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Le 22 juin 1927, on relate l’infiltration des deux cornées. À droite, petites ulcérations de la cornée, à gauche opacité cornéenne diffuse. Tubercules palpébraux.
Le 30 novembre 1927 le spécialiste constate que le cas s’est considérablement aggravé. Les deux cornées sont opacifiées. Iritis lépreuse. A gauche, tubercule scléral. »
Tels sont les résultats que fournirent les examens pratiqués à la Salpêtrière. De nombreux bacilles dans le mucus nasal, confirmèrent un diagnostic d’ailleurs évident.
En avril 1928, l'examen neurologique ne découvrit aucun nouveau symptôme. Mais la cécité devint presque complète ; l’aphonie, la toux bitonale firent examiner le malade par un spécialiste qui confirma l’extension du processus lépreux au pharynx et au larynx.
L'état général s’altéra. Mais les fonctions intellectuelles restèrent normales : le malade a rédigé à cette époque un volume de vers d’un certain talent.\
Le 28 septembre 1928, subitement, il fut pris d’une crise de dyspnée laryngée ; il refusa toute tentative de trachéotomie, et mourut dans la nuit.
Cette observation, typique de lèpre mixte, nous montre associés aux lésions cutanées les troubles moteurs, sensitifs, trophiques, une légère diplégie faciale, l'atteinte du trijumeau que nous allons décrire plus loin. Nous avons pu compléter cet examen clinique par un contrôle anatomique. Et nous allons nous demander dans quelle mesure ces troubles répondent à la névrite lépreuse ou au contraire à des lésions centrales.
Troubles sensitifs
L’atteinte des éléments sensitifs aboutissant à lanesthésie est la caractéristique de la lèpre. On lobserve quel que soit l’aspect clinique de la maladie. Ceci est si vrai que Besnier pouvait écrire dans la traduction de Kaposi qu'il «n'avait jamais rencontré un tubercule, une tache où la sensibilité fût normale ».
Pourtant Leloir et Vidal, puis Jeanselme et Sée conviennent que l’on a eu tort de faire de lanesthésie un signe pathognomonique. Dans le Bulletin de la Société francaise de Dermatologie et Syphiligraphie, de Beurmann et Gougerot, de Beurmann et Vernes, Gougerot, Barthelémy et Arnaudet ont publié des cas de lépromes non anesthésiques. Sézary, le 11 juillet 1929, signale des placards dépigmentés sans trouble sensitif. En fait, il semble que si l’anesthésie manque parfois au niveau des tubercules, rarement au niveau des taches, elle soit au contraire constante, comme le disaient déjà Danielssen et Boeck dans la forme dite nerveuse. Une observation isolée de Sevestre, à la Médicale des Hôpitaux, en 1893, est sujette à caution.
L’atteinte de la sensibilité superficielle est rencontrée dans deux circonstances : d’une part, au niveau des éléments cutanés de Ia lèpre : car si elle a pu manquer au niveau des tubercules, elle n’en est pas moins très fréquente et constitue le caractère fondamental de toutes les lésions hanséniennes ; d'autre part, dans le territoire des nerfs. Dans les lèpres dites nerveuses, ces deux modes d'anesthésie s'associent l’un à l’autre, et c’est ce qui expli-
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que la complexité de la topographie, la grande difficulté qu'il y à à la représenter sur un schéma. Mais quelle que soit l’origine de l’anesthésie, primaire, due à des lésions de la peau elle-même, ou secondaire à des lésions des troncs nerveux, les caractères cliniques en sont absolument identiques.
Les méthodes d'examen seront donc les mêmes. Il importe de rechercher les troubles sensitifs avec une technique rigoureuse, par exemple d'éviter les températures extrêmes dans la recherche de la sensibilité thermique, ou la douleur que provoque un objet pointu, dans l’étude de la sensibilité tactile. Des excitations réitérées peuvent réveiller une sensibilité. Et il faudra distinguer l’anesthésie d'un simple retard de la sensation. Ce n’est qu'après des examens multiples que l’on pourra dresser un schéma de la sensibilité superficielle.
Si nous rappelons ces notions, que relatent tous les traités de séméiologie nerveuse, c’est pour insister sur la difficulté des examens sensitifs des lépreux et pour expliquer en même temps les différences observées entre plusieurs examens d’un même malade.
Au niveau des éléments cutanés, que nous considérons tout d’abord, on peut observer provisoirement une certaine hyperesthésie. Rapidement il y a perte de la sensibilité à la piqûre, perte de la sensibilité thermique. Si une sensibilité.est abolie dans un territoire plus étendu, il semble que ce soit plus souvent la sensibilité thermique. Pourtant quelques observations auraient signalé Patteinte un peu plus marquée de la sensibilité à la piqûre au niveau des taches cervicales. Nous n’avons pu le vérifier par nousmême. Ce qui est important au niveau de ces éléments cutanés, c’est la conservation de la sensibilité tactile. Sans doute, à la longue, son appréciation devient-elle un peu moins fine que dans les régions normales, mais elle n’est jamais abolie.
Quelle est la topographie de l’anesthésie au niveau des