‹ Contribution à l'étude des suppurations pulmonaires non tuberculeuses et en particulier de leur traitement chirurgicalChapitre 6 sur 92 · A. — TRAVAUX ANCIENS · texte numérisé non relu

A. — TRAVAUX ANCIENS

Il serait faux de croire que les différents types anatomiques et cliniques de suppurations pulmonaires n’ont pas été jusqu’à ces temps derniers connus, ni même que l’on n’ait songé depuis longtemps déjà à les grouper. :

Un coup d'œil jeté en arrière sur des pages même très anciennes de la pathologie pulmonaire prouve le contraire.

Nous y voyons que les abcès du poumon post-preumoniques et la gangrène pulmonaire sont bien connus depuis plus d’un siècle et qu’il a depuis, toujours été classique de les décrire. Nous y apprenons que la durée d’une gangrène pulmonaire peut se prolonger considérablement, que « M. Louis a vu, dans quelques cas, l’affection durer cirq à six mois », et que « dans le cas de guérison cité par M. Golding, la maladie dura treize mois ». Le cas de Golding est cité par Valleix comme un cas concluant de guérison ; il nous apparait aujourd’hui comme un cas typique d’abcès chronique « car il y avait à la fois une expectoration à odeur gangréneuse, les signes d’une caverne à la base du poumon et la longue durée de la maladie ». Quinze ans plus tôt traitant de la gangrène pulmonaire Grisolle rapporte que l« on dit que dans quelques cas très rares elle a pu persister cinq ou six mois ». Enfin, en 1926, sur quatre cas de gangrène pulmonaire rapportés par Laennec, trois ont duré 2, 5 et 4 mois.

Nous découvrons que le terme d’abcès gangréneux, que Tuffier emploie, que Caussade Coyon et Cotoni avec Marfan créent en 1914, intitule une observation de Laennec.

Bien des années plus tard, en 1903, 1905, 1906 et plus près de nous en 1921 les bulletins de la Société de Chirurgie montrent que les abcès du poumon devenus chroniques sont bien connus de chirurgiens comme Tuffier, Delbet, Lejars ; qu’ils n’ignorent rien de leur complexité anatomique, de la sclérose et des bronchiectasies qui les accompagnent ni de leur évolution anatomique et clinique habituelle ou des difficultés thérapeutiques qu’ils opposent. « L’affection est étonnomment sclérosante, la lésion est éminemment rétractile >» dit Delbet; puis après avoir décrit les signes de début de ces suppurations Delbet

lot

dit : « alors s’ouvre une longue période de bronchite chronique entrecoupée de petites poussées aiguës ou subaiguës dont le malade sort avec une aggravation des troubles fonctionnels » ; et c’est la même idée qu’exprime Tuffier lorsqu'il décrit « l’évolution subcontinue entrecoupée de poussées aiguës de ces scléroses, les expectorations purulentes quelquefois fétides »:

Mais ce n’est pas tout et dès 1897 Tuffier se rend compte que les domaines respectifs des cadres nosologiques classiques : abcès du poumon, gangrène pulmonaire et dilatation bronchique s’intriquent et que les confins de l’un touchent les confins des autres. « Les suppurations pulmonaires dit-il en créant ce terme, forment un groupe presques homogène par leurs processus anatomiques et leurs indications opératoires. Nous serions donc tentés de décrire sous un même chef les suppurations pulmonaires comme on a décrit les suppurations pelviennes ».

Ainsi depuis de nombreuses années déjà à côté des abcès du poumon et des gangrènes pulmonaires, maladies aiguës, de la dilatation des bronches, maladie chronique, on connaît des abcès chroniques ; on se rend compte : 1° de la gravité et de l’irréductibilité de ces lésions ; 2° que toutes ces maladies s’apparentent et l’on choisit pour les grouper le terme de suppurations pulmonaires.

A l'Etranger une évolution analogue se produit à la même époque. Riegner (1902), Perthes (1904), Tietze de Breslau (1909) Garré et Quincke connaissent les abcès chroniques du poumon et leur pronostic sérieux. Kôrte en 1907, pense comme Tuffier qu’il faut grouper les abcès, les gangrènes et les bronchiectasies. Au Congrès international de chirurgie de 1911, c’est dans ce sens que l’on trouve associés un rapport de Van Stockum sur les abcès et les gangrènes pulmonaires et un rapport de Sauerbruck sur les bronchiectasies.

Et cépendant, les descriptions des traités classiques ne reflètent à peu près rien de ces opinions des maîtres français et allemands de la chirurgie thoracique. Dans les traités de médecine, vieux seulement de 4 ou 5 ans, il n’est pas question d’abcès chroniques, la gangrène chronique est traitée en deux lignes, un bref paragraphe est réservé aux abcès gangréneux. Dans les traités de chirurgie, il en est à peu près de même.

Naturellement il y a peu d’années encore cette question restait

étrangère au public médical qui y voyait une rareté complexe donc de peu d'intérêt.

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