ETUDE MICROSCOPIQUE
a) suppurations putrides.
I. — GANGRÈNE. — Les lésions en sont bien connues. A la première phase d’escarrification, on trouve sur une coupe intéressant le sphacèle et le tissu environnant : « 1° Une zone sphacélée où on ne peut plus distinguer aucun élément figuré et qui forme une masse colorée sans aucun détail particulier. 2° Une zone de parenchyme pulmonaire atteinte d’un processus de broncho-alvéolite intense. Il est à peu près impossible d’y distinguer les parois alvéolaires, les alvéoles sont bourrées de leucocytes ». 3° Une zone d’extension présentant des lésions d’alvéolite fibrino-leucocytaire et fibrineuse.
Lorsque l’escarre centrale s’est éliminée, la paroi cavitaire présente elle-même, à considérer au-dessous d’une couche de sphacèle, la deuxième et la troisième zone.
Ces trois zones correspondent à la description classique de Cornil et Ranvier : zone de sphacèle, zone d’élimination, zone de propagation.
On trouve dans les tissus, des microbes anaérobies en quantité considérable.
2, — ABCÈS PUTRIDES. — À la période pré-cavitaire ils présentent les mêmes lésions nécrotiques que nous venons de décrire à la gangrène.
De l’aspect histologique à la période cavitaire, Bezançon, Etchegoin, Celice et Delarue ont donné, en 1929, une description complète : 1° Dans la cavité, ou appendus à la paroi cavitaire, on trouve des masses amorphes de sphacèles. 2° La paroi. Il existe ici l’ébauche plus ou moins évoluée de la formation d’une paroi. La lumière cavitaire est bordée de lames concentriques de tissu collagène parsemées d’amas leucocytaires et par place de nappes hémorragiques, il n’est pas possible d’y reconnaître le tissu pulmonaire. On y voit aboutir des bronchioles altérées et des vaisseaux thrombosés dont les parois sont plus ou moins détruites. Au delà le parenchyme devient reconnaissable et présente d’importantes lésions. Les lésions alvéolaires sont de trois sortes : alvéolite fibrineuse et diapédétique comparable à celle de la pneumonie où l’alvéole contient un réseau plus ou moins dense de fibrine où l’on trouve de nombreux polynucléaires. Alvéolite nécrotique et hémorragique où le contenu fibrino-leucocytaire s’est nécrosé et cesse d’être reconnaissable et où l’on voit des raptus hémorragiques et des fibres collagènes. Alvéolite fibro-vasculaire où lalvéole est envahi par le collagène résultant probablement du métamorphisme de la fibrine et où l’on trouve des capillaires néo-formés. Certains de ces alvéoles sont encore nettement reconnaissables, d’autres sont complètement mutilés et ne forment plus qu’un bloc de sclérose.
Les lésions broncho-vasculaires sont importantes. Les vaisseaux ont leur tunique interne altérée, tuméfiée, comblant parfois la lumière vasculaire. Les bronches ont perdu leur épithélium ; leur armature élastique est bouleversée et leur paroi est envahie par des vaisseaux embryonnaires et des fibres collagènes. Enfin, les axes vasculo-bronchiques sont entourés d’une gaine fibro-conjonctive de collagène et de capillaires néo-formés.
Flore microbienne des parois cavitaires. Comme l’ont montré Bezançon et ses élèves, Lemierre, Léon Kindberg, Laporte et Adida, Sergent et ses élèves, Bernard et Desbuquois on découvre le plus souvent une association d’anaérobies et de spirochètes disposés de la même façon que Bezançon, Etchegoin, Moreau et Bernard ont décrite dans les suppurations chroniques : dans les masses nécrotiques centrales on trouve des anaérobies à l’état pur, dans la zone fibrino-leucocytaire et conjonctivo-vasculaire on trouve des spirochètes à l’état presque pur ; ces deux zones microbiennes sont réunies par une troisième où l’on trouve mèlés des spirochètes et des anaérobies.
En résumé, si nous retrouvons ici les lésions destructives et les microbes de la gangrène, nous y observons en outre une tendance conjonctivo-vasculaire.
b) suppurations simples.
Nous en donnons la description d’après Kourilsky.
Au début, lorsque la suppuration est diffuse ont trouve des lésions d’alvéolite aiguë suppurée. Les cavités alvéolaires sont remplies de polynucléaires altérés ; les parois épaissies, infiltrées de collagène par endroit ont en d’autres points cédé et ainsi se sont formés de petits abcès microscopiques. Autour du foyer d'infiltration suppurative on voit des lésions d’alvéolite catarrhale et œdémateuse.
Au fur et à mesure que la suppuration évolue les parois alvéolaires disparaissent, les abcès microscopiques confluent et grossissent et un petit abcès se constitue formé par une masse purulente entourée d’un parenchyme ïinfiltré de suppuration où les parois alvéolaires sont de plus en plus reconnaissables au fur et à mesure qu’on s'éloigne. L'étude de ces lésions permet parfois de reconnaître l’origine vasculaire ou bronchique de la suppuration selon qu’elles sont centrées par une bronchiole ou par un vaisseau.
Lorsque la fonte purulente a été importante, dans les grands abcès, on trouve : 1° bordant la lumière cavitaire un tissu fibrillaire collagène tassé qui forme une limitante plus ou moins nette et plus ou moins irrégulière ; 2° une zone où les alvéoles sont reconnaissables mais tassés, infiltrés d’une sclérose intra et extra alvéolaire et de bandes de collagène épais et jeune où l’on trouve (Babonneix et Lévy) de nombreux vaisseaux néo-formés et par endroits des raptus hémorragiques ; 3° une zone d’alvéolite fibrineuse et catarrhale.