FIBRO-SARCOME RÉCIDIVÉ DE L'OMOPLATE
DÉSARTICULATION INTERSCAPULO-THORACIQUE
Prép. : boîtes 256-273.
Ce malade, âgé de trente-cinq ans, entre pour la première fois dans le service le 26 avril 1922 pour sarcome récidivé de l’omoplate.
Le début remonte à février 1921. A cette époque, le malade ressent des douleurs en levant son bras gauche (dès que l'angle dépasse 90°). Au début, ce mouvement seul cause de la douleur, douleur rapidement très marquée et lui interdisant bientôt de lever le bras.
Peu de temps avant l’apparition de ces douleurs, le malade a été victime d’un accident. Son appareil de soudure autogène fait explosion alors qu’il s’appuyait sur lui de son épaule gauche. H est projeté à 5 mètres, on le relève ; à ce moment, il ne ressent aucune douleur dans l’épaule gauche, et ce n’est que quinze jours après qu’il commence à souffrir.
Le malade va voir un médecin qui diagnostique une arthrite, lui donne des cachets de salicylate, applique des pointes de feu, traitement qui n’amène aucun résultat.
Le malade continue à travailler jusqu’à la fin de septembre ; il peut encore se servir de son bras quand celui-ci est en adduction.
Dès que le malade le porte en abduction (à plus de 45°), ïl ressentait de vives douleurs. Amaïigrissement.
PREMIÈRE OPÉRATION, 29 octobre 1921. — À ce moment (commencement d'octobre), le malade consulte un chirurgien de Brest qui, après radioscopies successives, l’opère le 29 octobre 1921.
Il enlève au malade le tiers supérieur de l’humérus et peut-être une partie de sa clavicule (peut-être une partie omoplate ?...)
Le malade ressent un grand bien-être ; il reprend appétit, ses forces reviennent, ainsi que le sommeil.
Mais, au bout de deux mois, le malade sent une petite tumeur au niveau de l’omoplate, dans la région sus-épineuse.
Cette tumeur grandit ; elle n’est pas douloureuse à la pression, mais le malade ressent en arrière, au niveau de l’omoplate, une douleur continue, empêchant le sommeil ; de nouveau l’état général est atteint : amaigrissement continu, changement de caractère.
DEUXIÈME OPÉRATION, 10 avril 1922. — Le 7 avril 1922, il
retourne voir le chirurgien qui Pa opéré ; à ce moment, la tumeur Ctait, dit le malade, large et longue comme une main.
Le 10 avril 1922, résection partielle (totale, dit le malade) de l’omoplate. Aussitôt après l’opération, le chirurgien décide le malade à aller à Paris pour radiothérapie.
Entrée à Saint-Louis le 26 avril 1922. — On se trouve en présence d’un malade amaigri, mais encore bien musclé. I se plaint de très vives douleurs au niveau de la partie moyenne du bras et irradiant jusqu’au bout des doigts.
L'EXAMEN de l’épaule gauche montre au niveau de l’épine de l’omoplate une vaste plaie plane, rouge, granuleuse. À la palpation, on peut sentir les contours d’une omoplate, recouverte de masses volumineuses. À la partie supérieure du bras, on constate l'absence de l’humérus sur une certaine longueur. Le bras étant collé au corps, le malade peut exécuter des mouvements de son
avant-bras et de sa main.
Le 1* mai, radioscopie pulmonaire. Recherche négative de
noyaux de sarcome.
TROISIÈME OPÉRATION (P' LEGÈNE), 5 mai 1922. — On décide de tenter la conservation du bras, malgré la résection humérale préalable qui a raccourci l’humérus de 10 à 12 centimètres.
Le malade est endormi à l’éther. Résection sous-périostée des deux tiers internes de la clavicule.
Libération des vaisseaux sous-claviers ; l’artère et la veine sont soulevées par deux petites sondes de Nélaton fines. On libère le plexus brachial et l’artère sous-clavière, puis axillaire, jusqu’à la partie inférieure de l’aisselle ; il n'y a pas de lésions de ces vaisseaux et nerfs, par envahissement direct. On arrive ainsi jusqu’au bras. ;
On enlève alors la totalité de l’omoplate, en conservant le trapèze. L’omoplate enlevée, on fait une hémostase soignée après ablaiion des deux sondes de Nélaton, qui, passées autour des vaisseaux, faisaient l’hémostase temporaire.
Suture du trapèze sur le deltoïde par trois crins profonds doubles, puis suture cutanée partielle avec des fils de bronze, en avant soin de faire un tamponnement à la gaze de la région dénudée par l’ablation de l’omoplate (ceci à cause de l'infection pouvant provenir de la vaste plaie cutanée de l’omoplate).
Durée : 35 minutes. A la fin de l’opération, sérum intraveineux. Pansement ouaté compressif. L’omoplate paraît être le siège d’un sarcome fibreux prériostique qui s’est développé sur les deux faces de los.
EXAMEN HISTOLOGIQUE (M. LECÈNE). — Sarcome fuso-cellulaire ; les cellules rappelant des fibroblastes jeunes sont souvent disposées en bandes ou en faisceaux.
I y a un peu de substance collagène entre les cellules sarcomateuses. Novaux atypiques et monstrueux. Malignité certaine.
SUITES OPÉRATOIRES. — A la suite de l'intervention du » mai 1922, grosse amélioration. Puis, vers janvier (huit mois) 1923, le malade recommence à souffrir, les douleurs deviennent de plus en plus vives ; l'épaule augmente de volume très rapidement et le malade rentre, pavillon Jamain, le 17 avril 1923.
A l’examen, l’épaule gauche est augmentée de volume, déformée. La région sous-claviculaire bombe considérablement et présente à sa partie supérieure la trace d’une cicatrice horizontale Mifurquée vers sa partie externe. La région deltoïdienne est également augmentée de volume, globuleuse. En arrière, dans la région scapulaire postérieure, grosse masse, comme les deux poings, violacée. En certains points, la peau desquame et se plisse, amincie.
A la palpation, masses très dures, douloureuses ; le tout est légèrement mobile sur les plans profonds.
L'ensemble de l’épaule se meut en bloc.
Rien à signaler pour l’appareil pulmonaire et circulatoire.
QUATRIÈME OPÉRATION. Le 18 avril 1923, Le malade, endormi au chloroforme est à nouveau opéré.
Désarticulation interscapulo-thoracique (P' LECÈNE).
Réunion complète, sauf sur la surface d’une pièce de 5 francs.
Ligatures isolées de la veine sous-clavière et de l’artère.
SUITES OPÉRATOIRES. — Après suites opératoires normales, le malade sort le 3 mai.
Après être resté quatre mois au lit chez lui, le malade succombe le 23 octobre 1923. Pas de renseignements précis sur les accidents qui ont entraîné la Morr.