‹ Contribution à l'étude des syphilis viscérales méconnuesChapitre 6 sur 17 · RENE RE · texte numérisé non relu

RENE RE

tré que l'immense majorité des troubles et des lésions d’origine nettement spécifique, toutes choses égales d’ailleurs, sont bien moins graves que ceux d’une autre origine,et que, soumis à un traitement adéquat, ils guérissent généralement.

‘C’est à bon droit que M. Hudelo a dit: « Lorsqu'on lui découvre une tumeur à l’épigastre, heureux le malade qui a eu la vérole. » Mais les manifestations spécifiques, celles des viscères en particulier, sont rare: ment pathognomoniques., Les syphilis gastrique etpulmonaire sont — cette dernière surtout peut-être — de grandes simulatrices, et par cela même diffciles à dépister. Autrefois, on niait presque la syphilis gastrique : en 1886, Galliard, à l’occasion d’une observation,en proclame la rareté. Depuis, les faits reconnus se sont multipliés et les observations s’en sont faites plus précises et démonstratives. De même il a fallu un long siècle de discussions pour que la syphilis du poumon fût admise. Quant aux localisations de la syphilis sur le rein, elles furent niées et attribuées à l’action du mercure ; plus tard, Rayer, Guiol et Perroud en 1867, Gailleton en 1869, montrèrent au contraire l'influence heureuse du mercure sur les néphrites syphilitiques. Et ainsi pour les autres organes, foie, pancréas, etc. La notion de l’universalité en quelque sorte de l’infection syphilitique ne pouvait constituer un progrès réel qu’à la condition que la diagnostic de la syphilis pût être assis sur des bases solides.

La troisième période — de 1905 à nos jours —est caractérisée par deux grandes découvertes : celle (en 1905), | de l'agent spécifique de la syphilis, du tréponème de Schaudinn et Hoffmann, et plus tard, 1906, celle de la réaction dite de Bordet-Wassermann.

On décèle le tréponème dans le chancre, dans les ganglions satellites du chancre, dans toutes les lésions secondaires de la peau et des muqueuses, dans le pla-

centa, le foie, etc., des hérédo-syphilitiques, dans le mucus nasal des malades affectés de coryza, dans la sérosité des vésicatoires, etc. Dans la période tertiaire, le tréponème est plus difficile à trouver; dans les lésions viscérales, les recherches sont, pour la plupart des cas, négatives. Si l'on ajoute la difficulté de coloration du tréponème, sa ténuité, la nécessité pour le déceler, d’un examen à l’ultra-microscope, il est évident que l'importance pratique de la découverte du tréponème est notablement restreinte. En général, sa recherche est réservée pour le diagnostic précoce du chancre. Dans les autres stades de l'infection, on a généralement recours à la réaction de Wassermann,

Voici, pour avoir une idée de la valeur ‘diagnostique de cette réaction, les résultats statistiques tels qu’ils sont indiqués dans le remarquable travail de Ronchèse (La réaction de Bordet-Wassermann pour le séro-diagnostic de la syphilis).

Période primaire. — La fréquence des réactions positives varie, suivant les auteurs, de 30 à 100 0/0. Cette divergence de résultats s'explique par ce qui suit: « Pendant les premiers jours qui suivent l'apparition du chancre, la réaction est négative, probablement parce que l'organisme n’a pas encore eu le temps de répondre à l'infection par une réaction humorale appropriée. Il se passe là quelque chose de compa: rable à ce que l’on observe dans la première semaine de la typhoïde pour le séro-diagnostie de Widal. Cette notion est d'une importance capitale pour le clinicien qui ne doit pas compter sur la réaction de B.-W. dans les premières semaines de la maladie. Ce n'est, en eflet, que vers le quinzième jour, et plus fréquemment du vingtième au vingt-cinquième jour, que la réaction devient positive ». Pour les chancres mixtes, Q il faut ajouter une période supplémentaire de vingt à trente jours, pendant laquelle le chancre n'est pas encore

syphilitique. Il existe des cas exceptionnels de séroréactions spontanément retardées, c’est-à-dire sans influence du traitement (100 à 120 jours après le chancre) et des cas de réactions retardées sous l'influence d’un traitement précoceet puissant (jusqu’aux septième, neuvième mois) (Gougerot).

Dans les trois premières semaines quisuivent l’apparition du chantre, le diagnostic bactériologique de la syphilis doit être fait par la recherche du tréponème pâle dans la sérosité du chancre. Passé cette période, c’est la réaction de B.-W qui devient la méthode de choix pour le diagnostic de laboratoire.

Période secondaire. — Chez les malades non traités le pourcentagedes réactions positives est en moyenne de 90 à 94 0/0. On trouve cependant, comme le fait observer Gougerot, des malades présentant des réactions négatives malgré une syphilis évidente.

Période tertiaire. — Dans letertiarisme, lafréquence de la réaction est un peu moindre. La moyenne varie de 53, 9 à 90 0/0, suivant les auteurs. «Le pourcentage de ces cas négatifs semble augmenter avec l’âge de la syphilis » (Gougerot).

Syphilis héréditaire. — Les résultats varient selon qu'il s’agit de la totalité des enfants de syphilitiques ou seulement des porteurs de lésions. Dans le premier cas, Linser a trouvé chez les deux tiers des enfants une réaction positive; dansle second cas, la réaction serait constante.

Syphilis latente. — C'est dans ces cas que l’on constate le plus grand écart dans les pourcentages (de 13 à 83 oo).

En résumé, et bien que la réaction de Wassermann ait été trouvée positive dans quelques cas où il semblait bien que la syphilis pouvait être exclue (pian, sans doute à cause de la parenté existant entre le treponema pallidum etle treponema pallidulum, lèpre, trypa-

nosomiases, paludisme, certains états cachectiques et les états agoniques, certaines infections aiguës), on peut cependant admettre que R. W. + — syphilis. Mais on n'a pas le droit de dire que R. W. — — absence de syphilis. Et cela surtout au cours des syphilis viscérales , souvent difliciles à diagnostiquer. Aussi précieux que soient les renseignements fournis par le laboratoire, le praticien, pour faire son diagnostic et pour instituer le traitement approprié, doit de toute nécessité prendre en considération l’ensemble des symptômes qui sont rarement pathognomoniques. « Chez un malade soupçonné de syphilis, écrit Ravaut, la réaction de Wassermann doit être considérée comme un symptôme d'appoint qui, d'accord avec d’autres symptômes, peut contribuer à établir iediagnostic de syphilis. » On ne pourra donc nier ia syphilis parce que l’un des symptômes, la réaction de Wassermann, est négative (Inversement, il faudra se garder d'attribuer toujours à la syphilis des lésions chez un malade qui a un Wassermann positif).

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