‹ Contribution à l'étude des tumeurs des muscles extrinsèques de l'œilChapitre 8 sur 39 · OBSERVATION XII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XII

(Aubineau, Société d'Opht. de Paris, 14 oct. 1902.)

Sarcome à cellules épithélioides du rausle droit externe

Il s’agit d’un malade de M. de Wecker, qui se présenta à la clinique du Cherche-Midi, en mai 1902. et fut opéré par M. Masselon.

Le patient, âgé de soixante-seize ans, présentait sur la sclérolique, dans la région externe de l’œil droit, une tumeur de forme arrondie de 5 à 6 millimëtres de diamètre. distante d'environ 6 millimètres du bord de la cornée. Bien quil n’y eût pas d’hyperhémie conjonctivale, la conjonctive présentait au niveau du néoplasme quelques gros vaisseaux variqueux, mais la facilité avec laquelle on soulevait la conjonctive à l’aide d’une pince prouvait qu’il n’y avait pas de rapports intimes entre la muqueuse conjonctivale et la tumeur. Pendant l'intervention, après iñcision et dissection de la conjonctive apparaît une masse

néoplasique parfaitement isolée. Cette masse intéresse en partie

le tendon du muscle droit externe, en partie le muscle luimême, de telle sorte qu'on est forcé de sectionner le muscle pour en faire l’ablation.

I n’y eut rien de particulier dans les suites opératoires. Mais il persista, comme on pouvait s'y attendre, une très forte insuffisance du muscle dans le regard à droite.

[ei s'arrête la partie clinique de l'observation qui n’a malheureusement pasété complétée. Le patient n’a pu être retrouvé et n'est pas revenu à la clinique depuis la guérison opératoire. Nous ne savons donc rien en ce qui concerne la récidive. M. de Wecker nous confia la tumeur pour l'examen ; les particularités histologiques qu'elle nous a paru présenter, offrent, croyons-nous, un certain intérêt,

Examen histologique (laboratoire de l'hôpital civil de Brest). — La pièce a été fixée au formol, passée dans les différents alcools et incluse dans la celloïdine.

Les coupes ont été colorées au picro-carmin et à la double coloration : hématéine et éosine ; elles ont été soumises à l’examen de notre confrère et ami H. Malherbe, de Nantes, qui a bien voulu nous aider dans la relation histologique de notre observation.

En parcourant les coupes à un faible grossissement, on voit que la tumeur est formée de lobes ou d’amas de volume et de forme variable, entourés de travées conjonctives épaisses, bourrées de nombreuses cellules embryonnaires, La double coloration différencie nettement les cellules embryonnaires qui se colorent en violet des cellules néoplasiques qui prennent upe teinte brun foncé.

Dans différents points, les cellules embryonnaires pénètrent es masses néoplasiques et se mêlent aux cellules de la tumeur.

Si l'on examine à un plus fort grossissement un pseudo lobule de la tumeur, on reconnaît que les faisceaux conjonctifs qui l'entourent sont tantôt nets, tantôt méconnaissables par d'infiltration des cellules embryonnaires qui les dissocient.

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Dans les points où les cellules embryonnaires pénètrent à l'intérieur de la masse néoplasique, cette pénétralion se fait généralement d'une façon diffuse ; quelquefois, on vuit se détacher du tissu conjonctif périphérique comme un éperon double de cellules inflammatoires qui pénètre dans le lobe comme pour le diviser, Immédiatement en dedans de la zone fibreuse limitrophe,on trouve le tissu propre de la tumeur ; à ce niveau, les cellules quileconstituent sont habituellement tassées de telle sorte qu’il est difficile de voir leurs détails de structure et leur substratum ; parfois, cependant, elles se disposent assez régulièrement en rangées parallèles. En avançant plus au centre du lobule, les coupes moins épaisses laissent mieux percevoir les détails de structure des cellules néoplasiques qui affectent des formes variées ei sont reliées entre elles par un fin réticu- Jum. Tout à fait au centre est souvent un amas de cellules néoplasiques très tassées qui ne permet pas de détails et se colore très vivement.

Les cellules propres du néoplasme étudiées à un grossisse- (æ. 1) (obj. 7)

des plus nettes. Elles offrent un gros noyau rond ou ovale gra-

sement encore plus fort ont une apparence épithéliale

nuleux à un ou plusieurs nucléoles, prenant bien la matière colorante et entouré d'une lame protoplasmique plus claire. Leur forme est variable, pavimenteuse, en raquette ou fusiforme, rappelant alors les cellules sarcomateuses, Leur dimen- -sion varie beaucoup, les unes dépassent 25 à $0, d’autres sont ärès petites et se rapprochent des cellules embryonnaires dont al est très difficile, sinon impossible, de les distinguer. Les cellules néoplasiques sont supportées par une trame, et dans les points très favorables à l'examen, on voit que cette trame par -de fines anastomoses, forme un véritable réticulum dont les anailles logent des cellules. Parfois, surtout vers la périphérie -des lobules, le réticulam, au lieu de former un réseau, dessiné -des travées parallèles bourrées de cellules ; dans ces zones, Île réticulum semble venir au contact des bandes fibreuses

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que nous avons décrites autour des masses néoplasiques.

Les vaisseaux de la tumeur sont peu nombreux dans les lobes néoplasiques, on voit des artères à parois assez épaisses et des capillaires ; les plus gros vaisseaux, artères et veines, sont dans des zones fibreuses. Dans ces mêmes régions, nous avons trouvé deux faisceaux nerveux ne présentant pas de particularité.

Dans quelques-unes de nos coupes et seulement dans des espaces très limités, il existe des faisceaux musculaires reconnaissables : ils sont altérés, car leur striation tend à disparaître et la fibre musculaire revêt vite un aspect granulo-graisseux très accusé. Si l’on poursuit la recherche, la fibre musculaire disparait bientôt. $

C'est assez difficile de dire quel est le point de départ de celte Lumeur ; nous serions tenté de croire qu’elle s'est développée aux dépens du tissu conjonctif des gaines des fibres musculaires.

On peut supposer que le tissu morbide, se développant en plein tissu musculaire, s’est substitué peu à peu aux éléments propres de l’organe en les étouffant complètement.

Cette substitution se serait faite tout en conservant la forme générale de l'organe envahi, et c’est pour nous ce qui expliquerait la disposition des masses néoplasiques.

La tumeur que nous venons de décrire nous semble très difficile à classer. À quel genre de néoplasme appartient-elle ? L'aspect épithélial des cellules et la présence du réticulum font que notre tumeur présente les caractères des néoplasmes que certains auteurs ont décrits sous le nom de « carcinome reticulé », Mais ce terme est loin d’être accepté par tous les histologistes. Frappés des analogies évidentes que de semblables productions morbides offrent avec les sarcomes et tenant compte du caractère pourtant épithélial des cellules, d’autres auteurs veulent en faire des ( sarcomes à cellules épithélioïdes ». Tout récemment on a rangé ces sortes de tumeurs sous le nom générique d’ « endothéliome ».

En acceptant les théories nouvelles, c'est peut-être cette

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dernière étiquette que nous devons mettre sur le néoplasme qu’il nous a été donné d’étudier.

OBSERVATION XIII (Résumée) (Lopez et Piquero, Recueil d'Opht., p. 589, 1903.)

Sarcome prunitif des muscles de l'œil

A la clinique, ila été inscrit au mois d'avril une enfant de deux ans, pour une tumeur de l'orbite gauche, qui avait débuté deux mois auparavant par une petite luméfaction rouge de la paupière supérieure.

Au moment de notre examen, il y avait une tumeur volumineuse, saillant par derrière la paupière supérieure de o m. 03 dans la direction verticale, o m. 05 dans l'horizontale, et saillant à peu près de o m. 02 en dehors du rebord orbitaire, Elle est lisse, un peu irrégulière, fixe dans l’orbile, indépendante de la peau qui la recouvre, qui est violacée, et on sent une fluctuation profonde. Exophtalmie en bas. Peu douloureuse,

Extirpation, après ponction exploratrice qui ne donne aucun liquide. Incision à o m. 04 au-dessous du sourcil, se joignant à un débridement de la commissure externe. Dissection de la tumeur qui occupait toute la moitié supérieure de lorbite jusqu’au trou optique et adhérait au périoste de la voute. La tumeur avait une enveloppe fibreuse, kÿstique, et un contenu granuleux, mou, que j'étais obligé d'extraire par petils morceaux.

Peu de vascularisation. OEil respecté.

Le Dr Piquero, dans son examen histologique, trouva la tumeur constituée principalement par du tissu musculaire strié. Une prolifération cellulaire embryonnaire ronde et fusiforme pénètre dans les fascicules musculaires, qui se trouvent

donc séparés par des traits néoplasiques,

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Dans certains points, les fibres musculaires sont normales et leur striation transversale et longitudinale est vue clairement. Un stroma aérolaire existe à certains endroits et quelques larges. lacunes vasculaires dans les parois.

Parmi de larges portions de tissu connectif, on voit qu'il s’agit d'un sarcome musculaire fasciculé à cellules rondes et fusiformes. |

IL est possible que le point d’origine ait été l’un des muscles. moteurs de l'œil, droit supérieur, ou peut-être le releveur de la paupière, puisque la tumeur s’enfonçait profondément dans.

l'orbite.

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