LES THERAPEUTIQUES DE DESINFECTION LOCALE DU FOYER
Sous ce titre, nous grouperons toutes les techniques par lesquelles les auteurs ont cherché à apporter dans le foyer suppurant lui-même les antiseptiques.
1° Les injections par voie trachéo-bronchique
a) Voie transglottique (technique de Guisez). — Il y a beau temps que des auteurs ont cherché à mettre en pratique l’idée logique en
soi d’apporter jusque sur les lésions elles-mêmes des substances antiseptiques ou modificatrices. Mais en France ce n’est que depuis les multiples communications de Guisez que cette méthode fut connue et appliquée.
En 1910, Béclère et Guisez rapportaient l’observation d’une « suppuration gangréneuse » traitée par cette technique et guérie. En 1911, 1913, 1914, Guisez apporta une vingtaine de cas de gangrène pulmonaire aiguë ou de dilatation bronchique traités de la même façon.
La technique était la suivante : une très longue canule est introduite après anesthésie bucco-pharyngée jusqu'aux grosses bronches. On fait pencher le malade de façon à faire parvenir dans la lésion les substances injectées (goménol à 20 ou 30 %, menthol à 1 %, gaïacol au 1/20).
Guisez réalisait ainsi, selon sa propre expression un véritable pansement local.
Dans les cas chroniques de dilatations bronchiques, Guisez n’obtint que des améliorations. Par contre, dans les cas aigus, les résultats rapportés par cet auteur étaient très beaux. Sur 12 cas de gangrène pulmonaire successivement publiés, 11 guérissent. Comme le dit Le Chaux, aucune méthode n’a jamais donné de résultats pareils. et cependant à la suite de Guisez, presque personne ne vient apporter des cas probants et actuellement cette méthode n’est pratiquement plus employée.
Récemment, Mariano Castex et ses élèves, José Pedro Urioste, Armando Sarno et Tiscornia ont bien rapporté des cas de guérison d’abcès pulmonaire par injection intra-trachéale de 914. Esbach a rapporté 2 cas de guérison par des injections intra-trachéales de lipiodol. Mais ces observations sont restées isolées.
Pourquoi cet abandon ? Sans doute des expériences comme celles de Neuswanger et de Archibald et Brown que cite Moulinier ont-elles montré la faible valeur anti-microbienne des substances ainsi injectées et la valeur beaucoup plus théorique que pratique du pansement local. Sans doute le lipiodol, en montrant qu’une injection huileuse dans l’arbre trachéo-bronchique n’atteignait pas le foyer des suppurations aiguës, a-t-il fait justice de la réalité du pansement local. Mais surtout les auteurs ont-ils dû avoir (comme nous-mêmes) des échecs non publiés.
Quoiqu'il en soit, il s’agit là d’une technique à peu près abandonnée, surtout depuis l'avènement de l’endoscopie bronchique qui la supplée et la complète.
Il en est de même de deux techniques imaginées par Rosenthal : la trachéo-fistulisation et le lardage du poumon. Elles auraïent donné
‘à cet auteur (Caussade, Rosenthal et Surmont, Caussade et Rosenthal), quelques succès. Elles n’ont à peu près pas été utilisées par ailleurs. Nous n'insistons pas.
2° Aux techniques précédentes nous adjoignons ici le lavage du poumon
Cette méthode thérapeutique a été récemment proposée par Garcia Vicente de Madrid. En voici les traits essentiels. Après anesthésie de l’isthme du gosier et injection d’anesthésique dans la trachée, une sonde est introduite à travers la glotte dans la trachée. Le malade est couché sur une table en décubitus latéral du côté du poumon que l’on veut laver. La table est inclinée de façon que la tête du malade se trouve à 15 ou 20 centimètres au-dessous du pelvis. Le liquide (eau physiologique simple ou additionnée d’un antiseptique tel que du goménol) est alors injecté sous une pression de 30 à 60 cm.
D’après l’auteur, la réalisation de cette technique est simple.
Par suite de l’inclinaison du malade, la trachée n’est pas noyée. Le liquide, injecté par la sonde, ressort, sans occuper toute la lumière trachéale, et au-dessus de lui circule l’air de respiration du poumon sain surélevé qui continue à respirer.
Dès qu’un peu de liquide a été injecté (60 à 100 ce.) on commence à le voir ressortir et on poursuit le lavage jusqu’à ce que deux litres environ aient passé. De cette façon, les sécrétions épaisses du foyer et des bronches sont emportées par le courant liquide.
Cette méthode ne paraît pas avoir tendance à se répandre. Passelaigne, en 1930, à Marseille, lui consacre sa thèse. Il rapporte 4 cas personnels, 2 de dilatation des bronches, et 2 d’abcès du poumon. Dans tous il n’y eut qu’une amélioration sans guérison. Deux fois des accidents apparurent, asphyxiques dans un cas, épileptiformes dans un autre. Ces résultats ne sont pas encourageants.
En Espagne, Partéaroyo et Aciego étudièrent cette méthode expérimentalement. Ils concluent très nettement en la condamnant. Pour eux, non Seulement l’unilatéralité du lavage n’est-elle pas certaine, mais encore ce lavage ne ramènerait-il pas autre chose que les sécrétions trachéales.
CONCLUSIONS. — De ces techniques multiples, une seule mérite d’être prise en considération, c’est celle des injections transglottiques selon la technique de Guisez. Elle seule a pu donner des résultats intéressants. Cependant il s’agit d’une méthode fréquemment inactive qui, depuis que la bronchoscopie a fait son apparition, n’a plus de raison d’être employée.