‹ Contribution à l'étude des tumeurs des muscles extrinsèques de l'œilChapitre 35 sur 39 · TUMEURS A ENTOZOAIRES DES MUSCLES DE L’'ŒIL · texte numérisé non relu

TUMEURS A ENTOZOAIRES DES MUSCLES DE L’'ŒIL

Nous n’avons retrouvé dans la littérature médicale que deux observations vraiment démonstratives de kystes développés dans les muscles de l'œil par suite de la présence d’un entozoaire.

Ce sont l’observation de Fieuzal (voir obs. I) et celle de Pascheff (voir obs. XIX).

Lagrange cite bien une observation de Terson père, publiée en 1893, mais si la situation orbitaire du kyste est hors de doute, l’atteinte des muscles est beaucoup moins évidente.

Lagrange parle également d’une observation de Bailly relative à un kyste du droit supérieur. Malheureusement, toutes nos recherches pour retrouver l'observation originale ont échoué. Il y a lieu de s'étonner de cette rareté des localisations parasisitaires dans les muscles de l'œil. On connaît, en effet, la fréquence relative des kystes hydatiques dans lestissu musculaire en général et Dawell a établi que ies kystes musculaires représentent 4 à 6 o/o

de la totalité des kystes hydatiques. Le cysticerque n’est pas non plus très rare dans les différents muscles de l’organisme et en particulier dans les muscles de la tête et du cou ; mais, vis-à-vis de cette parasitose, les muscles de l’œil paraissent encore spécialement épargnés. Dans les statistiques importantes de Graefe et de Poncet, comme dans celle de M'e Volovatz, comprenant 248 cas de cysticercose de l’œil et de ses annexes, on ne peut trouver un seul cas relatif à l’atteinte des muscles extrinsèques.. Ceux-ci paraissent être, au contraire, un siège de prédilection des kysles à trichine. Quelques auteurs allemands, entre autres : Bischoff, Favre, Kühn, Forster, Maurer, ont signalé la fréquence de cette localisation. |

La question des parasitoses est, on le sait, d’actualité. La liste des parasites s’ailonge de jour en jour et l’on serait effrayé de leur nombre, si la découverte parallèle de nouvelles méthodes de diagnostic ne permettait de déceler leur présence et par conséquent de les combatire.

Parmi ces méthodes, nous voudrions insister surtout sur la recherche de l’éosinophilie dans le sang, ‘qui accompagne l'existence de kystes hydatiques. Depuis Sabrazès, qui montra, en 1903, l'importance diagnostique de la proportion des éosinophiles dans le sang, cette étude a fait l’objet de nombreuses recherches. Celles-ci ont permis d'établir que, dans le sang des individus porteurs d’un kyste hydatique, la proportion des éosinophiles peut atteindre 5, 6 et

même 10 o/o ou davantage, alors qu'elle ne dépasse pas chez l'homme sain 1 à 2 0/0.

Outre cette éosinophilie sanguine, Dévé, bien connu par ses recherches sur les kystes hydatiques, a montré l'existence d’une éosinophilie locale, au voisinage immédiat des kystes.

Les larves qui, par leur enkystement, produisent des tumeurs parasitaires des muscles de l’homme, appartiennent toutes à l’embranchement des vers.

Les unes rentrent dans l’ordre des cestodes,ce sont :

Le cysticercus cellulosæ (larve du tænia solium).

L'echinocoque ou hydatide (larve du tænia échinococcus).

Les autres, de l’ordre des hématodes, ont pour unique représentant, l'embryon de Trichine.

Nous allons étudier successivement les kystes des muscles de l’œil dus aux hydatides, aux cysticerques €t aux larves de trichine.

1° Kystes hydatiques des muscles de l'œil.

Nous avons signalé la rareté du kyste hydatique dans les mucles de l'œil. Il n'existe, en effet, qu’une observation complète de Fienzal (voir obs I) et une autre incomplète de Bailly.

Nous n'’insisterons pas sur les signes cliniques de ces kystes, tel que l’exophtalmie progressive, qui ‘ s'était produite en bas et en dedans dans le cas de Fienzal ; en bas et en avant dans le cas de Bailly.

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L'étude anatomo-pathologique de ces deux cas retiendra seule notre attention. j

Les kystes étaient de volume relativement petits, comme ceux que l’on constate habituellement dans l'orbite. Leurs dimensions ont été comparées à un marron, par Fieuzal, et à celles d’une grosse noix, par Bailly.

Malgré les phénomènes de régression provoqués par des ponctions répétées, Fieuzal put cependant constater, que le kyste enlevé par lui présentait une cavité centrale entourée de parois très épaisses.

Au lieu du liquide clair, caractéristique des kystes hydatiques, le contenu fut trouvé séropurulent, mais il est permis de supposer que les nombreuses ponctions ne furent pas étrangères à cette transformation.

Fieuzal put aussi caractériser la membrane cuticulaire du kyste, grâce à l'aspect gélatineux et transparent qu'elle prenait dans l’eau ainsi qu’à sa disposition en fines lamelles concentriques. Enfin, äl put encore déceler au microscope quelques crochets caractéristiques de l’échinocoque. La paroi d'en- “veloppe de la tumeur montra, entremêlées avec le tissu conjonctif, de nombreuses fibres musculaires striées. L’embryon, après sa pénétration dans les tissus, avait trouvé dans l'épaisseur du muscle droit externe, les conditions favorables à son développement.

Diagnostic. — 1] est aisé de reconnaître l’existence «d’une tumeur, mais la nature kystique de celle-ci

ST ira n'est pas aussi facile à déterminer ; les lipomes, les

sarcomes mous, les angiomes non pulsatiles, peuvent en effet donner le change.

Deux recherches biologiques rendront alors de grands services : celles de l’éosinophilie générale et locale, et celles qui sont rendues possibles par la ponction. Celle-ci, faite avec la petite seringue de Pravaz, en observant l’antisepsie la plus rigoureuse, ne présente aucun danger. Si le liquide n’a pas été infecté antérieurement, il apparaîtra clair et transparent, comme de € l’eau de roche ». L'examen microscopique,après centrifugation, pourra montrer la présence de crochets d’échinocoque. Si on a la bonne fortune de faire cette constatation, l’existence d’un kyste hydatique de l’orbite sera certaine, et le diagnostic sera complet, si l’on parvient à déterminer que ce kyste siège dans un muscle. Malheureusement, il est impossible d'obtenir cette précision, et l’existence d’un kyste musculaire sera, comme dans les cas de Fieuzal et de Bailly, une surprise optratoire ou une trouvaille d’autopsie.

Traitement. — La ponction simple est un bon moyen de diagnostic, mais rarement un moyen curatif. Cependant Terson père, a pu guérir par ce procédé, deux de ses malades atteints de kystes hydatiques volumineux de l'orbite. Chez le premier, la guérison persistait encore deux mois après la ponction, le malade fut ensuite perdu de vue.

Chez le second, la guérison se maintint pendant

deux ans, après lesquels il fut brusquement emporté par une pneumonie. 6

Il ne faudra pas oublier, d'ailleurs, que ces guérisons peuvent n'être qu'apparentes et que la récidive est toujours possible. En effet, Dieu a vu survenir la récidive au bout de deux ans. Dans un autre cas, les accidents reparurent vingt-quatre heures après la ponction.

Ajoutons que pour tirer un bénéfice définitif de la ponction, il convient de la faire suivre d’une injection de sublimé au 1/1000,

L’incision de la paroi kystique est un procédé plus recommandable, Terson père la faisait suivre de lavages de la poche à l’aide d'une solution de sublimé au 1/1000.

L’incision partielle du kyste,suiviede lavages antiseptiques au sublimé, et d’un grattage consciencieux des parois, paraît être le procédé de choix.

Il est légitime, en principe, de tenter l’extirpation totale, dans tous les cas de kysies hydatiques de l'orbite, mais appliquée à ceux des muscles, elle offre de sérieuses difficultés, en raison des adhérences qui unissent le kyste aux fibres musculaires. Fieuzal réussit, dans son cas,à réaliser l’extirpation complète de la poche, mais la destruction, ou tout au moins la mutilation des fibres musculaires du droit externe entraînèrent un strabisme convergent. Nous conclurons avec l’auteur « que la circonstance importance de la localisation intra-musculaire d’un kyste hydatique, n’est pas dépourvue d’une certaine gravité,

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