils sont nombreux les cas où devant l'aspect pseudophlegmoneux, le chirurgien n’a pas hésité à inciser profondément, étonné de ne voir surgir aucune goutte de pus mais

du sang et de la sérosité. Ce fait d’une plaie d’abord minime qui se réenflamme dix à vingt jours après attire bien l'attention de quelques médecins, maisils invoquent le microbisme latent des cicatrices.

. Sile malade est très courbaturé, si les douleurs locales ou générales sont très viveset pas en rapport avec l’inflammation locale, on pense au fétanos.

Si l’incubation est longue et si le malade avec la fièvre et les douleurs présente une dysphagie plus ou moins marquée, on songe à la rage. Dans plusieurs cas le traitement antirabique a été praliqué.

L’adénopathie volumineuse et isolée sans signes locaux fait songer à une adénite tuberculeuse. Dans le cas d’'Halluin et Fièvez, on avait porté le diagnostic d’adénopathie cancéreuse.

La lymphangite intense, les grands placards rouges etsurélevés peuvent faire songer à l’érysipèle, surtout lorsqu'ils siègent à la face.

Dans cette région les signes locaux inflammatoires très considérables qui accompagnent une morsure de la lèvre, de l’oreille ou du nez peuvent prêter à maints diagnostics : phlegmon de l'orbile, sinusite, mastoïdite.

Fièvre et exanthème sont constatés, on néglige les signes locaux ou ceux-ci sont frustes, —et le diagnostic suivant le caractère de l’éruption se pose avec la rougeole (le cas d'Henri Roger avait été isolé dans un pavillon decontagieux ; celui de Costa et Troisier partait pour la même destination), mais on peut songer aussi à l'érythème polymorphe en raison de la

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coexistence des douleurs articulaires ; au purpura infectieux; à l'érythème noueux lorsque l'éruption est indurée comme dans le cas de Burton Fanning; aux érythèmes loxiques ou toxi-infectieux.

Lorsque la fièvre est très caractéristique, on songe évidemment aux fièvres récurrentes à poux et à tiques, mais dans nos pays il est facile de les éliminer.

La fièvre des tranchées présente une courbe fébrile absolument semblable, mais il n’y a pas de morsure et donc pas de signes locaux; l’exanthème n’a pas été décrit; les douleurs seraient surlout osseuses. Il s’agit certainement là d’une affection très voisine, sinon tout à fait semblable. Couvy et Dujarric de la Rivière ont d’ailleurs isolé un spironème dans le sang d’un, malade dont la morphologie rappelle bien celle de Spironema sodoku.

La fièvre de Wolhynie parait être du même ordre.

La dengue sur les bords de la Méditerranée pourrait prêter à confusion avec son exanthème et sa fièvre.

La courbe du paludisme est bien différente de la courbe type du sodoku et Boïidin a bien montré les. différences entre les deux affections dans un rapport à la Société médicale de la IVe armée en 1917; mais la fièvre du sodoku peut être, nous l’avons vu, dans. quelques cas, une fièvre intermittente ou rémittente: et le diagnostic peut se poser. D'ailleurs dans deux observations nous avons vu signaler l'association des deux parasitoses.

L'endocardite végétante subaiguë à streptocoque

ou à pneumocoque présente parfois une courbe analogue avec accès hebdomadaires ou tous les dix jours.

Le cas de Douglas Colebrock et Fleming avait été étiqueté pendant un certain temps : {uberculose.

Les douleurs intenses, l'inflammationnon suppurée siégeant au niveau d’un poignet ou d’un genou et la

fièvre ont pu faire penser au rhumatisme articulaire aigu.

Les cas où la prostration est très marquée avec torpeur et somnolence ont fait penser à la méningite cérébrospinale ou à la fièvre typhoïde.

L'éruption apyrétique ressemble parfois à la roséole syphilitique et le tableau peut être complété par une plaie cutanée ou muqueuse reposant sur une base indurée ne suppurant pas et s’accompagnant d'une adénopathie satellite.

Nous n’en finirions pas à décrire toutes les affections qui peuvent causer une erreur de diagnostic.

B. — De laboratoire

Aussi en présence de cas douteux ne doit-on pas hésiter à recourir au laboratoire. Nous ne décrirons pas toutes les méthodes proposées mais celles que nous avonsjugées les meilleures pour nous avoirservi à mettre en évidence les parasites dans les deux cas où nous les avons recherchés. Il convient de faire les recherches et les inoculations au moment de l’acmé fébrile ou dans l'heure qui le précède.

Nous avons eu recours à l'examen du sang frais, recueilli par ponction veineuse au pli du coude dans une quantité de citrate de soude à 4 0/0, égale environ au tiers du sang recueilli. Dans ce sang porté extemporanément sous l’ultramicroscope mis au point auparavant, on constate la présence de très rares spironèmes courts, extrêmement mobiles. La recherche est longue et fastidieuse, aussi avons-nous eu l’idée, pour la rendre plus aisée, de centrifuger ce sang un quart d'heure avec une centrifugeuse très puissante. Le résultat a dépassé nos espoirs. Sur le culot redilué dans une goutte de sérum physiologique on voyait à peu près un spironème par champ. Cette centrifugation est inutile pour la recherche des parasites dans le sang des souris car ceux-ci y sont beaucoup plus nombreux que chez l'homme. On voit que le procédé est simple et à la portée de tous. On peut faire aussi quelques étalementis de ce sang citraté et l’on constate sur lames colorées au Giemsa, au Tribondeau la présence de spironèmes, mais la recherche en est plus difficile à cause de leur pâleur. L’encre de Chine selon la méthode de Burri met mieux en évidence le parasite, mais elle est d’un maniement délicat.

La recherche de l'agent pathogène dans le sang périphérique est presque toujours négative ; les spirochètes y sont rarissimes. Cependant en ont trouvé : Mantovani, Costa et Troisier et van Lookeren.

Sur les frottis de sérosité obtenue par ponction d’un ganglion enflammé, Futaki puis Mouchet et Guil-

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Jemin ont pu trouver le: dpt avec lencre de Chine. |

La proportion des réussites :de ‘la recherche ‘par illumination sur ‘fond noir ‘est excéllente, mais ‘la méthode qui donne encore le plus de sécurité ét que l’on «doit toujours employer eomme contrôle c’est l’inoculation de sang frais aux souris : 1 à 2 centimètres cubes sous la peau suffisent en général. Il convient, bien entendu, de s’assurer avant l’inoculation que les souris ne sont pas, déjà parasitées ce qui serencontre de tempsen temps. On n'aura plus sus qu’à faire des examens du sang de ces souris à l’ultramicroscope de temps en temps. |

À défaut de souris on peut inoculer des cobayes; il vaut mieux, alors, le faire dans la cavité péritonéale et ne pas attendre trop longtemps pour rechercher le parasite dans le sang car le cobaye meurt souvent vers le douzième ou le quinzième jour.

L'identification du Spironema sodoku se fera en recherchant en goutte pendante si le sérum du convalescent détruit les spirochètes du sang des souris. On pourra aussi inoculer dans lepéritoine de cobayes le mélange sang de souris parasitées et sérum de convalescent, tandis que des témoins n'auront que du sang infesté. Les premiers cobayes ne présenteront plus de spirochètes dans leur sérosité péritonéale recueillie une demi-heure à deux heures après et ne seront pas autrement incommodés, alors que les cobayes témoins présenteront des parasites et

mourront.

Le diagnostic rétrospectif, ou celui d’un cas fruste, pourra se faire de la même façon en recherchant les propriétés spirochéticides et spirochétolytiques du sérum du sujet sur des spirochètes du sodoku conservés chez des souris.

Il est bon pour cela de transmettre le virus de souris en souris tous les deux mois environ.

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