‹ Contribution à l'étude des tumeurs des muscles extrinsèques de l'œilChapitre 37 sur 39 · PSEUDO-TUMEURS · texte numérisé non relu

PSEUDO-TUMEURS

On sait que la syphilis et la tuberculose peuvent produire des néoformations qui, sans mériter strictement le nom de tumeurs, peuvent donner lieu, par leur volume et par leur siège, à des manifestations cliniques analogues à celles des tumeurs proprement dites. Ce sont, en somme, des pseudo-tumeurs.

Nous appliquerons également ce terme, à d’autres néoformations où dominent des processus de dégénérescence (hyaline, amyloïde, ostéoïde), dont la cause est probablement une infection chronique, d’ailleurs inconnue. Au reste, dans les observations que nous rapportons, si les constatations histologiques rappellent nettement une origine syphilitique ou tuberculeuse ; si, de plus, certains caractères cliniques plaident en faveur d’une infection de même nature, nous devons avouer que les agents pathogènes caractéristiques de ces deux infections n’ont pu être constatés. Notre classification ne repose donc que sur l’anatomie pathologique.

Nous croyons cependant très légitime, d'attribuer

soit à la syphilis, soit à la tuberculose la responsabilité de certaines néoformations musculaires.

Nous parlerons, tout d’abord, des pseudo-tumeurs attribuables à la syphilis et à la tuberculose, puis de celles que caractérisent diverses dégénérescences.

1° Pseudo-tumeurs attribuées à la syphilis

les trois observations (de Busse et Hochheim, obs. XIV, de Chevallereau et Offret, obs. XX, de Frugiueleel Bevacqua, obs. XT), relatives aux pseudotumeurs attribuables à la syphilis, ont été rapportées plus haut. ù

Nous nous contenterons donc, dans ce chapitre, de mettre rapidement en relief l’ensemble des arguments qui plaident en faveur de l’origine syphilitique de ces pseudo-tumeurs.

Frugiuele et Bevacqua ont retrouvé, dans les muscles droit supérieur et droit externe, les caractères des lésions gommeuses. :

Dans l’observation de Busse et Hochheim, ainsi que dans celle de Chevallereau et Offret, où tous les muscles étaient intéressés à des degrés divers, l’examen histologique à permis de mettre en évidence, une analogie frappante entre les altérations constatées et celles que l’on a coutume de considérer comme caractéristiques de la syphilis. C’étaient des amas étendus, diffus de petites cellules, épars entre les faisceaux musculaires, mélange d'infiltration cellulaire et de tissu de sclérose, produisant une disso-

LOMOBS

cialion et un étouffement des fibres musculaires. Dans : les trois cas, la fibre musculaire elle-même était le siège de dégénérescence à des degrés divers.

Des cellules géantes caractéristiques ont été vues par Frugiuele et Bevacqua, Busse et Hochheim ; par contre, Chevallereau et Offret n’en ont pas remarqué sur leurs préparations.

Dans le cœur et les poumons, Busse et Hochheim ont retrouvé des altérations semblables à celles des muscles de l'œil. Outre ces constatations anatomopathologiques, certains signes cliniques pourront faire songer à l’origine syphilitique des accidents observés. C’est ainsi que Chevallereau et Offret ont pu noter chez leur malade, un lichen urticans, des céphalées passagères, de l'inégalité pupillaire Dans le même cas,la réaction de Wassermann fut trouvée positive. Il est vrai que cette dernière constatation n’est pas une preuve absolue de l’existence de la syphilis ; on sait en effet, qu'au cours de certaines affections chroniques,hépatiques en particulier,cette réaction peut être trouvée positive.

Il ne faudra pas négliger nou plus, le secours d’autres méthodes de laboratoire, qui pourront aider à porter un diagnostic étiologique.

En règle générale, la biopsie ne sera pas négligée, et dans certains cas,pour obtenir des renseignements définitifs, il ne faudra pas hésiter à se donner un large jour sur la cavité orbitaire, en pratiquant au besoin l’opération de Kronlèin.

2° Pseudo-tumeurs d'origine tuberçuleuse

Il existe une seule observation détaillée concernant les pseudo-tumeurs tuberculeuses des muscles de l’œil.C’est celle de Rochon-Duvigneaud et Onfray. Ces auteurs notèrent une hypertrophie considérable de tous les muscles extrinsèques

Histologiquement, les lésions étaient caractérisées par des granulations ayec follicules typiques. formées d'énormes cellules géantes, caséeuses à leur centre et entourées d’une double couronne de cellules épithéliales et lymphoïdes. Les vaisseaux n'étaient pas altérés, mais les muscles avaient subi une transfor-

mation scléreuse très prononcée.

Nous avons vu que la syphilis et la tuberculose peuvent frapper les muscles de l'œil, en donnant naissance à des symptômes nullement caractéristiques de cette localisation, il est vrai.

De la précédente étude, nous tirerons une conclusion pratique : en présence des signes révélateurs d’une néoplasie orbitaire, il faudra toujours penser que le spirochète de Schaudinn ou le bacille de Koch, peuvent être mis en cause. Si l’on n’a pu poser un autre diagnostic étiologique précis, il sera sage, avant de procéder à l’exentération de l’orbite,d'instituer un traitement d’épreuve antisyphilitique ou de

Pratiquer une injection de tuberculine, qui nous révèleront, sinon la localisation exacte de la tumeur, du moins souvent sa véritable nature. Pour n’avoir pas pris ces précautions, on s’exposerait,après une exentéralion précipitée, à constater, mais trop tard, que l'œil de certaines malades porteurs de ces pseudotumeurs eut pu sans doute être conservé.

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