PATHOGÉNIE ET TRAITEMENT
Pour ce qui est de la pathogénie de ces équivalents abdominaux de la migraine, nous devons, comme pour tout ce qui touche à la pathogénie de la migraine, nous entourer des plus grandes réserves.
Nous pensons cependant, sans nous éloigner des théories actuellement en faveur, que l’on doit considérer l’équivalent abdominal de la migraine comme une sympathalgie basse.
La clinique donne d’ailleurs des arguments sérieux en faveur de cette théorie. Et l'existence même des équivalents abdominaux de la migraine est un des plus beaux arguments en faveur de l’origine sympathique de celle-er.
En effet, ces faits étant admis, la théorie encéphalique de la migraine soutenue par RomBerG-CaLMErL et LiveinG n’est plus guère admissible. Pour eux la migraine serait une névralgie du cerveau, liée à l’irritation des centres sensitifs cérébraux ou des voies sensitives encéphaliques. La théorie trigemellaire de la migraine n’est pas plus admissible quand l’on considère le polymorphisme de cette affection et l’étendue des réactions qu’elle provoque. CHAussiERr, PINEL
et Tissor ont fait de la migraine une névralgie du trijumeau. Mais les caractères de la douleur et le mode d’évolution sont foncièrement différents. Et d’ailleurs même.dans la migraine céphalique la douleur n’est pas toujours sus-orbitaire. Le territoire du trijumeau est d’ailleurs beaucoup plus étendu, c’est pourquoi BrissauD, Haase et Grasse, considéraient que seuls étaient intéressés dans la migraine les filets récurrents intra-cramiens du trijumeau.
Pour Léopold Lévy la migraine est aussi une souffrance du trijumeau, mais afin d’en expliquer toutes les manifestations 1l situe le « nœud » de la migraine dans le plancher du 4€ ventricule dans les cellules du trijumeau préposées à la sensibilité des méninges. Les centres voisins notamment ceux du pneumogastrique seraient atteints par diffusion. Cette théorie par la souffrance du pneumogastrique rejoint la théorie sympathalgique de la migraine.
Mais cette origine centrale de la migraine semble infirmée par la clinique. Celle-ci montre en effet Le caractère périphérique de l’excitation initiale survenant sur un terrain prédisposé dont le milieu humoral instable réagit sur le sympathique. Le sympathique irrité agissant sur les vaisseaux provoque un spasme qui provoque les douleurs dans les divers territoires atteints.
Je ne ferai que citer ces faits cliniques déjà invoqués par de nombreux auteurs en faveur de l’origine
sympathique de la migraine.
C’est tout d’abord l'existence d’un terrain humoral
particulier dû le plus souvent à l’hérédité. Dans Île cadre trop vaste du neuroarthritisme les auteurs ont invoqué spécialement certaines causes. L’hypercholestérinémie est presque constante chez les migraineux. RemonDp et RouzauD notent l'hyperuricémie et Loeper l’hyperoxalémie. Cliniquement, l’atonie wastrique et la constipation sont des causes prédisposantes.
Cairay et Lomon parlent de migraines bihaires, considérant que Patonie vésiculaire est une cause les plus importantes.
: Enfin les troubles des glandes endocrines semblent jouer un rôle important dans la constitution de ce terrain migraineux.
L’ovaire vient en premier plan à cause de la fréquence des migraines chez la femme et de l’existence de migraines cataméniales. Et nous avons signalé limportance de la vie génitale sur l'évolution générale de la migraine.
Léopold Lévy insiste sur le rôle du corps thyroïde chez lPenfant.
La théorie hypophvsaire (lobe antérieur ou intermédiaire) de la migraine a été défendue récemment par TixNE, PARDÉE et SÉpizLor ainsi que CoLrix et Droursr de Nancy. Le rôle des capsules surrénales est plus contestable.
Mais en réalité, toutes ces théories se rejoignent
comme autant de facteurs constituant ce milieu
humoral instable qui réagit sur le sympathique, c’est
le déséquilibre du milieu humoral qui provoque beau-
NA NANEEE
coup de crises migraineuses. Cette théorie soutenue par Pacnrez et Pasreur-Varzery-Rapor est basée sur l’analogie de la crise migraineuse avec l’asthme, l’urücaire et eczéma. Ces affections se succèdent parfois avec la migraine, chez un même malade, comme des manifestations équivalentes du déséquilibre humoral.
L'origine sympathique de la migraine est aussi affirmée par certaines manifestations cliniques inconstantes. C’est ainsi que l’on distingue des migraines blanches et des migraines rouges. Ces phénomènes s’expliquent par la vaso-constriction périphérique due à la sympathicotonie ou par la vasodilatation due à la sympathicoparalysie. Ces deux formes peuvent alterner chez un même sujet.
Enfin les manifestations abdominales de la migraine, ne peuvent s’expliquer par une origine céphalique et centrale de la migraine.
Les caractères de la douleur plaident d’ailleurs en faveur de l’origine sympathique. Dans la plupart des cas la douleur est localisée avec précision en un point correspondant au plexus solaire.
Pour les irradiations de la douleur, nous n’avons noté aucune systématisation.
En dehors de la douleur abdominale certaines crises de migraines s’accompagnent de pollakyurie et de cystalgie. Certaines migraines s’accompagnent parfois d’érections.
Enfin, presque toujours il y a oligurie pendant la crise qui est suivie de polyurie claire.
Tous ces phénomènes ne sauraient donc être rat-
tachés à une excitation centrale définie, ils tendent à prouver l’origine sympathique de la migraine.
La douleur abdominale, en particulier, qu’elle soit isolée, ou bien qu’elle accompagne la céphalalgie, est un argument marquant pour cette théorie, et on doit la considérer comme une sympathalgie basse.
Pour le traitement de la migraine, il ressort d’abord de notre exposé, la nécessité de faire un diagnostic précis. [l faut pour cela, dans les cas douteux, ne pas hésiter à examiner les malades plusieurs fois de suite à quelques semaines d'intervalle. Il faudra à chaque examen, recommencer l'exploration attentive du système nerveux. C’est ainsi que l’on dépistera précocement les affections neurologiques et surtout les tumeurs cérébrales, permettant ainsi un traitement en temps utile par un spécialiste.
D'autre part, la diversité possible des accès migraineux devra rester présente à -l’esprit, surtout devant un malade présentant un syndrome abdominal aigu, atypique et apyrétique. On évitera ainsi des interventions intempestives signalées par les Américains seulement, mais qui peuvent se produire partout ailleurs.
Le diagnostic de migraine idiopathique étant affirmé nous rappelons qu'il est important de faire un bilan fonctionnel minutieux du sujet. Nous ne voulons pas rappeler ici les nombreux traitements étiologiques qui ont été rapportés. Il nous semble cependant que beaucoup ont un bien fondé certain ; et qu’en supprimant une épine irritative locale ou à
“distance, en palliant par l’opothérapie à une insuflisance glandulaire, on puisse sinon supprimer les accès migraineux, au moins les espacer.
Enfin d’après les résultats obtenus au cours du traitement de nombreux migraineux observés dans le service du professeur DEBRé, nous pensons que l’on peut espacer les accès migraineux par l'emploi du phenyl-ethyl-nalonylurée. Ce médicament ne nous paraît pas efficace pour le traitement de l’accès luimême. Îl doit être prescrit quotidiennement à la dose de 0 gr. 10 matin et soir pour les adultes. Chez les enfants la dose peut être réduite jusqu’à O0 gr. 02 matin et soir.
Ce traitement n’exclut pas l'usage des analgésiques ordinaires au moment de la crise. Associé au traitement hygiénique général le traitement par le phenylethyl-melonyl urée nous a permis dans certains cas d’observer la disparition des crises. Mais, le plus souvent, on n'arrive qu’à rendre les accès plus rares.