‹ Contribution à l'étude des symptômes abdominaux de la migraineChapitre 9 sur 23 · LES: MANIFESTATIONS ABDOMINALES DE LA MIGRAINE · texte numérisé non relu

LES: MANIFESTATIONS ABDOMINALES DE LA MIGRAINE

Les manifestations abdominales de la migraine ont été notées par des auteurs anciens. Ainsi Van Swis- TEN raconte qu'un individu ancien migraineux, auquel'1l donna des soins, éprouvait de violentes douleurs abdominales avec délire et tremblement universel'; plus tard, cet homme eut un accès d’épilepsie. Un autre jour, 1l fut atteint d’une violente douleur de goutte dans le gros orteil ; à partir de ce moment, il eut deux fois par an les attaques de goutte régulière et: depuis lors, il ne fut plus tourmenté par les douleurs abdominales et les troubles nerveux qu'il éprouvait auparavant. Ce cas tient en lui, non seulement l’observation d’équivalents abdominaux, mais aussi une bonne part des hypothèses pathogéniques actuelles de la migraine.

L'observation de ces cas a sans doute contribué à la naissance de là pathogénie digestive des migraines soutenue par Van SwieTEn, lui-même et qui avait d’ailleurs été défendue au xvi® siècle par FRÉNEL.

Mais dans:ce travail, c’est surtout au point de vue clinique et diagnostic que nous nous placerons, con-

PRO es

sidérant tout d’abord l’importance des manifestations abdominales ou digestives au cours de la crise migraineuse ordinaire.

Les vomissements ont toujours été considérés comme un des symptômes capitaux de la migraine. Is ne sont pas constants, mais très fréquents. Mais s'ils ne se produisent pas, il existe dans la règle un état nauséeux, accompagnant la céphalée. Quand ils existent, ils sont précédés d’une exagération dela céphalée et de l’état nauséeux. Ils sont émis avec le plus souvent de grands efforts et amènent ensuite un soulagement du malade. Ce soulagement peut n'être que passager. C’est le cas des malades qui vomissent pendant tout la durée de leur crise. Pour d’autres, le vomissement annonce la fin de la céphalée et de l’état vertigineux. Enfin, dans la migraine idiopathique, ou migraine vraie, les vomissements s’accompagnent presque toujours d'efforts expulsifs intenses. Quand ces vomissements durent longtemps, ils sont d’abord alimentaires puis muqueux et les efforts de vomissements se prolongent parfois à sec.

La douleur abdominale est moins fréquente que les vomissements, surtout si l’on ne considère que : les cas où elle est nettement distincte de l’effort de vomissement. Le plus souvent, elle les accompagne. Elle persiste dans ce cas entre les efforts de vomissements, siégeant couramment au creux épigastrique. Cette douleur est tantôt à type de crampes douloureuses, tantôt à type de colhiques intestinales. Fré-

quemment, la palpation du creux épigastrique est douloureuse et on note parfois une légère contracture de la paroi, contracture à limite imprécise. Bien souvent, la douleur abdominale n’a aucune localisation précise. Plus rarement, la douleur siège à droite, soit sous les fausses côtes, soit au point appendiculaire, mais le siège est rarement précis et ce sont plutôt les irradiations de la douleur épigastrique.

ORTNER signale d’autre part un cas de migraine typique, alternant avec des crises douloureuses à évolution migraineuse, les douleurs étant localisées dans l’hypochondre gauche. Dans certains cas, Gur- MANN a observé la persistance après la crise d’un endolorissement épigastrique, sans qu'aucune lésion organique ait pu être décelée.

Bien souvent, ces symptômes passent inaperçus. parce qu’ils sont dominés par la céphalée et les vomissements ; le malade habitué à sa crise migraineuse n’y prête pas attention et ce n’est que par un examen systématique et un interrogatoire minutieux qu'ils sont retrouvés. Dans les cas où la douleur abdominale est au second plan, elle a d’ailleurs peu d'intérêt clinique, ne posant guère de problème de diagnostic, Mais cette constatation de la douleur abdominale accompagnant la migraine, qui est loin d’être rare éclaire l'étude des cas plus rares où elle devient prédominante.

Nous ne saurions mieux illustrer ces faits que par le récit que fit lui-même au Professeur DeBré, un enfant migraineux :

« Je commence, dit-il, par avoir un mal de tête fou avec des éblouissements, et puis Je vomis, et enfin, j'ai mal au ventre. Je suis incapable de rien faire, je suis obligé de m’arrêter dans mon travail. Je me couche, je vomis pendant deux ou trois heures, puis je m'endors d’un sommeil profond. Le lendemain matin, je recommence à travailler et je ne suis pas fatigué. »

L'enfant a eu trois crises de migraines. Le malade ‘insiste sur la douleur abdominale droite, mais indique bien que la crise débute brusquement par des éblouissements, des vertiges, un mal de tête « fou » et qu’ensuite, seulement, il a une douleur abdominale (1).

Nous avons nous-mêmes, eu l’occasion d’observer des cas analogues où le malade se plaint à la fois de céphalée et de douleurs abdominales. ORTNER et Mæsgius en ont rapporté plusieurs cas et les auteurs américains en ont publié de nombreux.

Ces faits nous conduisent à étudier des cas plus spéciaux où les manifestations abdominales, la douleur notamment, prennent nettement le pas sur la céphalée. Ces cas sont plus rares, mais nous nous étendrons davantage sur eux en raison de leur diagnostic difficile et des discussions nosologiques et pathogéniques qu'ils entraînent.

La douleur abdominale qui centre alors le tableau

(1) La migraine chez l’enfant par M. le Dr R. Derré. Extrait du Journal des praticiens, n° 4, 24 janvier 1923.

clinique est très variable, tant par ses caractères | propres que par son siège. ; |

Tantôt la douleur est sourde et continue. Tantôt elle est intense et discontinue. Dans certains cas, c'est une crampe douloureuse se rapprochant de la faim douloureuse. D’autres fois, elle est ténébrante, et même transfixiante à type de brûlure ou de déchirure. Enfin, elle revêt parfois les caractères de coliques intestinales banales.

Dans la règle, la douleur est toujours profonde, sans hyperesthésie cutanée. Elle n’est pas influencée par les vomissements ni par l’absorption d’aliments ou de médicaments sédogastriques. Elle s'accompagne le plus souvent d’un endolorissement abdominal qui persiste fréquemment après la cessation de la crise. La douleur provoquée au palper est fréquente. La palpation réveille une contracture peu intense et en général mal délimitée. Le siège de la douleur est parfois difficile à préciser, notamment chez l’enfant où elle est souvent diffuse.

Le Professeur DEBrÉ, dans son étude sur la migraine de l’enfant, ne relève pas de siège particulier de la douleur, mais il insiste sur l’endolorissement qui persiste après elle et permet de la réveiller par le palper.

Mais dans bien des cas on peut préciser le siège : de la douleur et ses irradiations.

Le Dr Gurmanx signale un cas où la douleur était nettement localisée dans l’hypochondre gauche et sans irradiations, Les américains et les allemands

LYRTS ESS

qui ont rapporté des cas de douleur abdominale au cours de la migraine, notent la plus grande fréquence du siège épigastrique. Nous avons nous-même constaté le siège strictement solaire de la douleur chez un de nos malades. Dans les cas de douleurs diffuses, il faut cependant noter la fréquente prédominance à droite. La hauteur de la douleur est d’ailleurs variable, depuis l’hypochondre jusqu’au fond du cœcum.

La durée de cette douleur migraineuse abdominale est des plus variable. Mais, dans la majorité des cas, elle persiste de 24 à 48 heures et est en général suivie d’un endolorissement qui persiste 24 heures après la crise douloureuse.

Nous avons cependant relevé dans la httérature et observé des cas où l’arrêt de la douleur est brusque et total.

. Dans un cas moins typique, observé par le Dr Louis Ramonp et par nous, nous avons vu les crises s’allonger progressivement en se répétant. La dernière crise a pu durer 12 jours. Dans ce cas, les crises douloureuses n'étaient pas continues.

Parfois, l'arrêt de la douleur est suivi d’une polyurie intense.

Enfin, cette douleur abdominale est, le plus souvent accompagnée de vomissements déjà décrits. Elle n'est en général, pas influencée par eux et son intensité est sans rapport avec la fréquence ou l’absence des vomissements.

Cette description des symptômes abdominaux de

Page 1