‹ Contribution à l'étude des tumeurs du quatrième ventriculeChapitre 14 sur 21 · SYMPTOMES · texte numérisé non relu

SYMPTOMES

En parcourant les observations de tumeurs du quatrième ventricule éparses dans la science, on voit que les symptômes déterminés par ces tumeurs sont nombreux et variés. Mais en étudiant chaque observation en particulier, on voit que ces signes divers sont rarement réunis chez le même malade. Dans certains cas, de beaucoup les plus rares, ils existent presque tous; dans d’autres, il n'existe qu’un seul de ces phénomènes, le diabète par exemple; enfin, la tumeur peut passer complétement inaperçue. Plus souvent cependant ils se groupent en pelit nombre sans aucun ordre. À quoi tiennent ces différences ? À plusieurs causes, sans doute : au volume de la tumeur; elle peut être tellement petite qu'elle n'a pas d'influence sur les parties avoisinantes; à son développement, qui peut se faire d’une façon tellement lente, que les centres nerveux ont pour ainsi dire le temps de s’accoutumer à la présence de ce corps étranger, à condition toutefois qu’elle ne soit pas trop volumineuse; enfin, à la siluation de cette même tumeur, qui peut comprimer séparément divers points des parties avoisinantes à l'exclusion des autres, ou toutes les parties à la fois.

Quels sont donc ces symptômes si variés ?

Pour éviter loute répétition, nous les diviserons en plusieurs groupes. Nous étudierons successivement les troubles de la sensibilité, de la motilité, de l'intelligence, des organes des sens; les troubles digestifs; enfin, le diabète.

A. Troubles de sensibilité. — Un des troubies les plus mmportants et les plus fréquents, sinon le seul, estsans contredit la céphalalgie. Elle n’est pas consiante, car sur 35 obser-

RE DR vations, il yen a 10 où elle w’a pas été notée. Dans la majorité des cas cependant, elle existe; mais 1l faut remarquer des différences importantes dans son siége el son intensité. Le plus souvent elle est généralisée et sans localisation précise; d’autres fois, tout en élant générale, elle prédomine soit dans la région frontale ou temporale, soit plus fréquemment dans la région occipitale; enfin, elle peut occuper exclusivement l’une ou l’autre de ces régions.

Elle est dans certains cas peu prononcée, mais d’autres fois (obs. X, XIX, XXVI, XXX) elle est tellement violente, que le patient est obligé d'interrompre ses travaux, qu’il perd tout sommeil, pousse des cris et souhaite la mort. Dans l’observation de MM. Spillmann et Schmitt, la douleur était tellement intense, qu'il semblait au malade que sa tête allait éclater.

Enfin, la céphalalgie est tantôt permanente avec de légères rémissions et des exacerbations ; tantôt elle cesse pour se reproduire un certain temps après, c’est-à-dire qu’elle procède par accès réguliers ou irréguliers.

La céphalalgie est à peu près le seul trouble de sensibilité. Une seule fois les douleurs ont débuté par les épaules pour sirradier vers les bras et les avant-bras (04s. XX). Dans deux autres cas, on a noté des douleurs névralgiques (obs. XIII, XXII). Dans ce dernier cas, les douleurs de tête s’irradiatent dans le cou et les épaules. Enfin, on a observé une fois une hémicrânie droite.

Un fait remarquable, c’est qu'il y à rarement diminution ou abolition de la sensibilité. Deux fois seulement on a signalé une diminution légère de la sensibilité; deux autres fois, une paralysie complète (obs. XVIII et XXXIIT); mais dans le premier cas, elle n’est survenue que le dernier jour.

B. Troubles de motilité. — Les troubles de motilité sont bien plus nombreux que ceux de sensibilité; nous les diviserons en deux catégories : a) les troubles de motilité des mem-

M bres; b) les troubles de motilité des appareils musculaires innervés par les nerfs cräniens.

a) Les troubles de motilité des membres sont des paralysies, plutôt des parésies, des désordres dans la coordination, des contractures, des convulsions et attaques épileptiformes.

La paralysie complète de tous les membres ou des membres d'un seul côté est rare. On observe le plus souvent une paralysie incomplète, ou mieux, une faiblesse croissante des membres.

La marche commence par être pénible, hésitante, incertaine, puis, Insensiblement, le malade ne peut plus progresser qu'avec le secours d’un aide ou en s'appuyant aux objets environnants.

La force des membres supérieurs diminue d’un ou des deux côtés et le malade ne peut soulever des objets qu'autrefois 1l maniait avec facilité. Mais rarement la perte des mouvements est complète; 1l y a généralement, même à la fin, quelques mouvements possibles dans le décubitus dorsal.

Cet affaiblissement progressif est noté dix fois, tel que nous venons de le décrire. Trois fois seulement 1l y a eu attaque suivie de paralysie. Dans l'observation de M. Robin (obs. V), la paralysie était totale mais non absolue; dans les deux autres, il y avait hémiplégie également incomplète (obs. XI et XXX11); dans le dernier cas, l’hémiplégie ne fut que temporaire et avait presque disparu lors de l'entrée à l'hôpital.

Les contractures se rencontrent rarement. Elles sont signalées seulement quatre fois. Elles étaient toujours partielles et peu étendues, et limitées, soit à la face, soit au masséter seul, à un bras. Elle intéressait une fois le coude et le genou gauche, la jambe était fléchie sur la cuisse.

Les mouvements convulsifs et les attaques épileptiformes ne sont guère plus fréquents. On à noté une fois des sortes de crises de mouvements convulsifs; deux autres fois les convulsions sout survenues les unes quelque temps, les

= 0 autres immédiatement avant la mort. Les accès épileptiformes n'existent que trois fois; ils ont toujours eu lieu dans les derniers temps de la maladie. Deux fois les vertiges existaient depuis un certain temps et ont précédé les véritables attaques.

Aux attaques épileptiformes, nous pouvons rattacher les vertiges et les étourdissements, à cause de leur ressemblance avec le petit mal épileptique. Nous les avons trouvés dix fois. Is sont tantôt simples, c’est-à-dire sans perte de connaissance, le malade est simplement obligé de s'appuyer ou de s'asseoir pour ne pas tomber. D'autres fois, le malade est étourdi, il tombe, perd connaissance, mais sans mouvements convulsifs. La perte de connaissance dure plus ou moins longtemps. Il semblait à la malade de l’obs. X qu'un voile s'étendait sur elle, puis elle tombait et ne reprenait connaissance qu'un quart d'heure, une demi-heure, une heure même après le début de l'attaque.

Des troubles du mouvement bien plus importants à considérer et qui se rencontrent un certain nombre de fois, sout les troubles de coordination, les uns rappelant tout à fait l'ataxie locomotrice, les autres l'ivresse spéciale qu’on rencontre dansles maladies du cervelet. Dans le cas de M. Bourdon (obs. XIV), ils avaient un caractère spécial, rappelant les mouvements choréiques. .

Outre l'observation que nous ont communiquée MM. Spilmann et Schmitt, il en existe trois où l’ataxie est, pour ainsi dire, le seul trouble de locomotion, du moins dans les premiers temps de la maladie. Dans celle de MM. Garrod et Philpot entre autres (obs. XVIII), nous en trouvons les signes caractéristiques. En effet, quand le malade essaie de marcher, ses jambes se jettent irrégulièrement en avant et de côté et frappent fortement le sol. S'il ferme les yeux, ses mouvements sont beaucoup plus irréguliers encore, il chancelle et tombe. Si on lui fait pläcer ses jambes dans l’extension, et

SO de

qu'on lui commande de résister, on voit que la puissance musculaire n’est que légèrement diminuée. La main serre avec sa force normale. Dans le cas de M. Bourdon (obs. XIV), les troubles de coordination sont généralisés, tous les membres ont un aspect désordonné qui donne au malade celui d'un choréique. Ces troubles ne se montrent qu'à l'occasion des mouvements volontaires; pendant la marche, les jambes lremblent et sont agitées de spasmes convulsifs; dans la station, l'équilibre est conservé, même lorsque les veux du malade sont fermés. Les mêmes symptômes existent du côté des membres supérieurs. La langue, tranquille quand le malade est silencieux, se meut d'une façon désordonnée quand il veut parler. Les veux eux-mêmes roulent dans tous les sens avant de se fixer sur un objet.

L’incoordination que Duchenne (de Boulogne) a désignée sous le nom de titubation ou ivresse cérébelleuse s’est présentée deux fois (obs. IX et À). Elle est surtout bien caractérisée dans l'observation de M. Galezowski. Le malade ne pouvait faire un pas sans être soutenu, et vacillait comme un homme ivre.

Enfin, on a noté une fois, chez un enfant de deux ans (obs. XIT), de véritables mouvements choréiques du membre supérieur droit. La main droite était continuellement en mouvement quand l'enfant était tranquille; les mouvements augmentaient beaucoup quand il criait,

b) Lestroubles de motilitédes verfs cräniens sont fréquents.

La paralysie faciale à été signalée douze fois. Elle est dans tous les cas unilatérale, c’est-à-dire qu’elle n’affecte que le côté gauche ou le côté droit de la face. Elle est tantôt complète, tantôt incomplète. La paralysie complète de lorbiculaire des paupières est cilée quatre fois (obs. IX, XII, XXII, XXIX). Le malade ne peut fermer l'œil ou, s’il peut légèrement abaisser la paupière supérieure, c’est par suite du relâchement momentané du releveur.

NME ES

La dysphagie est un peu moins fréquente; elle n'existe que neuf fois. Dans tous ces cas, il n’est jamais fait mention de lésions de l’œsophage ou du pharynx. Elle se montre à des degrés différents d'intensité; tantôt c’est une simple gêne de la déglutition, tantôt, au contraire, elle esttellement prononcée, que les aliments solides et liquides reviennent par les fosses nasales ; on a même été obligé, dans un cas, de se servir de la sonde œsophagienne pour alimenter le malade.

Le strabisme peut être interne ou externe, simple ou double. Le strabisme externe est beaucoup plus rare que le strabisme interne; il n'a été observé que deux fois sur dix cas de strabisme et encore n’était-il que transitoire. La plupart du temps, il est simple et convergent. Une seule fois sur les huit cas restants, il était double et convergent. Il existe également à des degrés très-divers : quelquefois il n’est que léger et l'œil peut encore se mouvoir en dehors jusque vers le plan médian; d’autres fois, la pupille est presque complétement cachée dans l'angle interne de l'œil.

L'embarras de la parole a été signalé dix fois. En général, le malade trouve bien les mots pour exprimer sa pensée, c'est l'articulation qui est gênée. Ces troubles sont dus, la plupart du temps, à une paralysie partielle des muscles de la langue. Cet organe n’exécute que difficilement les mouvements qu'on commande au malade de faire, et sa pointe est déviée d’un côté ou de l’autre. Dans un cas cependant (obs. XIV), les troubles sont causés par des mouvements désordonnés de la langue, qui, tranquille quand le malade est silencieux, se meut dans tous les sens et sans ordre quand le malade veut parler. L’articulation est aussi difficile que chez une personne atteinte de division congénitale de la voûte du palais. Il existait une fois des tremblements fibrillaires de la langue.

Ajoutons, pour être complet, que dans deux observations le malade a présenté un koquet assez violent.

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