OBSERVATION I
(Fieuzal, Compte rendu du Congrès de Montpellier du 8 septembre 1879.)
K'yste hydatique du muscle droit externe
Le premier cas concerne une jeune fille de seize ans, atteinte d’un kyste à échinocoque ; il n’était pas à proprement parler sous-conjonctival,car il occupait les fibres musculaires du droit externe, et s’était développé de façon à former une tumeur qui avait lentement acquis la dimension d’un gros marron, repoussant l’œil en avant et en dedans, au point d’avoir, par lextension qu’elle avait prise, compromis la vision de cet œil. Évidemment les signes cliniques précédemment cités ne pouvaient s'appliquer au diagnostic de cette tumeur, qui n’était sousconjonctivale que d'une façon médiate, et qui avait subi plusieurs ponctions exploratrices depuis son apparition.
L'extirpation de la tumeur fut pratiquée sans aucune entrave ; elle fut laborieuse et longue comme toutes les fois qu'il
s’agit d’une tumeur de l'orbite et qu'on veut faire le moins: possible de destruction ; les suites en furent des plus simples, et nous pouvons dire des plus heureuses,
La jeune fille qui en était atteinte put s'en retourner chez elle au bout d'un mois, parfaitement guérie de sa lumeur, et ne conservant à la place de l’exorbitis qui la défigurait, qu'un strabisme interne qui du reste l’inquiétait fort ‘peu, et qui résultait de la destruction ou tout au moins de la mutilation du muscle droit externe.
L'examen de la tumeur préalablement durcie, nous permit, à l’aide de coups pratiqués en divers sens, de constater l’existenced’une cavité centrale, irrégulière, entourée de parois très. épaisses constiluées par du tissu conjonctif organisé en membrane adventice, portant la trace de nombreux coups de trocart donnés à travers la tumeur à plusieurs reprises, et dans les anfractuosités de laquelle se trouvait un liquide séro-purulent où sanieux renfermant de nombreux débris de feuillets superposés les uns aux autres, tout recroquevillés, mais s’étalant sous l’eau et y prenant bientôt un aspect gélatineux et transparent.
Nous avons trouvé au milieu de ces débris un reste de vésicule sur laquelle on pouvait aisément reconnaître une dispositon en lamelles très fines rappelant assez exactement celle de celle portion de l’estomac des ruminants désignée sous le nom: de feuillet, et ressemblant en effet aux feuillets d’un livre: entr'ouvert.
Malheureusement les piqûres qui avaient été faites à plusieurs. reprises dans la tumeur, en dilacérant les vésicules, avaient activé dans le kyste des phénomènes de régression, de sorteque nous nous sommes eslimé très heureux de pouvoir recueillir, pour les examiner au microscope, encore quelques: crochets caractéristiques de la présence de l'échinocoque
Sur la paroi d’enveloppe de la tumeur hydatique, entremélées avec le tissu conjonctif, nous avons rencontré de très nombreuses fibres musculaires striées, qui donnaient ainsi la preuve
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que l'embryon du tænia echinococcus, après sa migration dans les tissus, avait trouvé dans l'épaisseur du muscle droit externe ou dans le tissu cellulaire interfibrillaire, les conditions propres à son évolution Cette circonstance importante à connaître n’est pas dépourvue d'une certaine gravité, puisqu'elle démontre qu'on ne pouvait enlever le kyste sans enlever du même coup le muscle, et exposer d’une manière inéluctable l’opérée à un strabisme convergent définitif, Il est vrai que cet inconvénient était minime eu égard au danger que lui faisait courir l’inflammation de voisinage occasionnée par l'inflammation du kyste. Nous ajouterons, pour lerminer, que la jeune fille était Lorraine, c’est-à-dire d’un pays où les habitants font grande consommation de viande de porc et insuffisamment cuite,
OBSER VATION Il (Nuel, Archives d'Ophtalmologie de 1893.)
Dégénérescence hyaline des muscles de l'œil
M. X..., âgé de quarante et un ans, employé de douane, se présente le 2 janvier 1892 à la consultation. C’est un
homme robuste qui, indépendamment de l'affection oculaire, ne présente rien d’anormal. L'interrogatoire et l’examen le plus minutieux, poussés dans les directions les plus diverses, ne révèlent aucune anomalie, Le foie et les reins notamment sont normaux. Nulle part il n’y a d’anesthésie sensible. Le patient n’a jamais été malade,sinon qu'il y a de cela une dizaine d'années, il essuya un coup de foudre qui tomba tout près de lui. Il fut projeté à quelques mètres de distance, mais ne tomba pas. Il ne perdii pas connaissance, mais resta comme abasourdi pendant quelques heures. Il ne suppose jamais que sa maladie actuelle eût quelque rapport avec l’accident. Néanmoins, il croit que les plaintes relatives à ses yeux (diplopie) datent, en somme, de l’époque où il fut influencé par la foudre.
Ne
Œil droit. — Complètement immobile ; on ne peut y pro duire ni élévation, ni abaissement, ni adduction, ni abduction actives, ni même de rotation autour de l'axe optique, Il y a un degré appréciable d’exophtalmie, le globe oculaire étant en même temps déplacé un peu en dehors. L'exophtalmie produit un gonflement de la région orbitaire. Les mouvements palpébraux sont en somme intacts. On ne constate pas de dilatation anormale des veines des paupières.
En bas et un peu du côté temporal, on sent entre l'œil et le bord orbitaire, une tumeur dure, semi-lunaire, enveloppant danssa concavité le globe oculaire et qui pousse le cul-de-sac conjonctival en avant. La surface en est bosselée ; il y a notamment une échancrure au milieu de son bord antérieur. La consistance de la tumeur est forte : toutefois,une pression circonscrite et forte en déprime un peu la surface. Avec quelque difficulté, on peut introduire la pointe du doigt entre elle et l'œil. On sent que la tumeur va vers la profondeur de l'orbite, surtout à son côté nasal où l’on croit sentir un pédicule adhérent à la profondeur (à l'os ?). Les mouvements passifs imprimés au globe de l’œil se communiquent à la tumeur.
En un point diamétralement opposé du pourtour oculaire, c'est-à-dire au côté nasal et un peu en haut, on sent profondément, et plus vaguement, une seconde bosselure analogue à la première.
L'exophtalmie n'est nullement réductible par la pression.
Le pupille.de grandeur normale, réagit normalement. Accommodation intacte. Acuité visuelle : 5/9. Champ visuel normal. A l’ophtalmoscope, rien à signaler ; peut-être un peu de pâleur de la moitié temporale de la papille et un peu de dilatation des veines rétiniennes, |
Au dire du malade, l’exophtalmie n'est devenue sensible que depuis cinq à six mois. Depuis une dizaine d'années, il a constaté, par moments, de la diplopie. Au début, celle-ci aurait cédé à un traitement médical.
Oil gauche. — Mouvements actifs d’abduction nuls ; ceux d'élévation rudimentaires, ceux d’adduction et d’abaissement normaux en somme. Dans la direction du regard en haut eten dehors. l'œil reste sur place, mais il subit des rotations démontrant que le muscle pelit oblique agit encore.C’est la seule anomalie de cet œil dont l'acuité visuelle est de 4/5 et le champ visuel intact.
L'œil gauche n’est pas anormalement dévié en dedans, ce qui est assez extraordinaire en présence de la paralysie complète de son muscle droit externe.
L'auteur porte le diagnostic de tumeur au fond de l'orbite droite, el en présence des progrès de l’exophtalmie, se décide à intervenir, On pénètre dans l'orbite par le cul-de-sac inférieur.
On sent avec le doigt des boyaux résistants s’insérant dans la profondeur de l'orbite et sur le globe oculaire. Ces boyaux atteignent la dimension d'un doigt d'enfant, ils sont rouges foncé. Ils sont d’une friabilité extrême. Il s'agissait donc à pèu près certainement d’une dégénérescence des muscles oculaires accompagnée d’une augmentation considérable de leur volume. à
Tous les muscles présentaient cet élat de dégénérescence, en même temps qu'ils avaient subi une augmentation de leur volume.
La guérison survint par première intention, avec amélioration de l’acuité et suppression de la diplopie. L'œil garda cependant son immobilité : l'examen des pièces montra que Von avait affaire à une dégénérescence particulière de toutes les fibres musculaires avec dégénérescence hyaline du tissu conjonctif inlerstitiel et des vaisseaux musculaires.
Examen anatomique des muscles enlevés. — Dimensions d’un fragment de muscle extirpé : un grand diamètre = 13 millimètres, un petit 6 millimètres, donc, augmentation de volume.
Les fibres musculaires sont transformées ; la striation transversale y fait défaut. La coloration est difficile et devient
possible seulement avec l’éosine et lhématoxyline.
Sas