‹ Contribution à l'étude des stéréotypes dans la paralysie générale progressiveChapitre 14 sur 18 · MONTRE · texte numérisé non relu

MONTRE

nascendi étaient motivées (Monotypies de Klæsi), mais les motifs sont pathologiques, dictés par des idées délirantes ou par des hallucinations ; ils ont le caractère autiste, tandis que les mouvements des séniles sont toujours au début déclanchés par une sollicitation extérieure. Il s’agit donc là d’une action stéréotypée spontanée, mais d’une action sensée au début qui ne devient pathologique que par la répétition à partir du moment où elle n’est plus motivée. Ces phénomènes consistent en ceci: les malades se lèvent pendant la nuit et mettent en ordre les affaires leur appartenant, ouvrent et referment à plusieurs reprises les tiroirs, jouent avec lalumière, etc.; il y en ad’autres qui prennent un chiffon ou une brosse et nettoient des heures entières tous ce qu'ils peuvent atteindre, d’autres de nouveau font les mouvements du jeu de carte sans jouer. Il n’y a pas d’affectivité reconnaissable. Il s’agit dans les mouvements stéréotypes souvent moins d’une excitation primaire, mais de l'impossibilité de pouvoir freiner ! («nicht aufhôren kônnen » de Kræpelin). En plus il y a manque d’accessibilité.

d) affection organique quelconque.

Notre cas doit rentrer dans ce groupe. Voyons donc l’explication des phénomènes par des auteurs qui ont traité des cas analogues au notre. Suivons la publication de Häfner ? qui prétend que les stéréotypies de la para-

1 Cf. le cas de la thèse de Bauer: Contribution à l'étude des stéréotypies séniles. Strasbourg 1922.

2 HærNEr, W.: Katatone Symptome bei progressiver Paralyse. Zeitschr. f. d. ges. Neurologie u. Psychiatrie 1921. Band 68.

DEN de

lysie générale progressive sont dues à la persévération et qui pour les expliquer se base sur l’anatomie pathologique. Voici en quoi consiste sa théorie: «A certains endroits du cortex -les fibres d’association sont détruites. Par conséquent on peut rapprocher la conduite des malades en question de celle des enfants où de même ces fibres ne sont pas encore ou du moins encore incomplètement développées. Les symptômes sont subordonnés à cette dissociation associative (Kleist). Les petits enfants ont l'habitude d’imiter ce qu'ils voient ou entendent ou bien de répéter les choses avec lesquelles ils sont familiarisés. On voit donc chez eux de l’écholalie, de l’échopraxie, des stéréotypies (dans la conception de Heïlbronner stéréotypie — persévération). Ces phénomènes sont dus au fait que l’enfant ne possède pas une richesse d’association dans laquelle il peut puiser pour satisfaire à sa tendance physiologique d'occupation. Dans les deux cas de l’enfant et de la paralysie générale progressive l'association manque ou est au moins incomplète. Plus la tendance associative ordonnée diminue, plus la tendance à la persévération s'accroît. Au fur et à mesure que l’idéation (Vorstellungsschatz) diminue, la faculté associative décroît elle aussi et les excitations de la motilité et du langage deviennent de plus en plus monotones. Ces excitations monotones jointes à la tendance à la persévération et à une tendance physiologique persistante à l'occupation conduisent à la stéréotypie. Les stéréotypies soient verbales soient motrices peuvent alors être expliquées comme suit: elles sont dues à l’exagération de la psychomotilité et de la tendance physiologique à la persévération ; cette dernière est

due aux lésions du cortex qui conduisent à une rupture temporaire ou définitive des voies associatives. »

Voilà l'opinion de Häfner. En ce qui concerne notre avis personnel, nous ne croyons pas qu'on puisse expliquer un symptôme psychopathologique comme la stéréotypie par des données anatomo-pathologiques et beaucoup d’auteurs sont d'accord avec nous pour dire que de telles tentatives sont plutôt du domaine de la mythologie. Quant à la persévération elle ne paraît non plus entrer en ligne de compte au moins pour le cas qui nous est soumis et voici pourquoi: Lorsque nous constatons la persévération d’un mouvement, nous constatons en même temps que l'idéation qui a déclanché le mouvement persévère également, parce que le mouvement n'est que la suite d’une idéation ou d’un élément représentatif. Notre malade n’a jamais concédé un élément représentatif quelconque. Il ne donne de sa stéréotypie aucune explication. Ce fait ne prouve pas un négativisme parce que le malade nous donne parfois volontiers des réponses et indique toujours ne pas savoir ce qu'il fait ni pourquoi il le fait. Il paraît donc s'agir d’un mouvement automatique et par conséquent appartenir aux stéréotypies vraies et à ce point de vue assimilable à celles de la catatonie.

Les auteurs qui pour expliquer les phénomènes se basent sur l’anatomie pathologique attribuent naturellement aussi la variabilité d’une stéréotypie à l’évolution et à la localisation différente du processus morbide (Kleist). De même les rémissions au cours de la maladie en présence seraient dues au fait que certains foyers se sclérosent, peuvent ensuite être suppléés par d’autres régions corticales jusqu'à ce qu’une nouvelle poussée

d’une autre localisation vienne rompre l’équilibre (Schrüder).

Quant à notre avis personnel nous avons déjà expliqué plus haut que nous croyons que ces théories sont inacceptables. Il nous paraît même impossible de tracer des limites psychologiques dans les phénomènes présents comme le fait par exemple Jaspers. La stéréotypie, de laquelle beaucoup d’aliénistes et non les moindres, ont essayé de donner une explication, n’a pas été expliquée.

En réalité, la majeure partie des symptômes que nous observons en psychiatrie se soustrait à la compréhension psychologique normale, mais c’est un fait qui n’ôte rien à la valeur clinique de ces phénomènes.

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