Il n'existe aucun rapport entre la réceptivité des glo
bules et une action antihémolytique du sérum correspondant. Le sérum de Pigeon seul possède une action antihémolytique prononcée.
9. — Les leucocytes du Cobaye subissent, de la part de l'arachnolysine, une action se manifestant par : changements morphologiques, tendance à l’agglutination et perte du pouvoir phagocvytaire. Il y a en même temps fixation du poison. Il est remarquable que les leucocytes du Cobaye possèdent des « récepteurs », tandis que ses érythrocytes en sont dépourvus.
10. — Des extraits de foie, de rate et de muscle (Lapin, Cobaye, Souris, Chat et autres animaux) neutralisent l'hémo- Iysine. Des extraits de cerveau, de testicule et de rein n’ont aucune action analogue (cerveau de Lapin, Cobaye, Chat) ou n'en ont qu'une très faible {rein de ces animaux, cerveau de Souris). La répartition des « récepteurs » dans Les divers organes des diverses espèces animales est donc différente. Le chauffage à 60° supprime la faculté de liaison des extraits d'organes ; il est impossible de libérer l’arachnolysine fixée.
11. — La toxicité que possèdent les solutions d'arachnolysine, lorsqu'on les injecte dans le corps d'animaux (Souris), est conservée tout entière, même après suppression du pouvoir hémolylique, lors du traitement par des hématies ou des extraits d'organes. Des gels et dégels répétés de l'arachnolysine suppriment la propriété hémolytique et conservent la toxicité générale. Môme résultat par le développement de bactéries dans la solution. Bezoxowski considèreles trois ordres de faits précédents comme preuves de ce que l’arachnolysine comprend deux parties : une hémolytique et une toxique.
12. — Le sérum de lapins immunisés ne montre point de parallélisme entre son action antihémolytique et son action antitoxique.
Les liaisons de l’arachnolysine avec les globules, les émulsions d'organes et le sérum spécifique sont des liaisons de même nature : antitoxique.
Le sérum d'un lapin, immunisé avec de l’arachnolysine préalablement traitée par des émulsions d'organes, montre une action antihémolytique moindre et une action antitoxique plus forte.
12: — On a tout lieu de croire à l'existence, dans l'arachnolysine, d’une toxine générale à côté de l'hémolysine.
1%, — Les hématies d'animaux fortement immunisés sont beaucoup moins sensibles à l’arachnolysine que des hématies normales.
15.— Conclusion générale : la liaison de l’arachnolysine avec des globules ou des extraits d'organes est identique à celle avec l'antitoxine. Dans les deux premiers cas, il faut envisager la présence de « récepteurs » qui correspondraient à l’antitoxine.
Nous reviendrons sur un certain nombre de ces résultats pour les comparer aux nôtres et nous retiendrons surtout lhypothèse de la dualité de l'arachnolysine (substance hémolvtique et substance toxique). — Nous discuterons cette hypothèse dans la troisième partie de ce travail. |
Sacs et BELONOWSKI avaient, comme nous venons de le voir, étudié souvent en grand détail les propriétés générales de l'arachnolysine telles que : activité, effet sur les divers sangs, action d’influences variées, etc. Si j'ai approfondi un certain nombre de sujets traités par ces auteurs, il en est d’autres par contre pour lesquels je n'ai pas repris d’études minutieuses, qui n'auraient fait que préciser et compléter un peu les données établies, sans autre intérêt. Je me suis contenté, dans ces cas, de quelques vérifications rendues nécessaires par ce fait que l'arachnolysine des auteurs cités était le plus souvent fournie par l’araignée en bloc, tandis que je ne prenais que les œufs. — Je n'ai d'ailleurs pas trouvé de grandes discordances.
Je récoltais les cocons d'£peira diademata à l'automne, surtout à la fin d'octobre et au début de novembre.
Au moment où elle va déposer sa ponte unique, l'Epeire se rapproche des maisons et elle pond généralement en des lieux abrités, dans des encoignures ou sous des corniches. Le cocon, étroitement fixé au support par de nombreux fils, se présente sous la forme d'une petite boule de fils très enchevètrés : la bourre est dun jaune vif ou d’un jaune verdâtre. On aperçoit à travers les fils la masse sphérique ou ovoïde des œufs. Ceux-ci, très cohérents, sont de couleur jaune orangée ; ils sont subsphériques, un peu déformés par pression réciproque et leur
' : Vars , CONTRIBUTION A L ÉTUDE DES TOXINES CHEZ LES ARAIGNÉES 49
diamètre moyen est d'environ 1 millimètre. Ils sont mats à cause de la présence d’une sorte d’efflorescence. Leur coque est très mince et, une fois crevée, elle laisse se répandre tout le contenu de l'œuf. — Je n'insiste pas autrementsur la structure de l'œuf: on peut consulter à ce sujet le mémoire très descriptif de BaLBrant (73).
Le poids d’un œuf fraîchement pondu est variable, mais entre des limites très rapprochées. Le plus souvent il est d'environ 2/3 de milligramme; exceptionnellement, il peut atteindre jusqu'à OM8T,8. — Le nombre des œufs contenus dans un cocon est loin d'être constant. J'ai trouvé un cocon de 42 mgr., un autre de 660 mgr.; le nombre d'œufs peut donc varier d’une cinquantaine à un millier. — Des araignées de même tulle peuvent d’ailleurs pondre des cocons de poids très différents (par exemple, deux araignées de 10 mm., pesant après la ponte 10% et 106 mgr., pondirent des cocons pesant respectivement95 et216 mgr.). D'après LÉcaizLon (07), que nous avons déjà cité à propos du nombre des pontes, le nombre des œufs par cocon est également sous la dépendance immédiate des conditions d'alimentation dans lesquelles s'est trouvée la mère.
Placés à la glacière, les œufs d'Épeire se conservent intacts plusieurs mois. Ils ne subissent aucune altération dans leurs propriétés chimiques ; leurs propriétés vitales se conservent également puisque, replacés à la chaleur après un long séjour à la glacière, ils évoluent et éclosent.
$ 2. — Effet hémolytique des œufs d'Epeira diademata sur les sangs de diverses espèces animales.
J'ai essayé l’action de lots de 5 œufs d'Epeire {1 œuf : env. 2/3 de milligramme) sur divers sangs, à titre de vérification. — Voici le tableau résumant les résultats :
Sensibilité des sangs à l'arachnolysine (Sang sensible — +).
Souris Rat Cheval. Porc. Mouton. Cobaye. Chien. Pigeon. Canard. Poule. Homme. Bœuf. Lapin. (noire). (blanc).
COUR CO MNO NO EL Os + + +.
faiblement.
ANN. DES SC. NAT. ZOOL., 10e série. 1916, 1, 4
Les résultats concordent avee ceux de Sacns et de BELONOWSKT. Pour le sang de Canard, l'effet ne dépasse pas le stade de l'hémolvse avancée.
Dans mes essais, les sangs qui se sont montrés plus sensibles sont ceux de Rat, de Lapin et de Poule.
Voici quelques résultats concernant les limites inférieures :
Rat... Hémolyse complète avec 1/64 d'œuf.
» Hémolyse encore très avancée avec 1/512.
Lapin: Hémolyse complète avec 1/8 d'œuf.
» Hémolyse encore très avancée avec 1/512.
Poule. Hémolyse complète avec 1/4 d'œuf.
» Hémolyse encore très avancée avec 1/32.
Pour le Bœuf, on a hémolyse complète pour des doses variant entre 1/4 et 1/8 d'œuf ; début d'hémolyse pour des doses autour de 1/16 d'œuf.
J'ai aussi remarqué, comme BELONOwSsKkI, que, dans une série de dilutions, il y a pour le sang de Lapin de nombreux degrés entre l'hémolyse complète et l'hémolyse nulle ; avec le sang de Bœuf au contraire, il y à cessation presque brusque quand on passe d’une dose donnant une hémolyse encore très forte à la suivante, qui est généralement la dose moitié.
Le sang de Bœuf se montra extrêmement régulier comme sensibilité. Cette raison, jointe à d’autres raisons de commodité, me le firent choisir comme réactif habituel. Une seule fois, j’eus à opérer sur un sang de Bœufdont une partie des globules résista à l’hémolyse (phénomène signalé par Sacus et BeLoxowsk1 pour de jeunes animaux et pour certains animaux adultes). Ce fut la seule irrégularité constatée. — Le sang d'un veau de deux mois et demi se montra identique à celui d'un bœuf ayant l'âge moyen des bœufs de boucherie (environ 4 ans).
$ 3. — Solubilité.
Les macérations dont je me servais étaient le plus générale-
ment des macérations à l’eau salée; d’autres (surtout celles à
détruire par la chaleur) étaient faites à l’eau distillée. L'arachnolysine est très soluble dans l’eau salée. À partir d’une
salure même très faible, ilsemble ne pas y avoir grande influence
de la salure sur la solubilité. = Les macérations d'œufs d'Epeire \ ? # r , A m, à l'eau salée présentent un léger trouble blanchâtre. -— Elles se
conservent longtemps lorsqu'elles sont assez concentrées (par exemple 3 à 5 œufs par centimètre cube) et mises à laglacière. Quand elles sont diluées, leur puissance hémolytique diminue assez vite. Les solutions à 1/4 d'œuf par centimètre cube baissent par exemple très rapidement.
Les macérations à l’eau distillée sont, à nombre d'œufs égal, beaucoup plus faibles que les solutions à l’eau salée. Il m'est même parfois arrivé, avec un nombre d'œufs qui aurait donné avec l’eau salée une macération très forte, d’avoir une solution tout à fait inactive. La question se posait de savoir s’il s'agit d'une solubilité réellement moins grande del'arachnolysine dans l’eau distillée ou d'une action affaiblissante de la dessalure; 1l semble bien que celle-ci joue un rèle très important.
Une forte macération à l’eau physiologique, dialysée au collodion, puis resalée, se montre extrêmement affaiblie. Or d’autres expériences nous prouvent qu'aucune des substances que nous employons ne dialvsentau collodion. C’est donc que la dessalure affaiblit l'arachnolvsine. Une solution à 1/4 d'œuf par centimètre cube d’eau physiologique est dialysée 16 heures, puis étendue par de l’eau distillée jusqu'à { œuf par centimètre cube : elle est devenue complètement inactive. Dans ce cas, l'effet de la dessalure va jusqu'à la destruction totale. — Ces résultats deviendront intéressants au moment où nous nous occuperons de l'effet du gel.
Des mactrations desséchées et reprises par Peau salée sont encore hémolvtiques.
Des macérations d'œufs dans l’alcoo!l à 409, à 760, à 1000, desséchées et reprises par l’eau salée, sont imactives. — Même résultat pour des macérations à l’acétone.
Des macérations au chloroforme traitées de la même façon sont un peu actives.
Si l’on écrase des œufs d'Épeire sur du papier filtre, qu'on dessèche et qu'on épuise ensuite par l'alcool méthylique, le liquide obtenu, desséché, repris par très peu d'alcool méthylique et étendu par de l’eau salée, est mactif.
Les œufs desséchés et conservés ainsi plusieurs mois gardent leurs propriétés intactes.
$ 4. — Action de la chaleur.
Les macérations d'œufs d'Épeire sont détruites par la chaleur. Je donnerai,sous forme de tableau, quelques résultats numériques d'essais de destruction. Je ne disposais, pour le chauffage, que d’étuves assez difficilement réglables pour les températures utilisées. Je tâchais de réduire au minimum le temps de mise en équilibre par l'emploi de quantités de liquide petites, mises dans des tubes très minces. Il ne faut toutefois pas considérer les temps que je donne comme absolument exacts, surtout les temps courts. L'écart peut cependant être évalué comme très faible pour les temps longs avec prélèvements très espacés, ce qui était généralement le cas. Quoi qu'il en soit d’ailleurs, la part d’inexaclitude possible des temps indiqués ne changera en rien les conclusions générales.