THÉRAPEUTIQUES MÉDICALES
Elles comprennent les traitements hygiéniques et diététiques d’une part, les traitements médicamenteux d’autre part.
Les premiers ne présentent rien de particulier, disons simplement qu’un suppurant pulmonaire comme un tuberculeux pulmonaire doit manger beaucoup. C’est le premier moyen de soutenir la résistance du malade. Les auteurs américains insistent beaucoup sur le repos au lit qu’ils considèrent comme le premier moyen de mettre la lésion même au repos.
Les traitements médicamenteux sont multiples. Les médicaments peuvent être introduits par l’une des voies habituellement employées (c’est le cas le plus fréquent), ou portés directement au niveau de la lésion ; nous étudierons ces méthodes d’endoscopie médicale (Moulinier) à part.
I1 est habituel de classer les médications employées en spécifiques et non spécifiques.
LES MEDICATIONS NON SPECIFIQUES
Toutes les méthodes possibles ont été employées. Les antiseptiques pulmonaires généraux : le goménol, l’eucalyptol, le gaïacol, le thymol, en inhalation ou en solution huileuse injectée sous la peau sont les plus courants et les plus anciennement utilisés de ces médicaments. Nous ne les citons que pour mémoire car'ils ne sont plus employés dans les suppurations pulmonaires, leur inefficacité étant certaine.
Les antiseptiques généraux.— Les plus divers ont pu être employés: teinture d’ail per os (Lœæper), iodaseptine en injections intraveineuses (Dufour, 1924), myocolysine en injections sous-cutanées (Œttinger, 1921), urotropine (Kopter, 1927), quinine en solution éthérée intra-
musculaire (les auteurs allemands Kirsch-Hopfer, Donath), thymol (Bossem), alcool à 33° en injections intraveineuses (Landau, Fedgin et Bauer).
Toutes ces médications ont le même inconvénient qui est celui des antiseptiques généraux : On ne doit pas compter sur elles, le plus souvent elles n’agissent pas. Il faut reconnaître cependant à la lecture des observations qu’elles peuvent parfois agir soit par un mécanisme de choc (observation d’'Œttinger), soit par un mécanisme antiinfectieux pulmonaire (alcool). Il ne faut donc pas les négliger systémaitquement et savoir au contraire à l’occasion utiliser celle de son choix.
La cure de soif. — Citons ici cette méthode préconisée par Dorendorf (en Allemagne), Roth et Singer (en Suisse), Colard (en Belgique) que l’on voit de temps à autre être employée par quelques auteurs étrangers et qui à fait en France l’objet d’une revue générale de Mouzon. Réduction des liquides, ingestion d’aliments contenant peu d’eau et de chlorure sodique (hydrocarbone), telle est la base de cette méthode. Elle agirait en diminuant les sécrétions par deshydratation et déchloruration. Peut-être aussi par le même mécanisme modifierait-elle le terrain local, le rendant moins favorable à la pullulation microbienne.
Dorendorf, sur 22 cas, aurait eu 19 guérisons, Roth, 7 sur 7 cas, Singer, sur 14 cas d’abcès chroniques, aurait eu dans 8 cas une diminution de la sécrétion des 3/4. Ces auteurs n’ont guère été suivis.
En fait, cete méthode sans doute bien théorique, n’a manifestement aucune tendance à se répandre. Nous avouons ne l’avoir jamais employée. En ce qui concerne les suppurations chroniques, les observations de Singer lui-même montrent qu’elle ne peut être qu’une thérapeutique palliative et adjuvante. En ce qui concerne les abcès aigus avec ce que l’on sait des guérisons spontanées, ces cas ne sont pas assez nombreux pour que les beaux résultats de 2 ou 3 auteurs puissent être admis sans réserve.
LES MEDICATIONS DITES SPECIFIQUES
Vaccinothérapie
En 1921, Abadie et Dufau en présence d’un abcès putride aigu à flore variée (staphylocoque, streptocoque, pneumobacille, Proteus vulgaris) préparent un autovaccin et grâce à lui guérissent leur malade.
Depuis, la vaccinothérapie a de nouveau été utilisée et presque toujours sous forme d’auto-vaccin préparé à partir des crachats. Les observations des cas ainsi traités sont malgré tout peu nombreuses.
Moulinier trouve 13 cas français. Depuis, citons les cas de Léon Bernard et Pellissier, de Dussert, de Ferriot, de Livierato, de Vedel Vidal et Gondard. Dussert seul utilisa un stockvaccin pyogène polyvalent de l’Institut Pasteur. Il s’agissait le plus souvent d’abcès polymicrobiens ou putrides.
De tous ces cas, il n’en est aucun qui entraîne la conviction sur la réelle valeur du traitement. Tantôt il s’agit d’abcès à pyogènes qui auraient sans doute pu guérir spontanément (Weissenbach —, Lereboullet, Lelong et Benoist), tantôt la guérison de l’abcès reste douteuse (Livierato). Parmi les autres cas aucun n’est probant.
Personnellement, deux de nos cas furent traités par du vaccin. Dans l’obs. 9 un abcès à staphylocoque doré fut traité par un autovaccin préparé à partir du pus de ponction. Les injections furent pratiquées tous les deux jours. Les deux premières restèrent sans influence ; le jour même de la troisième un vomique se produisit ; puis deux autres vomiques les deux jours suivants. Dès ce moment, l’évolution vers la guérison commença.
Dans ce cas, ce furent manifestement les vomiques qui guérirent l’abcès ; il est cependant fort possible que la vaccination ait hâté ces vomiques en produisant une réaction focale.
Dans l’obs. 10 il s’agit d’un abcès à pyogènes probable dont la flore resta inconnue. 6 injections de 2 cc. du vaccin de Weill et Dufour furent faites. Le malade guérit sans que l’action du vaccin ait été manifeste.
En somme nos 2 observations confirment l’impression donnée par les cas déjà publiés.
Nous pouvons donc conclure avec Léon Kindberg et avec Moulinier en dépit de l’opinion de Léon Bernard et Pellissier. Des cas publiés (une vingaine environ) i ressort que la vaccinothérapie n’@ pas sur les abcès du poumon d'action spécifiquement efficace, c’est: à-dire qu’elle rest jamais suivie de guérison immédiate. Il n’est cependant pas possible de lui refuser toute action anti-infectieuse dans les cas publiés ou dans nos 2 cas personnels. Par conséquent, elle mérite d’être ütilisée dans des cas analogues, c’est-à-dire dans les abcès aigus à pyogènes.
Dans les abcès putrides nous allons voir qu’il existe des traitements plus intéressants. Dans les abcès chroniques et dans les bronchiectasies, enfin il ne peut être question de vaccination.
Sérothérapie
Une seule fois la sérothérapie fut employée contre un abcès à pneumocoque par Laignel-Lavastine et Coulaud. Cet exemple ne fut pas suivi.
Ce cas mis à part, la sérothérapie n’a été utilisée que dans les suppurations putrides, gangrènes pulmonaires ou abcès putrides.
Appliquée pour la première fois en 1920 par Dufour, Semelaigne et Ravina puis l’année suivante par P.E. Weill, Semelaigne et Coste, elle fut depuis couramment utilisée. Le Chaux, en 1927, en groupait 73 observations, Briault, en 1924, Rouffiac, en 1930, lui consacrent leur thèse.
Le sérum utilisé fut dans presque tous les cas celui de l'Institut Pasteur de Weinberg. Parfois ce furent ceux de Leclainche et Vallée, ou Vincent et Stodel.
Les voies essayées furent multiples, intraveineuse, intramusculaire, rectale (P. E. Weill) intratrachéale (Rathery et Bordet). L’injection sous-cutanée reste la plus simple et la plus pratique.
Les doses employées : Il ne faut pas hésiter, semble-t-il, à employer des doses élevées. Il est fréquent de noter des doses de 1 litre et davantage. Lœper et Garcin ont injecté jusqu’à 8 litres par injection quotidienne de 110 cc.
Mode d'action du sérum. — Il a été très discuté. Dans les cas où parmi les anaérobies en cause se trouve le perfringens, Weinberg a pensé que le sérum, neutralisant l’action de celui-ci, gênait, en disloquant ainsi l’association microbienne, l’action de tous les autres. (Action cataxique). Mais le plus souvent les anaérobies asporulés sont seuls en cause, |
Il est possible que les anaérobies pulmonaires aient avec les anaérobies telluriques des toxines communes contre lesquelles le sérum peut fort bien agir (Weinberg). Il ne s’agirait en tous cas pas là de toxines communes à tous les anaérobies puisque le sérum antitétanique essayé resta sans action (Trabaud).
Il est possible que ce sérum possède une action anti-diastasique contre les diastases protéolytiques et peptolytique des microbes.
Pour l'instant ce ne sont là que des mots.
Lemierre et Kindberg, Rathery ont vu l'amélioration coïncider avec l’apparition des accidents sériques du 6° au 10° jour, et il est logique de rapporter au choc l’amélioration observée dans ces cas.
Dans nos cas, nous avons pu observer à plusieurs reprises des accidents sériques et une seule fois en même temps que des accidents sériques très graves nous vimes une amélioration se dessiner. Elle fut éphémère.
Les guérisons vraïes paraissent rares. Flaum, sur 8 cas de gangrène pulmonaire traités par le sérum n’a que 2 morts, mais les 6 autres sont seulement améliorés. Langeron et d’Hour rapportent 6 cas dont 4 guéris et 2 très améliorés, mais au sérum est associé le 914.
Cependant Parisot et Caussade, sur 57 observations, trouvent 16 Suérisons immédiates et tout récemment Vincent et Stodel sur 19 cas
de gangrène pulmonaire traités par leur sérum, ont 12 guérisons complètes.
Kindberg et Moulinier pensent que le sérum anti-gangréneux entraîne souvent une amélioration notable caractérisée surtout par la disparition de la fétidité, de la quantité des crachats, une chute de la température.
Personnellement, les quelques fois où nous avons utilisé ou vu utiliser le sérum nous n’avons pas eu l’impression d’une bien grande efficacité. Le malade de l’obs. 11 mourut, le malade de l’obs. 21 et celui de l’obs. 5 ne furent nullement améliorés.
Enfin nous venons de citer un cas où l’amélioration qui accompagna les phénomènes de choc fut éphémère.
Lorsqu'une amélioration survient, il arrive assez souvent qu’elle ne soit pas définitive et l’on cite volontiers le cas du malade qui fit l’objet de la communication princeps de Dufour et qui récidiva après plus d’un an de guérison apparente pour être finalement emporté.
Pour conclure, disons que si « le sérum doit toujours être employé en cas d’abcès putride » (Léon Kindberg), il faut le plus souvent s’attendre à ne le voir agir qu'incomplètement ou même à rester sans action. L'arsénothérapie et l’émétine que nous allons maintenant étudier nous paraissent présenter une plus grande valeur.
Arsénothérapie
Lorsque l’on connut le rôle possible des spirochètes dans les suppurations putrides, il devenait logique de tenter la médication arsénicale.
Perrin le premier en 1914 puis en 1919 fit cet essai, il eut deux succès. Depuis l’arsenic fut beaucoup employé, aussi bien à l’étranger (où Becker, à la clinique de Brauer, l’utilisa dès 1914) qu’en France.
Les préparations d’arsenic les plus employées sont le stovarsol en comprimés de 0,25 ou 0,50 par la bouche, et le noversénobenzol en injection intraveineuse de 0 g. 15 à 0 g. 30.
Les doses. — Perrin fit deux 0,45 à 8 jours d’intervalle, dans un cas ; et 7 injections de 0,15 à 0,60 dans son 2° cas. Langeron et d’Hour utilisent des doses de 0,15 à 0,30 répétées tous les deux ou trois jours pendant plusieurs semaines s’il le faut.
La voie d'introduction. — C’est la voie digestive ou intraveineuse. Mariano Castex avec ses élèves utilisa la voie trachéale. Mais surtout Edel utilisa dans 8 cas l'injection directe transpariétale du médicament dans le foyer, il aurait eu des résultats intéressants.
Le mode d’action des préparations arsénicales n’est pas précisé. Il ne s’agit pas, comme on l'avait pensé au début, d’une action spécifique sur les spirilles. Kissling, à qui la médication arsénicale a donné de beaux succès, n’admet pas le rôle pathogène des spirilles et Olmer
et Isemein, pour qui toutes les suppurations pulmonaires sont dues aux spirilles, voient souvent l’arsenic rester inactif.
Graham pense que l’arsenic fait disparaître les spirochètes mais ne détruit pas les anaérobies. Et l’on peut conclure avec Armand Delille et Roudinesco-Weiss qu’il est des cas où le novar n’agit pas, alors qu’il y a des spirochètes dans les crachats et d’autres où il agit alors que les spirochètes n’ont pas été trouvés.
Les résultats de l’arsénothérapie semblent comme ceux de la sérothérapie être très inconstants, mais non négligeables cependant. Outre les cas publiés isolément, il a été publié quelques séries de cas intéressants. Carlo Alessandri, en 1928, utilisant le néosalvarsan, a sur 11 malades 5 guérisons et 3 améliorations ; Edel 8 guérisons sur 8 cas ; Neumann 13 guérisons sur 32 cas, Kissling, groupant 44 cas, trouve 31 guérisons ; Langeron et d’Hour, Kline et Berger, ont guéri plusieurs abcès du poumon par l’arsenic.
Cependant Olmer et Ismein réunissant 48 cas ne trouvent que 11 guérisons (le 1/4) ; or c’est là le taux classique des guérisons spontanées.
Parmi nos observations, l’arsenic fut plusieurs fois utilisé. Dans l’obs. 5, son action paraît avoir été certaine (Stovarsol). Dans l’obs. 7 où il fut donné, associé à l’émétine, l’ensemble du traitement paraît avoir agi. Dans les obs. 26 et 27 où il fut associé à l’émétine, l’action ne paraît pas avoir été très nette. Dans l’obs. 21, il resta sans action.
» En résumé, l'arsenic à une action très irrégulière, mais supérieure à celle du sérum. Il ne faut pas chercher à superposer son action à la nature spirillaire de l'infection et ce traitement mérite d’être utilisé dans toutes les suppurations putrides.
Le traitement émétinien
Depuis les travaux de Rogers, en 1911, et les communications de Chauffard, en 1913 et 1914, on connaît l’action curatrice spécifique de l’émétine dans l’amibiase.
En ce qui concerne les abcès du poumon, Cordier, en 1923 (dans son 1°’ cas), Pellé et Baron, en 1929, Harrington, en 1930 trouvant des amibes dans les crachats firent un traitement émétinien et obtinrent en quelques jours une guérison complète de leur malade. Petzetakis, en 1930, trouvant des amibes dans la paroi d’un abcès pneumotomisé, donne aussi de l’émétine, la fièvre tombe dès la première injection et rapidement le malade guérit.
Ces observations Caractéristiques prouvent déjà l’action radicalement spécifique de l’émétine dans les abcès amibiens du poumon.
A celles-ci s’en ajoutent d’autres beaucoup plus nombreuses où, malgré l’absence d’amibes dans les crachats et grâce aux antécédents
typiques du malade, ou aux caractères cliniques de la suppuration (absence de microbes dans les crachats), l’étiologie amibienne était fort probable et où le traitement émétinien eut une action curatrice radicale. Tels sont les cas, en 1923, de Ramond, Denoyelle et Lautmann, de Cordier (2° observation), de Pissavy Bréger et Chabrun, de Leclerc ; en 1924, de Weill et Lamy, de Vedel Puech et Sicard ; en 1928, de Lemierre et Kourilsky, Vialard et Paponnet ; en 1930, de Marcel Labbé ; en 1931, de Dargein et Plazy ; de notre Maître le Professeur Costantini (obs. 1). Dans tous les cas, pour une raison variable anamnestique ou clinique, on fut amené à penser à la nature amibienne de la suppuration et toujours, sans exception, la guérison suivit immédiatement le traitement.
L'action de l’émétine dans l’amibiase pulmonaire est tellement spécifique que dans des cas où rien ne pouvait faire soupçonner l’amibiase, ce fut le traitement émétinien qui fit le diagnostic par le caractère vraiment spécifique de son action (Brulé et Hillemand).
En présence de faits de cet ordre on fut amené à utiliser de plus en plus l’émétine dans les abcès du poumon alors même que rien ne pouvait faire soupçonner l'’amibiase. Cette pratique permit de constater dans certains cas à la suite des injections d’émétine des améliorations ou des guérisons progressives qui ne présentaient pas toutefois le caractère à tout coup radical des guérisons dans les abcès amibien. Déjà en 1925, Dargein et Doré rapportent un cas où rien (sauf une vomique chocolat) ne pouvait faire penser à l’amibiase et où, après une première amélioration après traitement émétinien, il y eut deux reprises de l’affection qui nécessitèrent de nouvelles séries. Mais surtout, Brulé Laporte et Ragu, en 1929, rapportent deux cas d’abcès primitif du poumon où l’émétine eut une action certaine mais n’entraîna pas la guérison. Dans le premier cas, il s’agit d’un abcès putride; après traitement émétinien une guérison clinique et une grosse amélioration radiologique surviennent, 1 mois 1/2 après survient une reprise qui est de nouveau arrêtée par l’émétine ; quelques temps plus tard, de nouveau, quelques petits phénomènes se sont manifestés. Dans le deuxième cas l’émétine a encore une action certaine mais la guérison n’est pas complète ; il persiste un léger fébricule à 37,5 38 et une petite expectoration.
D’autres observations comparables à celles-ci se sont multipliées. Dès 1928, Ilagnov rapporte 7 cas de pneumopathies dont l’émétine a entraîné la guérison ; 3 de ces cas sont des abcès pulmonaires typiques.
En 1930, Nubert et Branistéanu rapportent 2 cas d’abcès du poumon dont un fut guéri et l’autre amélioré par l’émétine. La même année, Fliederbaum publie une étude importante : Sur 15 abcès, il en trouve 4 guéris et 9 améliorés. Sur 18 gangrènes, il en trouve 2 guéries et 9 améliorées. La même année, A. Bernard de Lille rapporte une observation d’abcès du poumon à pneumocoque et staphylocoque
guéri par l’émétine, Nanu-Muscel et Stoïchitza, sur 6 cas traités par l’émétine, ont 3 guérisons. La même année, Peco et Secco rapportent 2 cas non amibiens guéris par l’émétine.
En 1931, Hugonot, Friess et Froment rapportent un cas d'abcès post-pneumonique rapidement influencé par l’émétine qui ER et un cas d’abcès putride amélioré par le traitement combiné d’émétine et de sérum antigangréneux. Ces auteurs insistent sur la remarquable efficacité de l’émétine en dehors de toute étiologie amibienne reconnue.
Parmi les malades que nous avons pu suivre, presque tous ont subi des injections d’émétine. Chez le malade de l’obs. 1, il s’agissait d’amibiase, le malade guérit radicalement.
Chez les autres, voici ce que nous avons observé :
Dans nos observations 7, 8, 26 et 28 l’émétine paraît avoir nettement influencé l’évolution vers la guérison (dans les obs. 7 et 28 on fit en même temps de l’arsenic). Chez un autre malade que nous eumes l’occasion de suivre chez notre Maître le Professeur Aubry, elle eut aussi une influence nettement favorable entraînant trois fois de suite une chute de la température et finalement la guérison.
Chez un malade dont nous avons publié l’observation avec notre Maître Lévi-Valensi, l’émétine eut très nettement une action favorable ; mais il s’agissait d’un vieil abcès polycavitaire chez un vieux scléreux pulmonaire et naturellement il ne pouvait s’agir de guérison vraie; le malade mourut quelques temps après.
Chez d’autres malades l’émétine ne paraît pas avoir modifié l’évolution vers la mort (obs. 14, 12, 34, 36).
En somme sur 10 malades nous en trouvons 4 chez lesquels l’émétine resta sans action et 6 chez lesquels elle fut suivie d’une amélioration, parmi lesquels 4 guérirent.
De tous ces faits, que conclure ?
Notre Maître le Professeur Costantini pense que hormis les cas d’amibiase où l’émétine agit radicalement, il ne faut pas compter sur l’action de l’émétine dans les suppurations pulmonaires. C’est aussi l'opinion de Léon Kindberg. Nous sommes malgré tout tentés, en présence des cas que nous venons de citer, de croire à une influence heureuse de l’émétine dans les abcès non amibiens. À coup sur cette influence n’est souvent pas radicale et se limite dans bien des cas à une amélioration. Chute de la température, diminution et désodorisation des crachats, amélioration de l’état général ; mais ce n’est pas là chose négligeable.
Il est donc possible de conclure, avec Sergent, que parmi les abcès
du poumon (dont la clinique n’a pas révélé la nature amibienne) il enteste
1° Qui radicalement sont jugulés et guéris par le traitement émétinien : ceux-ci et ceux-ci seulement sont amibiens (Lemierre, Sergent, Labbé, Kindberg) :
2° Qui sont améliorés ou lentement guéris par l’émétine (Brulé, Laporte et Ragu, Nubert et Branisteanu, Fliederbaum, lagnow) : ce sont des abcès qui, quoique non amibiens, sont guéris par l’émétine, ou du moins améliorés par l’émétine ;
3° Qui ne sont pas influencés par l’émétine.
En conclusion. — Dans ces conditions, et les auteurs sont tous d'accord à ce sujet, il faut systématiquement dans toute suppuration pulmonaire pratiquer quelques injections d’émétine.
1° On court ainsi la chance de guérir en quelques jours un abcès amibien unique et première manifestation d’une amibiase camouflée, de cette amibiase que l’on apprend aujourd’hui à connaître et sur laquelle nous avons vu si souvent insister notre Maître le Professeur Costantini.
2° Alors même que cette première chance ne se trouve pas, on peut après quelques piqûres déclancher une amélioration intéressante qui peut devenir une guérison.
3° Enfin, si l’émétine reste sans action on est certain de n’avoir pas fait de mal.
Le traitement émétinien est encore un pari où l’on a tout à gagner.
Mécanisme d'action. — Le mode d’action de l’émétine dans les suppurations non amibiennes a été très discuté ; à vrai dire, il n’a pas été précisé encore.
lagnov et Vidrascu ont fait une étude expérimentale intéressante de l’action de l’émétine. Ils concluent de leurs expériences sur les souris, avec du B. typhique, à un pouvoir favorisant la production d’agglutinines dans le sérum.
Brulé Laporte et Ragu pensent que l’émétine agit trop vite pour que le mécanisme humoral puisse être exact ; ils sont tentés de croire à une action chimique, anti-infectieuse et peut-être spécifique de l’émétine contre un agent pathogène encore inconnu qui serait en cause primitivement dans l’abcès. A vrai dire, c’est là de l’hypothèse pure.
Théohari pense que l’émétine agit surtout sur les fuso-spirilles. Nubert et Branisteanux pensent que l’émétine est un médicament bronchique qui réduirait les sécrétions bronchiques (ce que nous sommes fort tentés de croire).
Il ressort de cette énumération d’hypothèses que la question reste à résoudre.
Les doses à employer. — Elles n’ont rien de spécial. Nous avons coutume de faire dix piqûres de 0,04 quotidiennes, soit 0,40 en 10 jours.
Ce sont les doses approximativement employées par tous les auteurs et renouvelables après 3 à 4 semaines de repos. |
CONCLUSIONS. —- Aujourd’hui que les cas de guérisons spontanées des suppurations pulmonaires se sont affirmés assez fréquents, étant donné d’autre part l’inaction fréquente des thérapeutiques médicales, beaucoup d’auteurs ont émis des doutes sur lefficacité de ces thérapeutiques.
I1 nous semble cependant qu’elles ne doivent pas être dédaignées.
En effet : 1° Il est illogique de ne pas admettre l'efficacité d’une influence médicamenteuse sur les microbes en cause. Les médications, anti-infectieuses générales elles-mêmes, dont l’action certes est très inconstante n’ont pas de raison d’agir moins bien au poumon que dans toute autre suppuration.
2° Mais surtout à l’actif de chaque méthode nous y avons insisté, il existe un certain nombre d’observations réellement probantes de leur action.
Donc les traitements médicamenteux dont l’action réelle est sans doute peu fréquente, méritent d’être toujours utilisés. Et ceci d’autant plus : 1° qu’ils n’ont aucun inconvénient ; 2° que pendant quelque temps il faut laisser évoluer la suppuration sans intervenir chirurgicalement, et qu’il est fort simple d’utiliser ce temps à essayer loyalement l’action des médicaments.
Les traitements médicamenteux seront utilisés sans distinction de siège, d’âge, de sexe. L’émétine sera employée sans distinction de variété bactériologique. Par contre les arsenicaux ne seront utilisés que dans les suppurations putrides, les sérums que dans les suppurations putrides (anti-gangréneux) et streptococciques, les vaccins dans les suppurations non putrides et en particulier unimicrobiennes.
Enfin, toutes ces thérapeutiques médicamenteuses ne valent guère que dans les abcès aigus. Dans les abcès chroniques les médicaments ne peuvent rien. Il ne faut pas cependant les rejeter complètement ; ils peuvent par leur action anti-infectieuse entraîner une petite amélioration ; mais surtout l’émétine risque, en cas d’abcès amibien méconnu, d'entraîner réellement la guérison (obs. 1).